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L'essence du clown, c'est de l'aplomb!

08/02/2015 08:48 EST | Actualisé 10/04/2015 05:12 EDT

« Je ferai le clown de mon mieux. Et peut-être ainsi je parviendrai à faire l'homme, au nom de tous. » (Michel Quint) extrait d'Effroyables jardins

Je puise mon inspiration tout simplement dans la quotidienneté. Je suis un observateur de la vie et des gens. Je transforme ce que je vois en images, en gags. Cela m'aide à surmonter certaines difficultés, à dédramatiser les moments plus difficiles à souligner les périodes charnières et surtout à tisser des liens avec les gens. Dans ma vie de tous les jours, je ne suis pas très loin de mon personnage de Fredolini. La repartie vient rapidement, le sens aigu de la blague est toujours présent. Je prétends faussement être discret et humble, mais cela est, dans les faits, très rare. Même avec des efforts, il m'est parfois impossible de passer sous le radar. Je suis moi-même. Je lis beaucoup, je suis passionné d'actualité et de politique, j'entretiens des correspondances et des liens avec des élus, toutes formations politiques confondues. Je m'en inspire. Parce que tout ce qui m'entoure me sert de matériel, d'occasion de création. Je suis tout simplement toujours à l'affût, sans effort. C'est ce qui crée une spontanéité sur scène, jumelé avec quelques vieux trucs du métier.

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Lors de mes spectacles, bien que les numéros soient rodés au quart de tour, je laisse toujours une place pour faire écho aux réactions du public, pour ajuster le tir et suivre le rythme. C'est ce dernier qui bat la mesure. Faire le clown, pour moi, c'est comme faire du tai-chi, dont l'objectif est d'affiner son énergie vitale (le « chi ») et ainsi « ouvrir sa conscience à une dimension supérieure ». Ainsi, je n'essaie pas de faire le clown, bien au contraire, je fais l'homme. Je ne peux donc pas arrêter de le faire, dans un cas comme dans l'autre. Je suis en fait plutôt un adepte du verbe « être » que « avoir ». Ici et maintenant, dans l'instant présent. C'est cette manière d'opérer qui fait la magie et la candeur de mon personnage de Fredolini. Une de mes techniques de jeu et d'humour consiste souvent à tout simplement répéter ce qu'une personne vient de dire. Pas par mimétisme, mais plutôt parce que, lorsque prononcé et répété via le filtre et le prisme kaléidoscopique d'un clown, le propos prend un tout autre sens. Très souvent, les gens comprennent alors ce qu'ils viennent de dire, peu importe la nature du propos.

C'est ma couleur, ma particularité, l'essence même de mon clown. Il m'est difficile de savoir comment fonctionnent les autres, mais dans ma tête de clown, les idées et les gags se succèdent à vive allure. Je crois sincèrement que c'est parce que je me suis gavé de dessins animés dans ma jeunesse, et que je prends un grand plaisir à transformer et à détourner les situations, simplement pour faire rire. Plus encore, je suis capable d'adopter le discours d'un scientifique, d'un docteur, d'un journaliste, d'un avocat ou d'un politicien. Ce qui parfois créer des interactions particulières et des conversations des plus loufoques. Il faut par contre bien faire la part des choses. Je ne me moque pas des gens et ne les tourne pas en ridicule. Ce n'est pas mon plaisir et cela ne servirait pas du tout mon personnage.

Une de mes grandes complices de toujours demeure ma douce et discrète maman Suzanne, avec qui j'ai des discussions philosophiques pleinement satisfaisantes. Souvent, on discute ensemble de l'actualité et nous tissons des liens entre les choses et les histoires, parfois boiteux - j'en conviens -, mais surtout simplement pour notre malin plaisir. Parce que la vie n'est pas un fardeau, mais bien une amusante épopée qui doit nous étonner à tout moment. Dans un tout autre registre, je me souviens m'être fait demander quelle était l'essence du clown. Mon collègue et grand ami, le clown Cachou, a tout bonnement répondu pour moi : « de l'aplomb! » Parce qu'il trouvait la question inutile, verbeuse et trop songée... pompeuse, quoi! Il ne faut pas se prendre la tête. Le clown réside vraiment à l'adresse de la simplicité.

Le malentendu et le quiproquo représentent aussi pour moi une source inépuisable de nouveau matériel . Je me souviens d'avoir été seul, dans la chambre d'hôpital de mon beau-père, le mari de ma maman, alors qu'il était en fin de vie. La situation était des plus inusitée. C'était l'heure du grand départ, et j'étais présent, à lui tenir la main. On aurait dit qu'il se noyait. Il partait et revenait; il reprenait son souffle. Il s'exclamait tout haut :« wouah, wow, wow... Les yeux grands écarquillés. Malgré la douleur, il souriait. « Wouah,wow, wow » encore une fois. Il trouvait cet instant magique plutôt que terrifiant. De l'autre main, je tenais mon téléphone cellulaire et j'appelais ma mère, ma sœur,et sa fille à lui pour leur dire devenir, que c'était LE moment. « Wouah, wow, wow», s'exclama-t-il de nouveau. Ensuite, il me dit :« Ils sont là ». Je lui réponds : « Non, Howard, je viens tout juste de les appeler! Patience, tout le monde s'en vient ».

Puis, il se retourne vers moi, se met à rire, malgré toute la douleur et sa souffrance et me dit : « Jusqu'à la toute dernière minute, tu auras été là pour me faire des blagues, me faire rire! » Et moi, tout étonné, je n'y comprends rien. Je lui dis que je viens de téléphoner à l'instant, donc elles ne peuvent pas être là! Il me dit :« Frederico...Fredolini, mon fils, mon clown. Je ne te parle pas de la famille, mais plutôt des anges qui sont là pour m'accueillir! » Avant de s'exclamer « Wouah, wow, wow » de nouveau. Je suis un gars et un clown sceptique et perplexe, un peu athée. Cette fois, cependant, mes croyances ont été ébranlées et j'ai effectivement senti une présence inexplicable. Nous nous sommes regardés, nous avons ri ensemble. Son départ est venu plus tard dans la nuit, mais ces derniers instants de lucidité furent partagés avec joie, humour, spontanéité et naïveté. Dans toute la candeur de mon personnage, et pour moi-même, c'est la description parfaite d'une situation clownesque. Puisqu'elle fait partie de la vie, ancrée dans l'instant présent, et surtout, criante de vérité, ce qui est le propre du clown.

« Wouah wow, wow » sont les trois premiers mots prononcés lors de mon entrée en scène, pour créer le contact avec le public, dans mon spectacle iFredolini.

Note de l'auteur Je me lance dans un projet particulier, lequel nécessite le plus grand investissement qui soit dans mon cas, celui de l'humilité. Chaque dimanche, je publierai sur mon blogue au Huffington Post Québec un texte autobiographique. Parfois, les récits et les anecdotes pourront paraître invraisemblables. Mes histoires choisies, elles, seront vraies. En fait, tout sera dans la manière que j'aurai de vous raconter ces petits bouts d'existences, d'observations et de perceptions.

En les écrivant, c'est un peu comme si je les conservais dans une capsule temporelle, afin de ne rien oublier. Juste au cas. Traduites dans plus d'une vingtaine de langues grâce à des collaborateurs, elles seront également diffusées via mon site fredolini.com et sur ma page Facebook. Ensuite, ces textes seront regroupés et publiés sous forme de livre. C'est donc une fabuleuse aventure toute en écriture que j'entreprends. J'espère qu'elle saura toucher le cœur des gens, surtout le vôtre. C'est donc un rendez-vous!

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