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Abolir les commissions scolaires, mais pas n'importe comment

16/01/2014 12:13 EST | Actualisé 18/03/2014 05:12 EDT

Le gouvernement de Madame Marois semble avoir un contentieux important à régler avec les commissions scolaires. Même si on ne l'avoue pas ouvertement, le gouvernement du Parti québécois semble avoir emprunté une des idées à la base de la dernière campagne électorale de la Coalition avenir Québec en travaillant à l'abolition des commissions scolaires. Cependant, comme le veut la tradition au Parti Québécois, on a choisi la stratégie étapiste en y allant par tempête plutôt qu'en provoquant un ouragan pour ensuite déblayer les résidus.

Une chose est sûre: la structure politique entourant le monde scolaire est à revoir. La population ne démontre pas d'intérêt envers les élections scolaires qui n'ont attiré qu'environ 8 % des électeurs aux dernières élections. Combien coûte le maintien de cette structure politique à travers les 72 commissions scolaires?

De plus, le mandat des commissaires est exigeant, mais leur accorde-t-on la latitude nécessaire pour réaliser leur mandat? Pas nécessairement puisque le gouvernement et le ministère de l'Éducation dictent les décisions.

À titre d'exemple, mentionnons les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement de Madame Marois qui s'insurge ensuite contre la hausse de taxes scolaires dans certaines commissions scolaires. Comme on l'entend parfois dans le langage populaire, le gouvernement parle des deux côtés de sa bouche et le discours est différent d'un côté à l'autre. On refuse que les commissions scolaires réalisent des déficits, mais on coupe leurs subventions pour ensuite leur refuser d'aller chercher du financement ailleurs.

Ce n'est d'ailleurs pas nouveau. Rappelons-nous l'annonce en grande pompe par le gouvernement dirigé par Jean Charest de la modernisation de notre réseau scolaire qui serait dorénavant doté d'un tableau intelligent par classe. On passait sous silence cependant que le gouvernement Charest n'allouait aucun argent neuf aux commissions scolaires pour réaliser cet engagement politique. On leur disait simplement de piger dans leurs budgets d'opérations courantes sans générer de déficit et sans réduire les services aux élèves. Plus tard, on apprenait que le fournisseur principal desdits tableaux était un ex-collaborateur proche de Jean Charest.

Les commissions scolaires doivent aussi composer avec des directives politiques, comme celle de ne pas annoncer de fermeture d'école durant une campagne électorale provinciale. On ordonne d'équilibrer le budget, mais on refuse ce moyen de réduire les dépenses. Ensuite, on comptera sur le commissaire élu dans une certaine région afin de défendre la survie de l'école de son secteur en souhaitant conserver son poste.

Dans un tel cas, qui voudrait devenir commissaire scolaire avec une marge de manœuvre si limitée? Est-ce que le seul intérêt à s'impliquer au niveau politique scolaire est d'utiliser ce tremplin pour éventuellement passer à la politique municipale, provinciale ou fédérale?

Chose certaine, même si l'abolition du niveau politique des commissions scolaires permettait d'économiser des millions en processus électoral et maintien de la structure politique, il ne faut pas s'imaginer que le budget total des commissions scolaires serait une économie nette. En effet, les salaires du personnel des écoles demeureraient indispensables pour prodiguer les services d'enseignement et d'autres services comme le transport scolaire et certains services éducatifs et d'organisation scolaire devraient encore être offerts.

Il est plausible que le transport scolaire pourrait être négocié et coordonné par un organisme supra-municipal. Pourquoi pas les MRC? Les bâtiments pourraient être transférés aux municipalités qui, en plus de les utiliser à d'autres fins que scolaires en dehors des horaires de cours, pourraient économiser des coûts de construction, location ou entretien. Cela pourrait entraîner une rationalisation efficace et pertinente.

La France qui n'est pas toujours un modèle pertinent a transféré la gestion de la formation professionnelle aux Chambres de commerce, assurant ainsi la proximité des besoins des futurs employeurs, les entreprises du milieu. Y a-t-il là une leçon à tirer?

Sans avoir des réponses à toutes les questions que soulèverait un tel virage dans le monde de l'enseignement, je suis cependant convaincu qu'il ne faut pas abolir les commissions scolaires pour retourner au ministère de l'Éducation des Loisirs et des Sports tous les pouvoirs et toutes les décisions.

Le MELS a trop souvent démontré par le passé qu'il est noyauté par des théoriciens de la pédagogie qui pratiquent l'immobilisme, se gargarisent de beaux mots et semblent écouter pousser leurs cheveux. De vrais pelleteux de nuages qui ne seraient pas aptes à opérationnaliser un service comme celui du transport scolaire. N'oublions pas que ces gens-là nous ont entraînés dans une réforme scolaire qui a dû être réformée elle aussi. Actuellement, ils attribuent beaucoup d'importance à la réussite scolaire. Nous ne pouvons pas être contre un tel objectif, mais il ne faudrait pas pour autant diminuer le niveau de difficulté pour faciliter le succès. Un échec ne doit pas devenir un succès pour améliorer les statistiques, il faut que l'élève démontre les aptitudes nécessaires. Pour cela, il faut qu'il ou elle fasse des efforts plutôt que d'attendre que le système règle son cas en sa faveur.

Les municipalités, MRC et Chambres de commerce ont déjà une direction générale, des services des ressources humaines, des finances, des ressources matérielles, des communications qui pourraient intégrer en tout ou en partie ceux des commissions scolaires. Plus de latitude pourrait par la même occasion être allouée aux directions d'école tant sur le plan pédagogique qu'opérationnel en s'assurant cependant de prendre ses distances de cette directive trop longtemps exigée par le ministère à l'effet que la direction d'école devait être attribuée à une personne détenant un permis d'enseignement. D'accord pour la maîtrise en enseignement scolaire si on y intègre plus de notions de gestion, quitte à réduire la formation en pédagogie sur laquelle tant d'emphase semble être mise. Les Conseils d'établissement pourraient demeurer et continuer à jouer un rôle consultatif pour les directions d'école.

Est-ce que les syndicats vont monter aux barricades et s'opposer à une telle réorganisation? Certainement, parce que la diminution de leurs effectifs et revenus les dérangera, mais est-ce que ce serait le meilleur service à rendre à leurs membres? Pas nécessairement.

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