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Les cloches, la cloche et l'espoir!

26/11/2014 09:12 EST | Actualisé 26/01/2015 05:12 EST

Il y a quelques années, j'ai vu le film Le train de vie, sorti à la même époque que le magistral œuvre La vie est belle. En 1941, dans un village juif d'Europe de l'Est, Schlomo, le fou du village, arrive essoufflé devant le conseil des sages pour leur annoncer une terrible nouvelle : les Allemands tuent et déportent vers des destinations inconnues tous les habitants juifs des shtetls voisins. Le conseil se réunit et, après maintes querelles, une idée jaillit de la bouche même du maboul : pour échapper aux nazis, ils organiseront un faux train de déportation ! Ainsi donc, c'est le dingo du village qui sauva toute la communauté. Dans les faits, il ne fait qu'interpréter le rôle de fou de village, puisqu' il est très intelligent. Il faut bien quelqu'un pour assumer cette tâche ingrate! Et ce film, surtout le personnage central, m'est apparu à l'esprit lors de ma première tournée de spectacle en Italie.

Mon collègue Zani et moi avions reçu une invitation pour participer au charmant à l'édition 2009 du festival Isola del Teatro qui se tient à Montresta, une commune italienne de la province d'Oristano dans la région de la Sardaigne. Et c'est aussi le point de départ d'une tournée de plusieurs villes et l'endroit où nous donnerons un master class sur l'art clownesque. Presque qu'un mois à vivre et performer en Italie, mon partenaire était accompagné de sa charmante épouse, et moi de mon papa chéri. J'avais décidé de l'emmener avec moi, puisqu'il m'était impensable d'aller en Italie sans mon paternel. Je voulais partager cette aventure avec lui, afin de nous réconcilier et d'aller à la rencontre de notre histoire, de nos racines. D'ailleurs, il ne se doutait absolument pas que je lui offrirais ce cadeau pour ses 69 ans et l'ai su moins d'une semaine avant le départ. Après tout, il est à la retraite et son passeport est toujours valide!

Le premier matin, nous avons été réveillés par des sons surprenants. Dès 6 h 30, et toutes les 15 minutes de la journée, les cloches de l'église se font entendre. Les premières semonces avisent les paroissiens de se préparer pour le boulot. Le président du festival, Pier Nicolas Simeone, nous racontera plus tard une histoire qui remonte à un passé lointain. Semble-t-il, selon les rumeurs, que le curé est un peu taré, et qu'il serait de mèches avec le « sindaco » (le maire du village) pour réveiller les villageois et insister pour leur dur labeur. Laissez-nous dormir, à la fin! Non, mais!

Le jour, Montresta est presque déserte. Le calme y règne. Enfin, presque... Régulièrement, des bruits d'explosion contribuent à faire fuir les oiseaux pour protéger les récoltes. Les villageois quittent pour cultiver les oliviers et la terre, en plus de s'occuper de garder les moutons. Et c'est à ce moment précis que notre fou de Montresta s'adonne à un rituel des plus étranges. Nous entendons soudainement un long cri lancinant, un appel hurlant qui fend l'âme tellement celui-ci est empreint d'une tristesse profonde. Ce qui forcément, me réveille de nouveau. Misère. Qu'est-ce cette horrible cacophonie?

C'est le chant de l'amour, une ode à l'espoir, une prestation vouée à la séduction de celle qu'il s'est promise. Chaque jour, depuis des lustres, il persévère, avec certitude et conviction, persuadé qu'il gagnera éventuellement son cœur. Il la sérénade, confiant qu'il aura un pouvoir de conviction et une emprise sur l'élue de son cœur. Il existe divers systèmes de communication animale, comme les abeilles qui dansent pour communiquer entre elles, ou encore les loups qui hurlent à leurs meutes. Je pense qu'il s'en est inspiré quelque peu.

Et sa douce de continuer d'ignorer son appel. Elle se refuse à céder, au charme indéfectible de son soupirant. Le séducteur continuera son petit numéro, jusqu'à l'atteinte de son objectif ou encore jusqu'à l'extinction de sa voix. C'est bien beau, le charme et l'amour, mais pour soi. Pas pour ameuter le village! Ce matin-là, je suis loin d'avoir fait la grasse matinée. Lequel était le plus sonné? Les cloches? L'amoureux ignoré? Ou encore, les clowns qui eurent la brillante idée d'aller, un peu sur le tard, la veille, au bar-café Fancellu & Piga, situé à l'épicentre de ce merveilleux et chaleureux Montresta, mais également, au bas d'une côte impossible à remonter, si la cuite est trop forte! C'est bien beau de socialiser avec les autres artistes d'un festival, mais il eut fallu le bâillonner, tel le barde dans Astérix, avant d'aller se coucher! Tout simplement. Ou plutôt, aller se coucher à une heure respectable!

Je me lance dans un projet particulier, lequel nécessite le plus grand investissement qui soit dans mon cas, celui de l'humilité. Chaque semaine, je publierai sur mon blogue au Huffington Post Québec un texte autobiographique. Parfois, les récits et les anecdotes pourront paraître invraisemblables. Mes histoires choisies, elles, seront vraies. En fait, tout sera dans la manière que j'aurai de vous raconter ces petits bouts d'existences, d'observations et de perceptions. En les écrivant, c'est un peu comme si je les conservais dans une capsule temporelle, afin de ne rien oublier. Juste au cas. Traduites dans plus d'une vingtaine de langues grâce à des collaborateurs, elles seront également diffusées via mon site fredolini.com et sur ma page Facebook. Ensuite, ces textes seront regroupés et publiés sous forme de livre. C'est donc une fabuleuse aventure toute en écriture que j'entreprends. J'espère qu'elle saura toucher le cœur des gens, surtout le vôtre. C'est donc un rendez-vous!

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