Gelase Gueneau

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Une taxe sur les transactions financières est-elle utopique?

Publication: 17/07/2012 15:16

Le Royaume-Uni considère le projet comme une aimable plaisanterie. Les États-Unis ne veulent pas en entendre parler et le Canada s'y oppose. Mais la France, l'Allemagne et le Brésil s'accrochent afin de faire accepter par leurs homologues de l'ONU l'idée d'une taxation "universelle" sur les transactions financières dont le produit permettrait d'aider au développement de pays pauvres.

Après avoir été successivement mise de l'avant, enterrée, exhumée, enterrée à nouveau, cette taxe a été relancée par Nicolas Sarkozy, qui l'a promue devant l'Assemblée générale de l'ONU, sans succès apparent. En effet, le principe même d'une telle taxe est rejeté catégoriquement par les États-Unis et le Royaume-Uni. En considérant que l'essentiel des transactions financières se concentre à Wall Street et à la City de Londres, mener de façon isolée un tel projet n'aurait donc pas de sens. Les dernières réunions tenues à l'ONU et l'acharnement des militants laissent toutefois entrevoir un petit espoir.

Sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne, le Parlement européen a adopté à une large majorité une taxe sur les transactions financières. Elle sera de 0,1% sur les actions et les obligations et de 0,01% sur les autres produits financiers. Elle pourrait rapporter 57 milliards d'euros par an. Le projet européen envisage l'utilisation de la nouvelle manne financière comme fonds de secours pour le sauvetage des banques. Certains pays européens comme les Pays-Bas et la Grande-Bretagne sont opposés à cette initiative.

Une telle taxe, dont le principe a été imaginé dès 1972 par James Tobin, a-t-elle une chance de voir le jour à l'échelle mondiale? Après avoir été jugé "utopique" par les économistes, ce projet semble pertinent depuis la crise financière.

Si elle devait être mise en place à une échelle mondiale, il faudrait s'attendre à une non-adhésion des pays qui jouissent d'une dominance mondiale sur les marchés financiers et boursiers. Ainsi, une démarche isolée de quelques pays aurait probablement des effets dévastateurs sur leur économie. En effet, ces pays feraient fuir immédiatement toute leur activité boursière vers d'autres places financières refusant d'appliquer cette taxe. De toute évidence, si une telle taxe devait être mise en place à l'échelle mondiale, il est très probable qu'elle soit évitée par de l'ingénierie financière.

L'expérience suédoise

En 1984, le gouvernement social-démocrate suédois a introduit une taxe de 0,5% (1,0% deux ans plus tard) sur chaque vente ou achat d'action et de 1,0% pour les options. La taxe sur les échanges d'obligations variait en fonction de la maturité entre 0,001% et 0,03%. Les échanges financiers se sont alors déplacés sur d'autres places boursières. L'abolition de la taxe a été faite en 1991 par le gouvernement social-démocrate.

En 1989, une taxe sur les transactions monétaires a été instaurée. La réponse a été immédiate : tous les échanges monétaires se sont déplacés de la Bourse de Stockholm vers celle de Londres, ce qui a obligé le même gouvernement social-démocrate à l'abolir en 1990, après seulement 16 mois d'existence.

 
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