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Les enfants de la balle

07/12/2014 08:24 EST | Actualisé 06/02/2015 05:12 EST

Je suis un enfant de la balle, c'est-à-dire un artiste dont les parents exerçaient déjà la profession. Tout jeune, j'ai suivi des cours de magie avec le Grand Marcis (Maurice Choquette) qui tenait aussi une boutique. À l'âge de 4 ans, j'ai fait un spectacle de 15 minutes devant plus de 300 personnes, au Salon des sciences occultes, qui avait lieu au centre Paul-Sauvé, haut lieu des combats de lutte que j'adorais voir. Les gens ont applaudi, et j'ai fait pipi dans mon pantalon! C'était le début d'une magnifique carrière.

Mon papa nous a finalement emmenés au cirque, le fameux Circus Vargas, celui d'antan. J'étais très impressionné, surtout par les sideshows, les petites attractions qui font patienter les spectateurs avant d'entrer dans la tente principale pour voir le grand spectacle. C'est lors de ces prestations que l'on peut voir des numéros inusités tels que l'avaleur de couteaux, le fakir sur son tapis à clous, celui qui se transperce la peau, etc. Toutefois, celui qui m'a le plus impressionné du haut de mes 5 ans, c'est l'homme qui s'insérait une pompe à air (pour gonfler les pneus de bicyclette) dans la bouche. Il se gonflait le ventre, c'était captivant! Je prends des notes.

Ensuite, nous sommes allés voir le grand spectacle sous l'immense chapiteau. Deux numéros me viennent à l'esprit : les clowns et les trapézistes. Je me souviens qu'un clown courait, se sauvait et sautait dans une grande machine à laver d'époque, et qu'il ressortait tout aplati parle tordeur! Oh là là! J'étais stupéfait! Je prends encore des notes. Ensuite les trapézistes font leur numéro, mais à la fin, ils sautent dans le filet et vont saluer le public. Je prends encore une fois des notes. L'on dit que les enfants sont impressionnables et qu'ils suivent la trace de leurs parents. Imaginez si celles que je devais suivre étaient des grandes chaussures d'un clown, ce n'est pas toujours évident à chausser et encore moins drôle!

Cependant, cette journée fut gravée à jamais dans mon imaginaire et dans celui de ma sœur, mais pas exactement pour les mêmes raisons. Dès notre arrivée à la maison, le plan de match allait s'activer. Parce que, tous les enfants en ont un, un plan, surtout quand les idées sont magiques, qu'ils ont des parents créatifs et permissifs, ainsi que des costumes, sans parler d'une grande sœur à embêter. Après avoir mis mon index dans le nombril de mon papa pour qu'il gonfle son ventre, j'ai demandé à ma sœur d'aller mettre son costume de ballerine. J'ai mis celui de magicien, avec le chapeau haut de forme, la moustache et le smoking, sans oublier la fameuse baguette! J'ai aussi pris la corde à danser de ma sœur et demandé du papier d'aluminium afin de faire une grosse boulette qui transformerait la corde en micro. Et la pièce de résistance... une couverture!

Nous habitions dans un troisième étage sur l'avenue Verdun, et j'avais de la difficulté à dire notre adresse, le «quarante quatorze». Depuis que j'étais tout petit, nous avions donc convenu que c'était «keting-ketang» ! D'ailleurs, lorsque l'on parle de cette époque en famille, c'est exactement ce mot que nous utilisons. À l'arrière, il y avait un grand hangar qui descendait jusqu'en bas, mais il y avait encore cinq ou six marches avant d'atteindre le sol. J'avais attaché deux des extrémités de la couverture au bas du hangar, mais en haut des marches, et je tenais les deux autres bouts dans ma main gauche. Tout à fait normal, puisque je tenais fièrement mon micro artisanal dans la main droite.Ma sœur se tenait en haut des marches, toute fière dans son costume de ballerine. Et moi, je m'exclame en disant : «Mesdames et messieurs; garçons et filles; Julie (on l'appelait comme cela, bien que son nom soit Giuliana) va sauter dans la couverture et se péter la gueule». C'est certain que je disais beaucoup plus, j'avais vraiment toujours aimé les boniments qui précèdent ce genre d'attractions, surtout ceux de mon père. Il disait n'importe quoi pour attirer l'attention des spectateurs et s'assurer qu'ils entreraient dans la tente. C'est du marketing pur, l'art de la vente!

C'est ce jour-là que j'ai compris qu'il fallait faire plus attention. À ma sœur, surtout. Forcément, ma brillante idée n'a pas vraiment fonctionné comme prévu. Lorsqu'elle a sauté, j'ai échappé les deux bouts de couverture que je tenais à la main et elle s'est blessée. Elle a eu droit au mercurochrome, qui dans les faits ne sert à rien, mais ça fait joli! Je me suis fait chicaner et sermonner. Va réfléchir dans le coin! Dans ces temps de réflexions, je transformais la situation en occasion de me tenir sur la tête, tout en sifflant. Exaspérée, après quelques minutes, ma mère me laissait partir. Cela m'a permis de constater qu'il y avait forcément un truc que je n'avais pas compris. Parce que si on était pour se mettre à faire du cirque, même juste pour jouer, fallait que cela soit beaucoup plus sécuritaire.

J'ai donc rapidement souhaité essayer de comprendre, et surtout de convaincre mon père de me révéler les trucs du métier. Comment il faisait pour transformer maman en gorille, comment faire apparaitre des animaux ou encore disparaitre des tigres et des lions! J'ai donc suivi passionnément les spéciaux à la télé avec les Siegfried & Roy et Doug Henning. Je voulais savoir, pas seulement comment faire de la magie, mais surtout, la manière qu'il fallait s'y prendre pour se préparer, créer un numéro qui attirera l'attention et surtout qui fera en sorte que les gens soient réellement impressionnés.

Je venais en quelque sorte de jeter les bases de l'autre versant de ma carrière, celui d'organisateur et de producteur d'événements et de spectacles. Finalement, si l'on prend toutes les choses que l'on accomplit dans une vie, tout prend son sens, tout s'emboîte. Il n'y a rien qui soit réellement en vain, pas de gestes futiles ou inutiles. Tout est lié, on retient et on apprend de nos expériences.

Je me lance dans un projet particulier, lequel nécessite le plus grand investissement qui soit dans mon cas, celui de l'humilité. Chaque dimanche, je publierai sur mon blogue au Huffington Post Québec un texte autobiographique. Parfois, les récits et les anecdotes pourront paraître invraisemblables. Mes histoires choisies, elles, seront vraies. En fait, tout sera dans la manière que j'aurai de vous raconter ces petits bouts d'existences, d'observations et de perceptions. En les écrivant, c'est un peu comme si je les conservais dans une capsule temporelle, afin de ne rien oublier. Juste au cas. Traduites dans plus d'une vingtaine de langues grâce à des collaborateurs, elles seront également diffusées via mon site fredolini.com et sur ma page Facebook. Ensuite, ces textes seront regroupés et publiés sous forme de livre. C'est donc une fabuleuse aventure toute en écriture que j'entreprends. J'espère qu'elle saura toucher le cœur des gens, surtout le vôtre. C'est donc un rendez-vous!

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