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À la recherche de l'esprit des fêtes

23/12/2014 11:35 EST | Actualisé 23/02/2015 05:12 EST

Nous y voilà, nous sommes à la veille de Noël et je me rends compte que la période des fêtes ne me réjouit malheureusement plus autant que ce fut par le passé, mais je pense en avoir trouvé les raisons et comment y remédier.

Cela fait trois ans que je travaille pour le réseau des Banques alimentaires du Québec. Avant de travailler au sein de cette association, j'avais conscience, venant d'une famille de la classe moyenne et aujourd'hui étant de cette même classe, que la vie n'est pas toujours facile et les fins de mois pas toujours évidentes à boucler alors, je ne pouvais qu'imaginer les difficultés que devaient rencontrer les personnes plus fragiles et plus pauvres. Mon travail m'a permis d'être confronté à cette dureté que ces accidentés de la vie rencontre. Aujourd'hui, je me lève pour venir en aide autant que possible à ces personnes en détresse que notre société continue à stigmatiser à l'aide de préjugés et de clichés trop nombreux basés sur une méconnaissance affligeante de la situation dans laquelle vivent ces gens.

J'ai débuté à mon poste, heureux de pouvoir aider et améliorer les services des Banques alimentaires du Québec envers les personnes dans le besoin. Ma prise de fonction a commencé le 11 décembre 2011, en pleine période des fêtes. Cette période est certainement la plus dure. J'ai été confronté, dès mes débuts, à ce qu'était la détresse et l'urgence d'aider une personne à se nourrir, ici, au Québec, au Canada, une société riche. Il ne m'a fallu que quelques jours pour rentrer du travail et m'effondrer sous le poids du désarroi de ces personnes auxquelles j'avais dû répondre et venir en aide. Aujourd'hui encore la période des fêtes est un moment difficile à passer dans mon travail, non par le travail opérationnel qui s'en voit augmenté, mais par le nombre de personnes en difficultés qui ont besoin, plus que jamais, de notre aide, mais aussi de notre écoute.

Chaque histoire qui a mené à la précarité ou à un moment difficile dans un moment de vie est unique. Cependant, elles ont toutes un point en commun. La perte d'un emploi, le décès d'un(e) conjoint(e), des relations familiales difficiles, des emplois mal payés... Dans mon travail mes rôles sont multiples, mais durant le temps des fêtes, je dois davantage répondre aux trop nombreuses personnes qui cherchent une banque alimentaire proche de chez eux où toutes les 5 minutes je dois répondre et diriger une nouvelle personne qui est, soit en pleure, soit honteuse de devoir nous appeler. En cette période de l'année, ces personnes sont encore un peu plus mises à l'écart et elles le ressentent. Ce temps des fêtes leur rappelle qu'eux ne pourront pas faire comme tout le monde. Ils ne pourront pas mettre leurs difficultés de côté, ils ne pourront pas masquer leur pauvreté et ils ne pourront pas offrir de cadeaux à leurs enfants, parents et autres proches. Leur seul souhait sera de pouvoir au moins offrir un repas à leur famille.

Je ne suis pas en lien direct avec ces personnes et pourtant je ressens toutes leurs craintes, leur désarroi, leur solitude et je n'en suis que plus admiratif de ces milliers de bénévoles et employés qui eux, au sein des comptoirs alimentaires, sont en contact direct avec cette indigence en faisant un travail extraordinaire et humanisant.

Je pense que mon désamour pour cette période de l'année est intimement lié à cette réalité qui se confronte à la consommation excessive érigée en modèle que nous devons tous suivre dans le but de correspondre, une fois de plus, au standard que l'on nous impose. Je pourrais oublier cette réalité durant le temps des fêtes et moi aussi, participer à cette grande mascarade de la surconsommation qui n'a aucune limite ni décence, mais je ne le souhaite pas et ne le peux pas. Je préfère faire des choix plus judicieux qui auront un impact positif pour la société tout entière plutôt que de garnir le compte en banque, déjà débordant, de ceux qui provoquent cette pauvreté.

Aujourd'hui, notre société, involontairement et sous la pression des mœurs commerciales imposées par les multinationales, a réussi à pervertir l'esprit du temps des fêtes. Aujourd'hui, pour beaucoup, des fêtes de fin d'année sans dépenser (souvent l'argent que l'on n'a pas) dans des cadeaux, n'est pas un véritable temps des fêtes et vous serez considéré comme avare si vous ne vous prêtez pas au jeu, ce n'est plus pour moi. J'aime le véritable esprit des fêtes et c'est pourquoi je souhaite le retrouver. Vous savez, cet esprit où le « simple » don de notre temps et de notre présence aux côtés de sa famille et de ses proches suffisent, car sont, en définitive, les choses les plus importantes que nous ayons à offrir.

Alors cette année, pour Noël, voilà ce que vous pouvez faire si vous souhaitez vous aussi retrouver l'esprit des fêtes :

1) Fuyez les grands centres commerciaux et grandes enseignes.

2) Offrez des cadeaux matériels seulement si vous en avez les moyens sans que cela fasse exploser votre carte de crédit (un message, une présence, une pensée et l'expression de son amour envers nos proches sont encore gratuits, profitez-en)

3) Quitte à dépenser, dépensez selon vos moyens et allez chez nos petits commerçants et nos artisans locaux qui fond vivre notre économie et contribuent au rayonnement de notre culture et de nos quartiers.

4) Offrez, à la personne à qui vous souhaitez faire un cadeau, un don en son nom à l'organisme ou association qui correspond le plus à ses sensibilités. (Me concernant pas besoin de chercher et faites un don aux Banques alimentaires du Québec qui avec 1 $ de don sont capable de redistribuer 12 $ de nourriture pour venir en aide à 400 000 personnes dont 150 000 enfants qui, au Québec, ont faim : banquesalimentaires.org

Voilà le véritable esprit de Noël que je nous souhaite de retrouver. Célébrons le partage et offrons ce que nous avons de plus précieux aux gens que nous aimons : notre temps et notre présence.

Joyeuses fêtes.

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