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Donald Trump et Justin Trudeau: attendons avant de célébrer

21/02/2017 09:12 EST | Actualisé 21/02/2017 09:12 EST

Les commentateurs semblent tous satisfaits de la première rencontre de Justin Trudeau avec Donald Trump à la Maison-Blanche. Il est vrai que le président américain n'a pas fait de sautes d'humeur.

La rencontre des femmes d'affaires des deux pays avec le président et le premier ministre pour mettre sur pied un Conseil canado-américain sur l'avancement des femmes d'affaires et entrepreneures semble avoir donné un élan à la collaboration entre les deux pays. Le fait que Ivanka Trump soit impliquée dans ce Conseil contribue probablement à amadouer son père qui n'avait pas montré durant sa campagne électorale pour la présidence une très haute opinion quant au rôle des femmes.

Plusieurs analystes ont fait état du soulagement ressenti par la délégation canadienne lorsque le président lors de la conférence de presse résumant leurs discussions a mentionné que le traité de libre-échange ALENA avait besoin de quelques ajustements mineurs pour améliorer la relation avec le Canada, ce qui diffère beaucoup selon lui de la négociation à venir avec le Mexique concernant ce traité. Attention, cet individu a véhiculé de nombreuses faussetés durant sa campagne présidentielle. Pourquoi le croire sur parole maintenant?

Si les produits laitiers et autres produits agricoles américains envahissaient nos marchés, la rentabilité de plusieurs fermes québécoises serait compromise.

Comme aucune précision n'a été donnée, il faut se retenir avant de célébrer, puisque le président s'est fait rassurant, mais pourrait considérer par exemple que l'abandon de la gestion de l'offre des produits agricoles n'est qu'un « ajustement mineur » pour faciliter les échanges commerciaux avec le Canada. Cependant, ici, au Québec, l'abandon de cette mesure en place depuis longtemps aurait un impact majeur sur nos agriculteurs et ne constituerait pas un ajustement mineur comme l'a laissé entendre Donald Trump. Si les produits laitiers et autres produits agricoles américains envahissaient nos marchés, la rentabilité de plusieurs fermes québécoises serait compromise.

Là où le bât blesse, c'est que la capacité de production des Américains est largement supérieure à la nôtre et leur permet alors des économies d'échelle rendant leurs produits peut-être moins dispendieux que les nôtres. Cependant, il faut être conscient que les États-Unis, surtout avec un président républicain pressé comme Donald Trump, ne sont pas aussi précautionneux ou méticuleux que les Canadiens en ce qui a trait aux normes de contrôle de qualité des produits alimentaires.

La stratégie américaine pourrait se résumer comme suit : « on veut vendre à tout prix, quitte à régler les problèmes plus tard s'ils se produisent » alors que la stratégie canadienne serait plutôt « de protéger la santé des consommateurs à tout prix avant d'autoriser la vente d'un produit à risque ». C'est là que l'on reconnaît le profil cow-boy des Américains, ce qui peut expliquer leur insistance à vouloir se procurer des armes pour assurer leur protection.

Il ne faudrait pas que Santé Canada subisse quelque pression que ce soit pour suivre l'exemple de nos voisins du Sud. Citons seulement l'exemple malheureux du saumon génétiquement modifié introduit aux États-Unis dont la vente et la consommation ont été acceptées six mois plus tard au Canada. Le Frankenfish, ce saumon transgénique grossi deux fois plus que le saumon d'élevage. Il peut ainsi atteindre sa taille adulte au bout de 16 à 18 mois comparativement à 30 mois pour un saumon de l'Atlantique. Il nécessite 20 % de nourriture en moins et ne nécessite aucun antibiotique en plus de résister mieux au froid, ce qui fait qu'il peut donc grandir toute l'année. Qu'il soit disponible sur les tablettes de nos poissonneries sans étiquetage particulier pour le distinguer du « vrai saumon » ne serait pas un fait glorieux. Quel effet sur notre santé aurait la consommation de ce poisson « surnaturel »? Il faudrait éviter de devenir les victimes des cow-boys capitalistes du Sud.

La prudence est de mise. Attendons que Donald Trump précise ce qu'il qualifie d'ajustement mineur avant de nous réjouir du maintien des échanges commerciaux entre nos deux pays.

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