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Le patriotisme, un rempart contre la corruption et la collusion

13/02/2014 12:19 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Budget ou pas, le Québec sera en élection générale d'ici quelques jours. Or le résultat du scrutin présentera au moins une différence avec celui de 2012: le prochain gouvernement sera sans doute majoritaire. Rappelez-vous. Les Québécois semblaient avoir pris goût aux gouvernements minoritaires qui, de 2004 à 2011, se succédèrent à Ottawa, subitement soucieux de respecter leurs engagements au risque d'être défaits. Surtout, le Bloc québécois assurait alors une vigile garantissant que les intérêts du Québec soient entendus. En septembre 2012, les Québécois en sont encore là quand, malgré l'incurie du gouvernement Charest, ils aiment à penser que péquistes, libéraux, caquistes, solidaires et même onistes pourraient assurer conjointement une rassurante diversité idéologique à l'Assemblée nationale.

Un an plus tard, les Québécois sont bien revenus de leur goût pour les gouvernements minoritaires. Les défis que le Québec doit relever sont tels que plus personne ne croit aux solutions instantanées ni au chantage perpétuel mené par l'opposition. Le prochain gouvernement sera donc péquiste ou libéral et les tiers partis en sortiront laminés. On se retrouvera comme à la fin des années 1930 ou des années 1960 quand, après avoir un temps fleuri, les tiers partis disparaissent sous le poids pesant du bipartisme et d'un mode de scrutin imparfait. Impensable il y a à peine deux ans, l'union des forces souverainistes semble bien faite autour du Parti québécois de Pauline Marois. La victoire du PQ est cependant loin d'être acquise, mais on peut déjà faire des hypothèses sur les enjeux qui domineront la campagne.

Tous les partis s'entendront d'abord pour faire porter l'essentiel de la campagne sur les thèmes économiques. Or, même s'il s'agit là d'un sujet fondamental, il est à prévoir que nos politiciens le réduiront encore une fois à une guerre de chiffres stérile, se concluant par un match nul.

On reviendra bien sûr sur la Charte des valeurs en cours de campagne, mais il n'est ni souhaitable ni à prévoir que cet enjeu occupe tout l'espace. Ce débat a d'ailleurs déjà donné ses plus beaux fruits: le Parti québécois remonte dans les sondages, ses troupes sont galvanisées et leurs adversaires sont en déroute, du moins sur cet enjeu. Les questions «identitaires» ne seront pas en reste pour autant. On pense en particulier à la protection du français, totalement laissée en friche depuis le retrait du projet de loi 14 ou à l'application de la Charte de la langue française au cégep, un enjeu important qu'il faut mieux expliquer. De même le statut des municipalités bilingues, un autre motif de scandale. La question de l'accueil, de l'intégration et de la francisation des immigrants devrait aussi être abordée en campagne: un débat urgent auquel les Québécois sont prêts.

En fait, l'enjeu de la prochaine campagne va de soi et se résume à un mot: l'intégrité.

Depuis des années maintenant, l'actualité est monopolisée par cette seule question, parmi les priorités des Québécois, rivalisant même avec nos fameux soins de santé. Or, sans trop d'effort, on constate que la corruption est largement la conséquence de la compromission de nos élites dans le système fédéral canadien qui, depuis des décennies, récompense les pires d'entre nous en échange de leur collaboration et de leur complaisance et à qui on a d'ailleurs cédé l'essentiel des leviers du pouvoir. L'attachement au Québec et l'amour de sa patrie auront largement immunisé les nationalistes. Incapables de nier l'évidence, on sait la tactique utilisée par leurs adversaires: jeter le discrédit sur tout le monde en criant en cœur: «Tous pareils, tous pourris!» On monte ainsi en épingle les quelques cas, jamais prouvés, impliquant des souverainistes afin de balancer 10 ans de corruption libérale: le scandale des garderies, les quotas de contribution des ministres à la caisse du PLQ, le mode de nomination des juges, etc, etc, etc.

À l'occasion du débat sur l'intégrité, chacun devra faire l'effort d'admettre que l'attachement au bien commun et à la patrie représente le meilleur rempart contre la corruption et la collusion, alimentées par un individualisme rapace découlant de la tutelle fédérale. Le respect envers notre État et le bien commun passe donc par le patriotisme et la valorisation des vertus citoyennes. L'UPAC, la commission Charbonneau et autres escouades Marteau auront beau multiplier les arrestations, les autodafés et les lois anticorruption, mais les règlements peuvent toujours être contournés et les coquins remplacés. Aucune écoute électronique, aucune caméra cachée, ni aucune filature policière ne garantiront jamais mieux la probité et l'honnêteté qu'une bonne éducation civique inculquant le respect envers les institutions.

Au Québec comme ailleurs, le seul vaccin crédible au virus de la corruption demeure que chacun se sente solidaire de sa communauté et qu'il ait minimalement à cœur le bien commun. Ça passe par l'éducation reçue dans la famille et à l'école, mais aussi par les commémorations historiques où on célèbre ceux et celles dont les actions les ont rendus dignes d'admiration. On saisit encore mal au Québec le rôle bien tangible que jouent ces manifestations pour inculquer des valeurs de respect, d'unité et de solidarité. Il est grand temps que les chantres de la rigueur budgétaire comprennent qu'à ne jamais commémorer nos vertus civiques on hypothèque gravement chez chaque Québécois le désir de respecter les lois et d'agir en «bon et honnête citoyen».

Fierté nationale et valeurs morales

On l'oublie souvent, mais durant l'essentiel de son histoire le mouvement nationaliste québécois a tout autant assumé une direction morale et éthique que proprement nationaliste. Dès 1830, les patriotes voient bien que l'administration coloniale est corrompue et inefficace. Toute sa vie, Louis-Joseph Papineau dénoncera l'immoralité du régime colonial, l'inefficacité du système politique, la corruption des bureaucrates et l'iniquité envers la majorité française. Pour toute une génération, Papineau fut d'abord l'incorruptible: celui qui refuse un siège au conseil législatif, un poste de ministre même et cela tant que l'État ne sera pas véritablement mis au service du peuple et de la majorité française.

Après l'échec des patriotes, nos institutions nationales sont reprises par le clergé catholique: messes, processions et bénédictions deviennent indissociables de nos commémorations. Si l'Église renonce à sa fonction civique, elle ne néglige pas pour autant la dimension éthique du sentiment national. L'appartenance à la nation se double donc d'un discours moral élaboré consistant à rappeler ses devoirs à tout bon patriote: l'obéissance à son Église bien sûr, mais aussi la charité, l'honnêteté, la probité voire la pudeur et la sobriété. Pour un siècle le discours national intègre donc autant la défense de la langue et de la culture que de valeurs telles que l'entraide, la solidarité et le dévouement. Encore vers 1950, les chefs nationalistes prodiguent d'impérieux conseils à leurs compatriotes: le Canada français ne devra sa survie qu'à une fidélité sans faille à ses origines, en plaçant le groupe au-dessus de l'intérêt privé et en résistant à la corruption, à la collusion et à l'égoïsme, gracieusetés disait-on alors du matérialisme anglo-saxon.

La Révolution tranquille de 1960 a promptement dépouillé le discours national de ses accents moralisateurs. L'émancipation nationale se confondant désormais avec l'émancipation morale, les vertus nationales se sont donc dissipées. Depuis le milieu des années 2000, il est rassurant de constater qu'on admet à nouveau l'idée toute simple que les valeurs nationales puissent être défendues dans l'espace public. Ce chemin de Damas est cependant plus difficile pour certains. La gauche nationaliste éprouve notamment du mal à assumer la dimension morale de l'émancipation nationale. Ces scrupules sont bien étonnants et ne s'expliquent que par l'infiltration des dogmes multiculturalistes. Historiquement la gauche a en effet toujours été mue par de grandes valeurs morales et quand le président français Giscard d'Estaing lance à François Mitterand que «la gauche n'a pas le monopole du cœur», il sait combien la gauche est prompte à brandir la vertu pour abattre un régime décadent. Qu'on révise l'œuvre des grands révolutionnaires: Benjamin Franklin, Thomas Paine, Robespierre, Proudhon, Lénine, Hô Chi Minh, Che Guevara. Tous sont engagés dans la restauration des vertus citoyennes et des valeurs morales. De même, ils dénoncent tous la dissolution des valeurs morales, l'extravagance des rois, l'oisiveté de la noblesse, la décadence de la bourgeoisie ou les excès de l'État policier.

Assumer la dimension morale de la pensée nationale n'implique évidemment pas de renouer avec son expression religieuse ou même en soi culturelle. En choisissant de remettre de l'avant des vertus comme l'honnêteté, la probité, le dévouement et le don de soi, on ne fait rien d'autre que de reconnaître les plus nobles attributs de la nature humaine a fortiori du contrat social et de l'appartenance nationale. Il est donc temps de se défaire de nos scrupules et de revendiquer ces vertus en apparence surannées, mais sans lesquelles le sentiment national est incomplet, inassumé, semblable à un souverainisme stérile. Souverainisme stérile? Osons le mot pour décrire cette affection moderne consistant à renier son identité au nom d'une ouverture rassurante à l'Autre tout en revendiquant la souveraineté du Québec pour des raisons purement techniques ou utilitaires. L'idée de souveraineté est intangible sans le nationalisme et la nation n'est légitime qu'à travers les valeurs qui la maintiennent forte et unie.

Restaurer la confiance des Québécois en leur État est devenu urgent. Sans la confiance en leur État, aucune chance que les Québécois décident par référendum de lui confier tous les attributs de la souveraineté. Sans la confiance en leur État, aucune chance que les Québécois souhaitent en faire plus longtemps l'outil de leur épanouissement collectif. Sans la confiance en leur État, chaque citoyen ne s'anime plus que pour satisfaire ses droits individuels. Or, restaurer la confiance en notre État québécois implique impérativement de réanimer le sens du devoir national chez ceux et celles qui ont pour tâche de le représenter: nos fonctionnaires et nos élus. Voilà pourquoi le discours national doit renouer avec les vertus citoyennes les plus élevées et voilà pourquoi c'est devenu le premier devoir de tout bon patriote.

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