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La «compassion» de l'Occident pour Gaza

29/07/2014 07:52 EDT | Actualisé 28/09/2014 05:12 EDT

Très cher analyste en politique publique et polémiste Stéphane Gendron,

Suite à ma lecture de votre billet paru le 24 juillet dernier dans le Huffington Post Québec, je n'ai vu d'autre option que de prendre le temps de vous répondre pour critiquer, non pas une opinion politique différente de la mienne, mais bien une argumentation à mes yeux boiteuse comme celle que l'on voit souvent dans les manifestations «pro-palestiniennes» et dans les médias. Que vous soyez pro-Palestinien, pro-Israël, pro-x ou pro-y, je m'en balance complètement.

En Israël, sionistes et critiques du sionisme s'entendent pour dire que, malgré ses défauts, Israël est une démocratie. Ses élus sont choisis selon le mode de scrutin proportionnel. Il y a une séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, un respect des libertés individuelles et un État de droit. J'espère que vous et moi pouvons au moins nous entendre là-dessus.

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Là où le bat blesse, c'est quand vient le temps de parler de Gaza et des Palestiniens en Cisjordanie. Dans votre article, vous laissez sous-entendre que vous comprenez et vous identifiez aux actions commises par une certaine frange de la population palestinienne en vous rabattant sur la possibilité d'un «scénario à la Québécoise». Eh bien, M. Gendron, ce «scénario à la Québécoise» est tout simplement farfelu, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi.

Dans les grands médias d'information, on aime beaucoup souligner le nombre de morts, surtout quand il s'agit du conflit israélo-palestinien. Dans le cadre d'une courte recherche sur les médias que j'ai effectuée en juillet 2013, j'ai pu constater un écart impressionnant entre le nombre d'articles ayant pour objet le conflit israélo-palestinien et ceux traitant de conflits beaucoup plus meurtriers, tels le Darfour ou la guerre en Syrie. Déjà là, les médias nous poussent à accorder plus d'attention au conflit en Terre sainte. Les médias sont néanmoins limités dans le temps, au sens qu'ils se contentent généralement de rapporter des faits et propos tenus au jour le jour, sans offrir de perspective plus large sur un conflit aussi complexe que celui que l'on voit actuellement se dérouler sous nos yeux, devant nos écrans d'ordinateur et de TV.

La guerre avec Gaza, les hostilités entre Israël et ses voisins, elles ne se limitent pas à 2014. Elles ne remontent pas à 2012, 2009 ou 1967. C'est depuis la création de l'État d'Israël le 14 mai 1948 qu'Israël est en conflit avec ses voisins. Ce conflit, je ne vais pas en faire l'analyse depuis 1948, car là n'est pas le but de mon article.

Mais quand il y a guerre, il y a des morts. S'en désoler ne change absolument rien au conflit, surtout quand on sait que des gouvernements comme celui de la France de François Hollande nourrissent l'armement islamique, en poussant à l'anarchie des pays comme la Libye qui sont aujourd'hui des zones de non-loi en matière de contrôle des armes - dont plusieurs se retrouvent aujourd'hui entre les mains du Hamas. Si le nombre de victimes civiles du côté palestinien est exponentiellement plus élevé que du côté israélien, ce n'est pas parce qu'Israël tire plus de missiles sur Gaza que le Hamas n'en tire sur Israël. C'est parce qu'Israël a un bon système de défense, et non les habitants de Gaza. Savez-vous combien d'argent a été pompé des pays occidentaux vers Gaza aux fins d'«aide humanitaire»? Des millions, des millions, et des millions. Dans quel état se trouvent les Gazaouis à l'heure actuelle, après des années et des années d'aide humanitaire? Un état minable. Roquettes dissimulées dans des écoles et infrastructures en mauvais état, pour ne donner que quelques exemples. Ce n'est pas l'argent qui manque pourtant...

Le 23 juillet dernier, l'illustre Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU votait une résolution pour déclencher une enquête indépendante pour enquêter sur des «crimes de guerre» commis par Israël à Gaza. Quand on regarde la table des matières de ce rapport, on voit qu'il y a déjà un parti bien pris : «Israël attaque des civils», «Solidarité avec le peuple palestinien», «la communauté internationale silencieuse», «crimes de guerre dans la bande de gaza», etc.

Au contraire, la communauté internationale (qui comprend aussi des individus et pas seulement des acteurs étatiques) est très bruyante. Ces derniers jours, nous avons assisté, dans le monde entier, à des manifestations inquiétantes d'antisémitisme. Que ce soit l'attentat de Bruxelles, les manifestations pro-palestiniennes qui regorgent de slogans antisémites, des restaurants qui interdisent l'entrée aux sionistes (écrit en français) et aux juifs (écrit en Turc), etc. Certes, tous les antisionistes ne sont pas antisémites. Mais beaucoup d'antisionistes sont également antisémites. Comme l'a mentionné Gilbert Collard, député du Rassemblement Bleu Marine à l'Assemblée nationale en France, «j'ai de plus en plus l'impression que l'antisionisme est un moyen de passer en fraude l'antisémitisme. Je le pense vraiment». Je le pense aussi, et beaucoup d'autres aussi.

Mais au Québec, on veut être comme les Palestiniens. On se dit que si le Québec était au Moyen-Orient, nos peuples autochtones se révolteraient contre nous (les colonisateurs), nous serions repoussés dans une bande comme celle de Gaza, sous prétexte que les peuples autochtones étaient là avant nous.

Mais M. Gendron, il existait bien une issue à ce problème, et ce dès 1948 : la création de deux États, un juif et un arabe, afin de ne pas laisser d'apatrides. Mais à l'époque, les pays arabes ont préféré la guerre. Et aujourd'hui, c'est pire. Il ne s'agit plus seulement d'États, mais d'un mouvement islamiste radical transnational, incarné par des organisations comme le Hamas à Gaza, le massacre de milliers de chrétiens innocents à Mossoul en Irak par des djihadistes, et l'infiltration d'idées radicales islamistes au sein de la jeunesse européenne, etc. Et tout ça, au grand plaisir du Hamas. Dans une entrevue accordée à CNN, Mosab Hassan Yousef, le fils du fondateur du Hamas, Sheikh Hassan Yousef, a le courage de dire au monde entier ce que le Hamas représente. «Dans les mosquées, le Hamas nous apprend qu'il faut faire couler du sang innocent au nom d'une idéologie visant à bâtir un État islamiste. Le but ultime du Hamas n'est pas seulement la destruction de l'État d'Israël, mais la constitution d'un État islamiste sur les décombres de toutes les autres civilisations».

Personnellement, je pense que la solution à ce conflit ne pourra venir que des Palestiniens eux-mêmes. Avec le Hamas au pouvoir, il n'y aura pas de paix, et les Palestiniens eux-mêmes le savent très bien : un sondage réalisé par le Washington Institute for Near East Policy indique que 87,8% des Gazaouis interrogés souhaitent que l'Autorité palestinienne envoie des officiers de sécurité pour reprendre le contrôle sur Gaza (donc chasser le Hamas), 66,4% pensent que la corruption est un problème majeur chez les représentants palestiniens, et 70% veulent que le Hamas baisse les armes.

C'est pourquoi dans un conflit comme celui qui oppose Israël à Gaza, je pense qu'il ne faut ni rire des pertes civiles palestiniennes, ni en pleurer plus que nécessaire, mais essayer de comprendre. Et votre allégorie du Québec ne tient pas la route, M. Gendron. En effet, les peuples autochtones en Amérique du Nord ont été dépossédés de leurs terres, martyrisés, et mis dans des réserves. En Israël, autour de 20% de la population est arabe et gagne mieux sa vie que dans une majorité de pays arabes avoisinants, tout en profitant du système démocratique du pays. Et quand les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie signeront véritablement une paix avec Israël, ils s'en porteront tout autant mieux, Israël compris. Car les guerres sont coûteuses, pour Israël comme pour les Palestiniens. Mais pour pouvoir faire la paix, il faut que les conditions propices à la paix soient présentes aussi.

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