Gabrielle Dadié

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L'absence des grands-parents

Publication: 12/11/2012 01:21

L'image qui vient spontanément en pensant aux grands-parents est celle de personnes douces, aimantes et chaleureuses, totalement en admiration devant leurs petits-enfants. Mamie qui fait toujours de bons petits plats les dimanches et nous couvre de tendresse, et papi qui nous prend sur ses genoux et nous apprend des jeux, tout en participant avec bonheur à nos espiègleries. Les grands-parents traditionnels d'avant, il n'y a pas de cela si longtemps, était présents, même omniprésents, au grand soulagement des parents, qui en eux avaient toujours un appui de taille. Étant à la retraite ou ne vivant pas les mêmes inquiétudes qu'aujourd'hui, celles-là qu'on appelle stress, ils profitaient avec sérénité de leur troisième génération. Or il est à se demander s'il n'y a pas une certaine absence des grands-parents de nos jours que quelques hypothèses justifieraient :

En l'occurrence, les grands-parents auraient décidé d'être un peu égoïstes et de penser à eux en priorité. Ils ont travaillé toute leur vie, épargnez sous après sous, quoi de plus normal alors que de profiter des croisières dans les caraïbes et des excursions en Safari ? À leur retraite, ils vivent une nouvelle vie qui ne les empêche certes pas de passer du temps avec leurs petites progénitures, mais qui en réduit la durée, même si pas l'intensité.

Pour certains grands-parents, le manque d'économies pour une pension décente exige un retour sur le marché du travail. Ils n'ont soit pas eu l'opportunité d'avoir un emploi rentable, soit ils ont perdu toutes leurs épargnes entre les mains d'un charlatan de la finance, qui les a obligé à repartir de zéro ou presque. Ceux-là n'ont pas choisi de ne pas pouvoir aller chercher leurs petits-enfants à l'école et de leur préparer le goûter en attendant que rentrent les parents. Ils sont encore pris dans du 9 à 5 et dans des cotisations salariales par obligation.

Pour d'autres, après des décennies à avoir été actifs, se retrouver à la maison déchargés de toutes responsabilités professionnelles les angoisse. Passés les travaux de rénovation, les ballades dans les bois et les dîners entre amis, ils ne supportent plus cette sorte d'inertie et s'impliquent activement dans des fondations, dans des organismes de coopération internationale, ou dans des parties politiques. Ils sont heureux car d'une certaine façon ils éloignent la vieillesse et le temps qui passe, mais aussi les moments en famille.

Puis, il y a eu l'ouverture des frontières qui a boosté l'immigration et séparée les familles. Les immigrés ont laissé là-bas leurs parents et grands-parents. Ils ont eu des enfants ici qui par la force des choses ne peuvent les voir, exceptés quelques courts intervalles par année. Ils passent du temps avec eux au travers des photos, des coups de téléphone et des technologies de communication. Le virtuel est leur réel. Il y a eu également les migrations entre provinces, dans ce si vaste pays où les distances sont souvent supérieures à celles entre deux continents. Ces grands-parents de la Colombie Britannique ne peuvent pas, même s'ils le souhaitent, voler à tout moment vers la province du Québec ou aux Maritimes. Noël et quelques moments privilégiés deviennent alors les témoins des retrouvailles familiales.

Enfin on pourrait penser aussi à ces grands-parents trop jeunes dans leur tête, et qui n'en sont tout simplement pas à cette étape-ci de leur vie. Leurs petits-enfants sont les enfants de leurs enfants. Ce sont donc eux qui ont la responsabilité de s'en occuper même si accessoirement grand-père et grand-mère le font. Ainsi les grillades et les mijotés cuisinés par la jeune mamie se feront comme un inattendu qui rendra une journée banale spéciale. Et puis les lendemains de cuite, ces grands-parents si cool seront un bonheur que de les avoir pas loin pour soulager le mal de tête.

Ainsi, à ceux qui ont cette chance de pouvoir vivre auprès de leurs grands-parents, profitez-en et à tous ceux qui sont loin d'eux, pensez à la force inébranlable des sentiments.

 
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