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Il y a urgence à légaliser et étatiser le cannabis au Québec

03/08/2014 09:57 EDT | Actualisé 03/10/2014 05:12 EDT

Dans sa série de six articles percutants du week-end dernier, le New York Times a prôné la légalisation de la marijuana. J'appelle nos influents quotidiens et médias nationaux à en faire autant. Cette fois en interpellant le premier ministre Couillard et mieux, en visant une étatisation qui incluerait production et récolte en régions et vente en SAQ et dans les pharmacies. La troïka libéro-médicale au pouvoir majoritaire à Québec se réfugie toujours dans l'attente de nouvelles études, démontrant plutôt la méconnaissance et l'inculture de leur parti sur le sujet, incluant les Jeunes libéraux en congrès annuel les 9 et 10 août à Sherbrooke.

Pourtant, le Québec est le mieux positionné pour revendiquer haut et fort une pleine application du Code criminel canadien, si ce n'est pour des raisons de santé et de sécurité publiques comme les travailleurs en milieu agricole et en forêt. Le meilleur exemple étant cet autre jugement unanime de la Cour suprême du Canada qui autorisait une province comme la Colombie-Britannique à continuer, sans risque de poursuites, d'opérer un site d'injection supervisé (SIS) à Vancouver. Un total rapatriement par le Québec rejoindrait une proposition passée de l'opposition péquiste. Il serait, à tout le moins, un symbole fort de fédéralisme renouvelé tant désiré par le Dr Couillard, applicable avant même les 150 ans du Canada en 2017.

Infaisable me direz-vous? Non. Chacun des 50 États des États-Unis applique différemment son propre Code pénal - peine de mort, mariage de conjoints de même sexe, avortement - dans un fédéralisme typiquement américain!

Il est impératif pour les quotidiens nationaux et l'Union des producteurs agricoles (UPA) de se prononcer, spécialement avant la réunion annuelle du Conseil de la Fédération prévue à la fin d'août à Charlottetown. Pour éviter d'agir seul, cette tribune des premiers ministres m'apparait la plus rassembleuse pour le Québec afin de faire alliance avec d'autres provinces et notamment les nouvelles cheffes libérales de l'Ontario et de la Colombie-Britannique aux prises avec des budgets d'austérité, de rigueur et de soi-disant dettes publiques. Ces trois provinces représentent 75 % de la population du Canada. En plus, et sans surprises, lors de sondages successifs, les plus forts taux d'acceptabilité sociale de la légalisation du cannabis se retrouvent dans ces trois mêmes provinces.

Étatiser au Québec, comme en 1960 pour l'hydroélectricité

Il faut commencer d'abord par une production et une récolte de qualité, contrôlée, priorisant les serriculteurs et coops agricoles certifiées des régions. Aidés, à titre expérimental, par nos surplus d'électricité, la formule serait gagnante pour toute la filière, comme elle l'a été pour attirer les alumineries et ses emplois bien rémunérés. Les coopératives comme Agropur - l'un des plus gros employeurs du Québec - sont également reconnues pour créer les emplois les plus durables. En lien, aussi, avec l'Union des producteurs agricoles (UPA) du président Groleau et les 12 cégeps et universités qui offrent une formation spécialisée en gestion et production agricole; on a là un réseau parmi les mieux organisés pour surpasser toute crise économique potentielle.

Le Québec ne possèderait-il pas aussi une structure unique de vente du cannabis psychorécréatif avec les 403 succursales de la SAQ? L'addition de jeunes surnuméraires aux 7 500 employés et conseillers actuels pourraient plus facilement combler les revenus manquants au Fonds consolidé de la province, particulièrement ceux provenant des casinos, loteries et pokers virtuels actuels. Une légalisation qui générerait pour l'État de 220 à 350 millions $ récurrents par année, si l'on se fie aux données et à l'étude de 2005 de Jeffrey Miron, professeur-invité à l'Université Harvard, appuyée déjà par plus de 500 économistes et cinq Prix Nobel.

Pour leur part, les pharmaciens-cliniciens pourraient prendre le relais pour le cannabis médical prescrit sous présentation de la carte Soleil par tout médecin et désengorger ainsi, en partie, les hôpitaux. Le Collège des médecins a demandé depuis plusieurs années, de statuer sur les propriétés médicales du cannabis sativa. Bien que l'usage libre de ce produit autochtone millénaire n'a entrainé, à ce jour, aucun cas documenté scientifiquement de mortalité. Pourtant, chaque année en Amérique, plus de 7 000 personnes meurent d'une surdose de médicaments aussi banals que l'Advil, le Tylenol ou 'Aspirine !

Il faut agir rapidement surtout pour déstabiliser les motards comme ceux qui ont de plus en plus leur plantation de pot en forêt et menacent, armes au poing, la sécurité des travailleurs agro-forestiers sans compter les fusillades avec des policiers signalées dans plusieurs comtés, y compris dans celui de Roberval si cher au PM Couillard qui a pourtant fait de l'emploi et de la forêt un engagement électoral ferme.

D'ailleurs, selon le plus récent rapport d'ONU-Drogues, ce sont les caïds des mafias de connivence avec les clubs de motards qui, au Canada, contrôlent tout le marché des drogues dures et douces. Parmi toutes celles-ci, on retrouve 70 % de cannabis qui transite par des portes d'entrée comme le Port de Montréal et l'Aéroport de Dorval. Il est encore plus urgent de passer à l'action : le PM Harper refuse même de participer au Conseil de la Fédération. Il est en perpétuel mode électoral et vise plus que jamais des victoires électorales au Québec...

L'occasion est tellement propice que Jean-Marc Fournier, le conseiller numéro 1 du PM Couillard est un ex-ministre de la Justice, maintenant aux Affaires intergouvernementales canadiennes. Ce dernier rappelait déjà aux conservateurs que « la Terre est ronde » , réitérant ainsi la ferme opposition du Québec sur des projets de lois « mammouths », incluant ce projet de loi C-10 sur les jeunes contrevenants. Cette loi revancharde et hyper coûteuse criminalise toujours plus les jeunes pour simple possession de petits joints. Elle ne fait que remplir les prisons du Québec comme celle de Saint-Jérôme du député péquiste Péladeau ou celle d'Orsainville du député caquiste Deltell. Des prisons où motards criminels, avec ou sans cellulaire, emprisonnés ou pas, trouvent d'importants moyens pour s'évader par hélicoptère, au vu et au su du monde entier, de CNN à RFI en France au New York Times.

Cette guerre inutile à la drogue - avec ou sans frégates militaires qui coulent sous le prix ou ces F-35 aux coûts inégalés et inestimables - est, de surcroît, un véritable échec ainsi que le plus vaste détournement de fonds publics du dernier siècle. Une guerre qui exige plutôt une nécessaire concertation continentale à l'échelle des Amériques selon une Commission internationale qui a réunit, en 2013, différents grands noms de la scène mondiale dont Sir Richard Branson, fondateur de Virgin Mobile et Louise Arbour, ex-Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU et ex-juge en chef à la Cour suprême du Canada.

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