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Pride Way (trajet érotique)

Si les trajets urbains sont souvent de longs tunnels temporels, ennuyeux à mourir, celui-ci ne devrait jamais s'arrêter.

29/06/2017 13:05 EDT | Actualisé 29/06/2017 13:05 EDT
Pierre Guerot

« Si les trajets urbains sont souvent de longs tunnels temporels, ennuyeux à mourir, celui-ci ne devrait jamais s'arrêter. À son entrée dans le wagon, vous avez sursauté; vos yeux ont dû prendre une expression ébahie. Chance incroyable, il s'est assis sur le strapontin face à vous, écartant largement ses interminables jambes. Il vous évite ainsi le torticolis et les louchages compulsifs à travers les reflets des vitres.

Son nez reste piqué sur son téléphone. Tant mieux : vous pouvez le scruter sans gêne.

Son nez, d'ailleurs, qui vous intrigue un instant. Court et en même temps massif. Comme une dualité, le mignon et la force réunis. Votre regard ne sait plus trop sur quelle partie de son anatomie se poser tant chacune vous paraît harmonieuse. Même ses chevilles dénudées vous émeuvent. Vous remontez les immenses jambes ouvertes, les déshabillant mentalement, jusqu'à atteindre... Le jean est pensé pour ne prendre aucune forme à ce niveau-ci, mais, votre esprit inspiré se charge d'en donner. S'il était nu, dans cette position, la totalité de son intimité serait visible. Vous imaginez plusieurs possibilités. Même ses dessous sont fantasmés : slip, boxer, caleçon ? Jockstrap même, pourquoi pas ? Cette dernière image vous fait vous redresser nerveusement sur votre siège. Le wagon est quasi vite, heureusement.

Personne pour remarquer votre fixation sur ce bel homme occupé et vous traiter de pervers.

Personne pour remarquer votre fixation sur ce bel homme occupé et vous traiter de pervers.

Son thorax est impressionnant et se pose sur une taille de guêpe. Des postures indécentes envahissent votre crâne.

Votre attention est détournée et se porte vers son visage : il sourit à la lecture, sans doute, d'un texto. Ses dents blanches se dévoilent et vous font remarquer ses belles lèvres pleines, au milieu d'une barbe subtilement entretenue. Qui de l'autre côté du clavier ? Sa copine, sa femme ? Sa maîtresse ? Une femme épanouie, en tout cas.

Vous vous arrêtez maintenant sur son col, essayant d'apercevoir si duvet il y a. Ses cheveux touffus et sa barbe laissent présager un mâle poilu, mais, ses bras sont presque imberbes. Vos questionnements intérieurs un peu sots sont stoppés net. Il se lève, son arrêt est la prochaine station. Vos yeux filent se perdre sur un lapin idiot aux doigts coincés. De dos désormais, ses perches dépliées, vous reluquez rapidement son séant. Vous l'aviez deviné : il est à se damner, rebondi et ferme.

Une seconde vous pensez descendre ici, mais le ridicule connaît des limites. Alors, frustré, vous observez maintenant son siège vide, n'osant plus diriger vos prunelles vers sa silhouette sportive - à cause des reflets.

Le wagon marque une halte. Il descend.

Soudain, sans que rien ne le laisse présager, maintenant sur le quai, il se retourne vers vous, vous qui vous étiez cru invisible tout le chemin et, vous lance un clin d'œil canaille. Le train repart. Vous hésitez entre hurler et éclater de rire. »

Extrait de 'Pierre Guerot & I', ebook, photos-textes, H&O éditions (littérature érotique), de Pierre Guerot et Frédéric L'Helgoualch

Pierre Guerot