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Refonder l'école obligatoire en faveur d'une éducation humanisante

26/12/2016 07:35 EST | Actualisé 26/12/2016 07:35 EST

Le gouvernement québécois a lancé dernièrement une consultation nationale sur la réussite éducative. Il estime que cette réussite passera par une intervention auprès des enfants de moins de cinq ans et une lutte contre l'analphabétisme. J'ai participé à cette consultation plus par principe que par conviction puisque ce genre d'initiative s'attaque généralement aux effets plutôt qu'aux causes des problèmes relevés en éducation.

L'école obligatoire traverse une crise qui perdure depuis des années parce qu'elle est tiraillée par un discours humaniste qui ne se réalise pas ou peu faute de fondement naturel, rationnel et scientifique. De plus, les exigences du marché du travail et le lobby religieux exerce sur elle des pressions indues. En conséquence, l'école se trouve constamment ballotée par les différents pouvoirs en place (étatique, patronal, religieux, syndical, etc.) qui cherchent à l'assujettir à leurs intérêts particuliers souvent au détriment des élèves et du bien commun.

Une constatation embarrassante

Il y a plus de trente ans, j'ai réalisé que l'éducation obligatoire, qui affirmait contribuer au développement intégral de l'élève, était dépourvue de véritables programmes d'humanisation. En d'autres mots, on n'enseignait pas à des êtres qui naissent humains qu'en potentiel comment respecter les exigences de bon développement et de bon fonctionnement de leur être dans ses rapports avec le réel, l'environnement, la vie, eux-mêmes, autrui, la société et l'humanité. Compte tenu des terribles conséquences d'un tel trou dans notre savoir, j'ai décidé de consacrer le reste ma vie à comprendre les causes de cet état de fait et si possible de remédier à cette incompréhensible lacune dans le processus d'humanisation de notre espèce. Voici en bref, la principale conclusion de mes recherches et de mes nombreux projets sur le développement humain.

Une crise d'identité

Cette crise de l'éducation obligatoire, est avant tout une crise d'identité des enseignants. Privés d'un ordre professionnel, les enseignants du primaire et du secondaire n'ont pas eu à définir clairement leur fonction sociale et à spécifier les actes professionnels qu'ils sont appelés à poser et les conditions matérielles nécessaires à leur pratique. L'absence d'un consensus minimal autour de leur raison d'être sociale, jumelée à l'absence du levier politique que constitue un ordre professionnel, explique en grande partie l'assujettissement des enseignants aux différents pouvoirs en place.

Aujourd'hui, j'ai la conviction que tous les enfants et les adolescents ont un droit, non pas à une éducation, mais à une éducation humanisante qui a des exigences spécifiques qui ne sont pas respectées présentement. La raison est simple, ils héritent dans leur patrimoine génétique d'une capacité d'apprentissage dont on ignore encore les limites. Les membres de chaque nouvelle génération ont donc un droit naturel aux connaissances théoriques et pratiques et aux conditions favorables à leur processus global d'humanisation. Par conséquent, aucune profession n'est plus importante que celle qui est appelée à défendre ce droit fondamental. Malheureusement, il n'existe pas de programmes d'humanisation fondés sur une science et un art transdisciplinaires du développement humain. Le non-respect de ce droit dont va dépendre l'avenir de l'humanité doit être considéré à l'avenir comme le premier crime contre l'humanité puisque tous les autres en découlent directement ou indirectement. On peut cependant mettre fin à cette incompréhensible lacune puisque nous possédons actuellement suffisamment d'experts, de connaissances, d'institutions éducatives, d'argent et de technologie pour élaborer de tels programmes et les diffuser à la grandeur du Québec.

Est-ce que quelqu'un pourrait expliquer aux politiciens que l'école obligatoire n'est pas une entreprise « flexible » destinée à former la future main-d'œuvre en perpétuel changement? Que son ultime finalité est d'éduquer les futurs citoyens à devenir toujours plus conscients, raisonnables, solidaires, autonomes, créatifs et responsables (moraux) dans la conduite de leur vie personnelle, familiale, sociale, professionnelle, politique, économique et écologique afin d'être plus efficaces dans leur quête naturelle du bonheur. Que les matières scolaires peu importe leur contenu et leur découpage ne sont que des moyens au service de ce processus global d'humanisation.

Seule une éducation fondée sur l'humain, par l'humain et pour l'humain respectera la dignité inhérente à toute vie humaine et le droit de chaque nouvelle génération à une véritable éducation humanisante.

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