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Le pétrole québécois et ses contradictions

29/11/2015 09:07 EST | Actualisé 29/11/2016 05:12 EST

Dans un texte de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) daté du 16 novembre, signé par Mme Françoise Bertrand et cosigné par 11 personnalités, on dit que nous devons «rigoureusement, correctement, mais définitivement s'engager vers la mise en valeur du pétrole québécois...».

C'est également le message que Mme Bertrand a livré lors de la première consultation de l'étude environnementale stratégique (ÉES). Puisque je crois que le développement économique du Québec doit être axé sur les principes de la troisième révolution industrielle, certaines affirmations de la FCCQ m'ont fait sursauter.

«...Pas question de court-circuiter les étapes...», peut-on y lire. Les cosignataires peuvent-ils alors m'expliquer pourquoi cette ÉES est tellement pressée d'aller de l'avant, ne donnant que trois semaines aux intervenants pour lire 62 études contenues dans quelques 4000 pages? Est-ce que hâte frénétique et méthodologie scientifique sérieuse sont compatibles? Pourtant, le 16 novembre dernier, les citoyens devaient déjà présenter un mémoire sur ces études dont 18 ne sont pas encore disponibles.

Comment étudier un texte qui n'existe pas encore? Logiquement Mme Bertrand, que faudrait-il faire de plus pour «...court-circuiter les étapes...» ou pour «...escamoter le processus...»?

«...Les compagnies impliqués...devront continuer à faire preuve d'une rigueur indéfectible...». Au Québec, il y a 31 puits «modernes» dont 19 qui ont des fuites produisant des gaz à effet de serre (GES).

Logiquement, la «...rigueur indéfectible...» ne devrait-elle pas commencer par réparer ces puits qui fuient dont celui de La Présentation?

«...Soyons clairs. Il n'y a aucune contradiction entre l'exploitation du pétrole québécois et la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre(GES)...».

Logiquement, pouvez-vous expliquer cette contradiction intrinsèque: sortir plus de pétrole pour produire des GES réduirait nos GES! Mais à la veille de la conférence de Paris, 95% des experts scientifiques dont ceux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) affirment que 80% des énergies fossiles doivent demeurer dans le sol si on veut que la planète demeure habitable en l'an 2100.

De plus, toute notre production de pétrole reposerait sur la fracturation hydraulique, avec sa grande consommation d'énergie, un taux de recouvrement de l'hydrocarbure inférieur à 2%, des puits qui laisseront fuir les autres 98% de la ressource pendant des temps géologiques? Et vous dites qu'il n'y a pas de «...contradictions...» Logiquement, les mots ont une valeur. Un bon dictionnaire vous le confirmera!

Pour justifier l'exploitation du pétrole d'Anticosti, on avance l'hypothèse que le taux de recouvrement du pétrole sera de 5%, c'est-à-dire en laissant 95% du pétrole dans le sous-sol.

Contrairement aux schistes de Bakken, les schistes de Macasty n'ont aucune indication de «...moveable oil...» avant la fracturation. Pourtant le taux de recouvrement au Dakota est de 1,2%. Il faut comparer des pommes avec des pommes; il est très présomptueux de comparer Macasty avec le cas très particulier de «Elm Coulee».

Logiquement? En se basant sur un taux de recouvrement qui est quatre fois plus élevé que la réalité qui se vit au Dakota, les assises de votre argumentation repose sur un sable mouvant.

En 1975, j'aurais applaudi à ce message de la FCCQ. C'était la belle époque où le seul moyen de communication était un téléphone noir à cadran branché dans une prise murale. On ne connaissait pas encore les GES et leurs effets délétères. Mais, comme le dit un autre premier ministre, nous sommes en 2015!

Mme Bertrand, avez-vous entendu dire que l'on peut maintenant communiquer avec un appareil du 21e siècle qui s'appelle le téléphone intelligent?

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