LES BLOGUES

Un ADN qui a du chien!

Il y aurait du chien en nous, au plus profond de notre être.

08/11/2017 09:00 EST
Michael Sugrue
Il n'est donc pas surprenant que les dernières études sur le décodage génomique du chien aient dévoilé de curieuses ressemblances entre certains gènes humains et canins : du matériel génétique commun au niveau du système digestif et du système neuronal.

Toute cette histoire a commencé par un joli mensonge. On vous a sûrement raconté quand vous étiez petit que vous étiez le fabuleux résultat du mélange de vos parents. Du type « ton ADN c'est un peu plus de 50 % des gènes de maman (l'ovule) et un peu moins de 50 % des gènes de papa (le sperme) ». Faux ! C'est beaucoup plus compliqué que cela, car en plus de l'ADN de la famille, il y a beaucoup de matériels génétiques qui viennent d'ailleurs.

C'est une petite erreur de penser que notre corps et notre esprit nous appartiennent vraiment. En fait, vous êtes une fusion de nombreux organismes humains et non-humains qui sont constamment en train de lutter pour prendre le contrôle. Une vraie guerre dont les effets sont perceptibles sur nous et dans nos comportements.

En effet, les microbes dans votre intestin peuvent produire des molécules qui vont influencer votre appétit. Ils sont donc capables d'influer directement sur votre esprit. Ils font en sorte que vous ayez envie de leur nourriture préférée. Et c'est très souvent cinq portions de gras, sucre et sel par jour. D'ailleurs, la prochaine fois qu'une envie subite de chips vous arrive vers 22h, dites simplement à vos parents : je n'y peux rien, mes bactéries ont pris le contrôle !

Notre connaissance de ce « superorganisme » humain en est encore à ses balbutiements. Cependant, on sait depuis longtemps que nos corps sont vraiment une fusion de nombreux organismes différents. Les sciences de la microbiologie ont montré par une succession d'études que le corps humain était un écosystème fait de « microbiotes », qui hébergent toutes sortes d'animaux : virus, bactéries, parasites, champignons, acariens, etc., sans lesquels nous ne pourrions tout simplement pas vivre. Il y a dans notre propre corps 10 fois plus de cellules qui ne contiennent pas notre ADN que de cellules qui le présentent. Ces micro-vies changent et s'échangent du matériel génétique dans des interactions avec l'environnement qu'est notre corps. Des parties de gènes se baladent donc assez facilement dans l'organisme.

Les chercheurs ont aussi montré que l'ADN était constitué de gènes qui ne sont pas humains.

Les chercheurs ont aussi montré que l'ADN était constitué de gènes qui ne sont pas humains. À titre d'exemple, pour le moment, les experts pensent que 1/10 du patrimoine génétique global humain est composé d'ADN de virus. Ce phénomène est dû au fonctionnement même des virus : ils entrent dans les cellules et manipulent le matériel génétique de leur hôte pour le reprogrammer, afin de créer des clones. Clones qui vont à leur tour pirater d'autres cellules, etc. Ainsi, l'ADN est la matière première qui permet ce mélange qui se fait sur le long terme.

Et comme les virus possèdent plusieurs hôtes animaux (zoonoses), ce n'est pas que de l'ADN de virus qui finit dans notre système. Ainsi, les virus sont les principaux vecteurs de transmission d'ADN entre espèces, surtout entre humains, cochons, vaches, chats et bien sûr chiens. C'est avec ce dernier animal qu'il y a le plus d'échange, car il s'agit du premier à avoir été domestiqué.

Il y aurait du chien en nous, au plus profond de notre être.

Il n'est donc pas surprenant que les dernières études sur le décodage génomique du chien aient dévoilé de curieuses ressemblances entre certains gènes humains et canins : du matériel génétique commun au niveau du système digestif et du système neuronal. Il y aurait du chien en nous, au plus profond de notre être. C'est un nouveau coup dur pour l'anthropocentrisme : d'une certaine manière, nous ne sommes pas si humains.