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Le fleurdelisé a droit aux «mêmes égards qu'un chef d'État»

14/01/2014 12:22 EST | Actualisé 15/03/2014 05:12 EDT

Le 21 janvier 1948, le Québec adoptait le fleurdelisé comme drapeau officiel. Chaque année, le Mouvement national des Québécoises et Québécois (MNQ) organise et coordonne, avec l'aide de ses Sociétés nationales et Saint-Jean-Baptiste membres, diverses manifestations de fierté sur l'ensemble du territoire québécois à l'occasion du jour du Drapeau. Cette série d'articles vise à faire découvrir des aspects moins connus de cette commémoration annuelle.

En 2013, les Québécois ont découvert avec stupéfaction que les symboles ont encore de l'importance. Depuis la Révolution tranquille, le consensus québécois s'est construit autour de l'idée toute simple qu'il faut en tout accroître notre part de liberté, d'équité et de tolérance ; que la modernisation passe nécessairement par l'émancipation au passé. Jugés archaïques et oppressifs, nos traditions et nos symboles nationaux furent tolérés, mais désormais vus comme des «survivances» vouées à disparaître.

Le débat sur la Charte a révélé que les nations n'avaient pas toutes suivi ce parcours libertaire; qu'elles souhaitaient perpétuer voire cultiver leur héritage culturel, même après avoir immigré au Québec.

Déjà fragilisées par la mondialisation, nos coutumes subissent donc la concurrence de cultures bien plus promptes que la nôtre à afficher leurs symboles dans l'espace public. La solution ne consiste évidemment pas à imposer les rites canadiens-français à qui que ce soit. Ce serait dérisoire et ça n'opposerait qu'un communautarisme de plus. Il importe plutôt de célébrer les valeurs civiques qui transcendent nos différences culturelles, notamment la fierté d'appartenir à une collectivité libre, démocratique et solidaire. Or quoi de mieux que notre drapeau pour symboliser ces valeurs universelles ?

Un drapeau festif ?

Né en 1948, le drapeau du Québec s'est vraiment révélé dans les années 1970 alors qu'il accompagne les grandes manifestations de la contre-culture, du Samedi de la matraque au Printemps érable. Le fleurdelisé a ainsi évité l'opprobre qui s'est abattu sur d'autres institutions nationales, telles la famille et la religion, parce qu'il est demeuré festif et contestataire. Il n'a ni le solennel du drapeau américain ni la crispation de l'unifolié canadien. Il sent la bière et le feu de camp. Son bleu azur rappelle une paire de jeans et ses bandes blanches qui flottent au vent, le déhanchement d'une jolie fille dansant autour du feu de la St-Jean. Un drapeau canaille en somme, qu'on ressort un peu comme un vieux chum, le temps d'une manif ou d'une kermesse.

On l'a vu servir de nappe, de cape ou de poncho lors des St-Jean pluvieuses. Rien de plus normal que de jeunes musulmanes en fassent à leur tour un foulard aux manifestations chartophobes: le fleurdelisé appartient au peuple québécois, fidèle compagnon de notre émancipation collective.

Propriété sacrée du peuple, le drapeau a-t-il pour autant à être populaire? N'est-ce pas tout autant son rôle que d'édifier? Pour nous réunir au-delà de nos différences, un drapeau ne doit-il pas justement s'élever au-dessus du trivial et incarner ce que nous avons de plus noble? Tout en demeurant le complice de nos fêtes et de nos manifestations, le fleurdelisé symbolise d'abord et avant tout le Québec dans le monde, un monde où la manière dont nous traitons notre propre drapeau en dit long sur nous-mêmes.

De plus en plus de Québécois réfléchissent à l'heure actuelle à l'importance de symboles d'appartenance et à leur contribution à la cohésion sociale. Or. le jour du Drapeau du 21 janvier prochain constitue une belle occasion de mettre en valeurs nos emblèmes nationaux et de rappeler les valeurs universelles qu'ils inspirent.

La Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec

Un drapeau exprime la fidélité, l'engagement et la solidarité d'un peuple. Cela n'est pas que de vaines paroles. L'usage du drapeau fleurdelisé est l'objet d'une codification précise revue régulièrement depuis 1948. Elle repose en gros sur le principe que le drapeau doit être traité avec les mêmes égards qu'à un chef d'État. Rien de moins!

La Loi de 1999 sur le drapeau et les emblèmes du Québec prescrit que le fleurdelisé doit flotter sur tous les édifices du gouvernement, ainsi que sur les édifices des commissions, régies et autres organismes gouvernementaux et sur tous les établissements d'enseignement, du CPE à l'université. L'étendard du Québec doit en plus toujours figurer «à la place d'honneur, c'est-à-dire à droite s'il y a deux drapeaux, ou, au milieu s'il y en a davantage». S'il n'y a pas de terre-plein devant l'édifice, le fleurdelisé peut être posé à l'entrée. «Dans tous les cas, le drapeau du Québec a préséance sur tout autre drapeau ou emblème.» Le drapeau du Québec ne peut non plus être masqué par des murs élevés, des arbres, des lampadaires ou des poteaux électriques.

En outre, le fleurdelisé ne doit jamais toucher le sol ni être souillé ou traité comme un chiffon. Lorsqu'il est placé sur un mur, aucun objet ne doit le surmonter. Le drapeau ne doit jamais servir de rideau, de couvre-lit, de courtepointe, de nappe ou d'élément de décoration. Il ne doit pas davantage servir de vêtement, tel que jupe, cape ou voile. Il doit autrement être convenablement plié avant d'être rangé.

Traiter le drapeau avec les mêmes égards que ceux dus à un chef d'État implique enfin d'en disposer avec respect lorsqu'il arrive en fin de vie, abimé au point de ne plus dignement représenter la patrie. Le protocole de l'Assemblée nationale du Québec prescrit alors qu'un drapeau du Québec usé ou détérioré doit être remplacé puis détruit avec dignité, idéalement par incinération. C'est aux citoyens et aux administrateurs des institutions publiques que revient la responsabilité de remplacer le plus rapidement possible tout étendard abîmé.

Comment se portent les fleurdelisés autour de vous?

La plupart des Québécois ignorent que l'usage du drapeau est à ce point règlementé. On se doute bien que la loi n'est pas appliquée à la lettre et que le ministère responsable n'a guère les moyens d'en assurer le respect. Par exemple, l'édifice de la gare Windsor de Montréal n'a pas même de drapeau du Québec depuis plus d'un an. Et que dire des cas innombrables où le fleurdelisé n'a pas préséance?

Manon Arsenault est une citoyenne préoccupée du manque de respect envers le drapeau québécois, notamment par le nombre affligeant de drapeaux abimés et déchirés qui encombrent l'espace public. Depuis 2010, c'est près de 700 avis ou plaintes qu'elle a adressés à diverses administrations. À chaque fois, Mme Arsenault rappelle au destinataire ses obligations en regard de la loi sur le drapeau. En général la situation est corrigée, mais de nouveaux cas surgissent constamment. «Je peux estimer que j'ai fait remplacer entre 400 et 500 drapeaux en mauvais état devant des écoles, compagnies, ministères, villes [...] Mais une ville refuse encore et toujours d'accorder la place d'honneur au fleurdelisé et c'est l'Hôtel de Ville de Montréal!» (voir diaporama ci-dessous).

Comment se porte votre fierté nationale?


Sur la page Facebook créée par Mme Arsenault, il est actuellement question des cas de l'École Saint-Nom-de-Jésus et de l'École La Mennais à Montréal, de l'École Clair-matin à St-Eustache, de l'École le Petit Prince à l'Ange-Gardien, du Centre d'hébergement Father Dowd, du CSSS Cavendish à Montréal-Ouest, de celui de la Minganie à Rivière-au-Tonnerre ou de la municipalité de Rawdon dans Lanaudière où la loi sur le fleurdelisé n'est pas respectée (voir le diaporama ci-dessous).

Madame Arsenault n'est évidemment pas seule à se consacrer à cette cause. Depuis plusieurs années, les sociétés nationales St-Jean-Baptiste, membres du MNQ, profitent du jour du Drapeau pour mener des tournées régionales et vérifier l'état des drapeaux du Québec. La Société nationale des Québécois de la Capitale nationale a particulièrement fort à faire étant donné le grand nombre d'édifices gouvernementaux - et donc de drapeaux - ayant pignon sur rue à Québec.

Des députés du Parti québécois mènent aussi des campagnes de pavoisement et profitent que chaque député de l'Assemblée nationale reçoive 50 fleurdelisés chaque année afin de regarnir les mats de leur comté. À Terrebonne, c'est à l'initiative du jeune député Mathieu Traversy qu'a été mise sur pied la Brigade Bleue. «La Brigade parcourra les rues de Terrebonne du 15 au 23 janvier prochains et localisera les mats sur lesquels les drapeaux sont effilochés ou déchirés. Un représentant ira ensuite offrir un nouveau drapeau au citoyen qui habite à cet endroit». Pour Mathieu Traversy, «ce n'est pas seulement quand arrive la Fête nationale qu'il faut sortir nos drapeaux; notre fierté identitaire doit se refléter à travers les fleurdelisés que nous hissons pour toute l'année».

En fait, chacun de nous peut contribuer à rafraîchir et à mettre en valeur notre parc de fleurdelisés dans l'espace public. Cette opération de pavoisement est très simple et consiste à aviser le propriétaire d'un drapeau s'il contrevient à la loi. En général la réponse est prompte et positive. Les cas réfractaires peuvent aussi être référés au ministère de la Justice, le ministère responsable de l'application de la loi du Drapeau et point de chute pour les demandes de drapeaux neufs qui est joignable à l'adresse courriel suivante: drapeau@justice.gouv.qc.ca.

Vous pouvez aussi aller encore plus loin et profiter du jour du Drapeau pour adopter et hisser votre propre fleurdelisé. Pour afficher vos couleurs et témoigner de la fierté québécoise vous pouvez vous procurer tous les articles de pavoisement, du mat et d'un drapeau grand format, en passant par Accent Bleu du Québec. La boutique en ligne Accent Bleu permet la livraison en quelques jours. Vous pouvez aussi vous rendre directement à l'entrepôt Accent Bleu du Québec à Saint-Hyacinthe. Tous les articles Accent Bleu sont bien sûr fabriqués au Québec.

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