Frédéric Yelle

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Pour un réel débat sur l'enseignement de l'histoire

Publication: 30/03/2013 14:32

L'offensive des historiens de la Coalition pour l'histoire dans le dossier de la « refonte » du programme d'histoire nationale est inquiétante. Préférant pourfendre ceux qui s'opposent à leur vision conservatrice et instrumentale de l'histoire que d'exposer et de proposer clairement un projet bien argumenté, ils s'attaquent tant à la qualité de la formation des maîtres qu'au Programme de formation de l'école québécoise (PFÉQ) en superposant les sophismes d'autorité aux omissions d'informations cruciales au débat.

Ce qui me désole dans cette chicane, c'est que derrière cette manœuvre politique, de véritables enjeux méritent d'être discutés. La qualité de la formation des futurs enseignants n'est pas parfaite. Loin de là (notons qu'il y a de bons et de moins bons cours d'éducation, tout comme c'est le cas en histoire et en géographie). Au cours de mes 3 mandats au sein de l'association étudiante en enseignement secondaire de l'Université de Montréal, j'ai principalement travaillé sur les dossiers de la vie pédagogique en siégeant sur différents comités qui visent à apporter des modifications à la formation de premier cycle dispensée aux futurs enseignants, tout en respectant les exigences ministérielles. Il existe des enjeux importants, comme le contrôle de la qualité de l'enseignement au premier cycle universitaire, le décloisonnement des départements impliqués dans la formation initiale des maîtres afin d'enrayer les incohérences de parcours et les répétitions, mais aussi, peut-être, un rééquilibrage du poids des différents départements dans le cheminement des étudiants.

Tout d'abord, proposer comme solution un retour à l'ancienne formule (ou plutôt la valorisation de l'actuel diplôme de deuxième cycle pour ceux qui détiennent déjà un baccalauréat dans une discipline scolaire) démontre une profonde méconnaissance de la réalité dans nos écoles secondaires. Tout comme il ne suffit pas de savoir courir pour remporter un marathon, il ne suffit pas de connaître l'histoire pour en susciter son apprentissage. Si certains sont d'excellents orateurs, et pour l'avoir entendu lors du dernier congrès de la SPHQ, M. Gilles Laporte de la Coalition pour l'histoire en fait partie, ce n'est pas donné à tous. Indépendamment de ce fait, des études démontrent (voir Monte-Sano, Wineburg, Vansledright, le projet de l'Université de Standford et bien d'autres) que la transmission magistrale d'idées, de savoirs et de connaissances à ses limites et qu'il existe d'autres approches didactiques qui fonctionnent, surtout si notre objectif n'en est pas un d'endoctrinement, mais plutôt un de développement de la citoyenneté et du sens critique nécessaire à son exercice.

Ensuite, au sujet de la formation initiale des maîtres, M. Laporte démontre une méconnaissance flagrante de ce qui se fait. La formation actuelle, à l'Université de Montréal, propose 63 crédits en éducation et 60 crédits disciplinaires (histoire/géographie, 30-30). Il est légitime de se questionner sur le nombre de cours d'histoire que suivront certains enseignants et il est sain de se demander si ces derniers auront suivi suffisamment de cours disciplinaires pour leur permettre d'enseigner les contenus au programme. Ceci étant dit, qualifier les cours de psychopédagogie, de fondement de l'éducation et de didactique que suivent les futurs enseignants de « psychopops inutile et redondante » comme l'a fait Gilles Laporte pour faire valoir la nécessité d'offrir une formation disciplinaire plus profonde et cohérente avec ce qui sera nécessaire à ces futurs enseignants est une marque de mauvaise foi ou, comme je le disais, d'un manque de connaissances sur ce qui se fait. De plus, monsieur Laporte, de par son manque de respect flagrant envers les sciences de l'éducation, contribue au cynisme et à la dévalorisation de la profession enseignante, bien que, j'en suis certain, son intention est bien contraire. Les programmes ont sans doute besoin d'un rééquilibrage entre les aspects, bien que fondamentaux, plus théoriques par rapport à ceux plus pratiques, mais cette offensive immodérée n'enrichit en rien le débat et encore moins la situation.

La réalité des écoles secondaires du Québec n'est pas celle des cégeps et des universités où enseignent M.Laporte ou encore M. Éric Bédard. Il est faux de croire que l'on peut arriver dans une classe d'élèves du secondaire comme on entre dans une classe de cégep ou d'université et réussir ce marathon qu'est le passage des adolescents par l'école secondaire québécoise en se fiant sur nos qualités d'orateurs et à notre passion pour notre matière (deux qualités tout à fait louables). Un professeur passionné sera sans doute un meilleur professeur lorsqu'il s'adressa à ses étudiants, mais le rapport au savoir des élèves de 12 à 17 ans n'est pas le même que ceux qui poursuivent des études postsecondaires dans nos collèges et nos universités. Leur niveau de maturité, d'autonomie, de méthodologie et de motivation n'est pas le même que ceux qui ont fait le choix, au cégep, d'étudier les sciences humaines ou encore, à l'Université, de suivre un cours d'histoire du Québec et c'est précisément pour ces raisons que la compétence pédagogique des enseignants est aussi importante, car n'oublions pas qu'en dehors de la mission d'instruction et de qualification de l'école québécoise, il existe aussi une réalité sociale et humaine à laquelle il faut savoir répondre.

 

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