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L'Accord de Paris: un zombie?

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Lors de l'assermentation de M. Trump en janvier dernier, les analystes politiques y ont vu un recul marqué de la politique environnementale des É.-U.. La nomination de climatonégationnistes notoires comme celle de M. Scott Pruitt à la tête de l'EPA (Environmental Protection Agency) semblait sonner le glas des engagements internationaux de réduction des GES de la première puissance économique du monde. D'ailleurs, les «faucons» entourant M. Trump le poussent à rejeter l'Accord de Paris (COP 21), comme il l'avait promis à ses partisans durant sa campagne électorale.

Surprise! Voilà que des producteurs de charbon font volte-face et demandent à M. Trump de ne pas répudier l'Accord de Paris. Ils ne le font pas parce qu'ils ont été convaincus par les données du GIEC; c'est plutôt une tentative machiavélique pour promouvoir le «Clean Coal», c'est-à-dire la séquestration du carbone (en anglais CCS pour carbon capture and sequestration). On brûle le charbon pour ensuite essayer de «laver» les cochonneries qui sortent de la cheminée. On a vu que le projet de Kemper County dans l'État du Mississippi est un projet bancal de 5 milliards de dollars qui ne va nulle part. Je crois au «Clean coal» avec autant de certitude que je crois que le Père Noël peut descendre dans 250 millions de cheminées sans laisser une seule trace de suie noire sur son beau costume rouge.

Mais il y a une raison plus diabolique pour «sauver» la Conférence de Paris des griffes de Steve Bannon et de Scott Pruit. Certains producteurs de charbon dont Peabody Energy proposent la stratégie suivante à M. Trump : «Le futur, ce sont les marchés étrangers. Et donc, la dernière chose que vous voulez si vous êtes une entreprise de charbon, est de devoir quitter la table des négociations du fait de la position américaine, et de laisser les Européens contrôler l'agenda.» En d'autres mots, demeurons dans la conférence pour mieux l'émasculer!

Le charbon, la plus ancienne et la plus sale des énergies fossiles, tente de revenir à son importance d'antan, quitte à enfoncer le dernier clou dans les dérèglements climatiques. De l'autre côté de la planète, le premier ministre de l'Australie, M. Malcolm Turnbull, se prépare à donner le feu vert à la gigantesque mine de charbon Carmichael dans le bassin Galilee; pour l'aider, il doit lui octroyer une subvention de 1 milliard de dollars australiens. Ce charbon produirait 7,7 milliards de tonnes de GES durant la durée de vie de 60 ans de la mine! Ce combustible est destiné à l'Inde; celle-ci doit choisir entre le charbon ou le solaire! De plus, il ne faut pas oublier que le transport du charbon multiplierait les risques pour la grande barrière de corail, déjà menacée par des épisodes de blanchiment. Décidément, le dinosaure refuse de mourir!

Le combat contre la pollution est planétaire; les nouvelles technologies s'imposent inexorablement pour hâter l'agonie des fossiles.

Le combat contre la pollution est planétaire; les nouvelles technologies s'imposent inexorablement pour hâter l'agonie des fossiles. Là également, il y a de belles contradictions! La Chine, 2e économie mondiale, mais le plus grand émetteur de GES, fait face à un niveau de pollution apocalyptique. Chaque jour, 4 400 Chinois meurent des émissions provenant en grande partie de centrales alimentées au charbon. Ce pays éprouve de plus des problèmes de productivité liés à une santé pulmonaire dégradée de sa population, ce qui hypothèque chèrement son ambition de redevenir «l'empire du Milieu» au centre du monde.

C'est dans ce contexte que le gouvernement chinois a adopté son dernier plan quinquennal, au sujet duquel on peut lire le commentaire suivant d'experts: «Le 13e plan est particulièrement symptomatique de la volonté chinoise de prendre le leadership mondial sur les questions environnementales. En effet, les autorités sont conscientes des risques associés aux questions de pollution, notamment les risques de déstabilisation et de contestation politique de la part des citoyens chinois ainsi que les enjeux économiques et financiers associés. » À Davos, plusieurs articles font état de la volonté de la Chine de devenir un leader en énergies vertes.

Aux États-Unis, la bataille d'arrière-garde des dinosaures de la Maison-Blanche peut tenter d'endiguer les flots de la créativité de la Silicon Valley avec des têtes d'affiche de la trempe d'Elon Musk. C'est peine perdue! Le 11 mars, à peine 2 mois après l'assermentation de M. Trump, la Californie réussit à produire 50% de son électricité à partir d'énergies renouvelables, dont la majorité (40%) à partir de panneaux solaires. Même le très conservateur État du Texas, grand producteur de pétrole, est devenu l'état qui produit le plus d'électricité d'origine éolienne avec une capacité de 20 321 mégawatts selon Wikipédia.

À la veille du Jour de la Terre, il est clair que les efforts pour transformer la Conférence de Paris (COP21) en un zombie accentueront les dégâts causés par les changements climatiques. Cela mettra en péril les nations les plus pauvres et les plus vulnérables. Cet automne, la COP 23, qui sera présidée par le premier ministre des Fiji, M. Bainimarama, illustrera symboliquement l'égoïsme borné du régime Trump!

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