Frédéric Bastien

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Frédéric Bastien
 

Loi 101 au cégep: le PQ se trompe de cible

Publication: 24/08/2012 09:33

Depuis le déclenchement des élections, le Parti québécois a clairement réitéré sa promesse d'étendre la loi 101 au collégial afin d'empêcher les francophones et les allophones de faire leur cégep en anglais. Cette mesure est notamment présentée comme nécessaire pour empêcher l'anglicisation de la métropole et du marché du travail québécois. S'il est d'une importance primordiale de défendre la langue française au Québec, force est de constater que les péquistes se trompent de cible pour atteindre cet objectif.

Notons d'abord que les néo-québécois et les francophones de souche qui s'inscrivent dans les collèges anglophones ont fait au préalable 11 années de scolarité en français. Leur choix se fonde sur un désir de mieux maîtriser la langue de Shakespeare pour bien réussir dans la vie. S'il est indéniable que plusieurs se rapprochent ainsi de la communauté anglophone, ils ne deviennent pas pour autant des assimilés au terme de ce processus et ne désapprennent pas à parler français. C'est une situation que je constate année après année au Collège Dawson où j'enseigne depuis 2007.

Notons par ailleurs que le Parti québécois devra livrer une grosse bataille pour arriver à ses fins, notamment en raison de l'opposition d'une partie importante de l'opinion publique. Comme l'a noté le candidat vedette du PQ Léo Bureau-Blouin, lui-même ancien président de l'association des étudiants de niveau collégial, le débat «divise beaucoup les gens». Maniant l'euphémisme, il affirme que son parti aura « beaucoup de travail à ce niveau-là».

En somme les péquistes se préparent à dépenser une formidable énergie dans une bataille périphérique. Forcément, un tel capital politique ne sera plus disponible pour faire autre chose. Il est frappant de constater à cet égard que Pauline Marois ne parle jamais des anglophones unilingues. A chaque session je suis frappé de voir dans mes cours un nombre important de jeunes anglophones qui ne parlent pas français, sans compter de nombreux collègues dans cette situation. Suivant le recensement de 2006, la région de Montréal comptait 262 810 unilingues, soit le tiers de la communauté anglophone. Ce niveau constitue un peu plus du double de la proportion de francophones hors-Québec qui sont unilingues et qui se situe à 16%.

Entre un entre un francophone bilingue, un néo-québécois bilingue et un anglophone unilingue il est pourtant tellement évident que c'est le dernier cas de figure qui pose un réel problème à la francisation du Québec. Malgré cela on cherchera en vain dans le programme péquiste quelque mesure pour remédier à cette situation, par exemple en forçant le réseau scolaire anglophone à augmenter le nombre de classes d'immersion en français, voire à les rendre obligatoire. A terme une telle politique pourrait pourtant remédier à l'unilinguisme inacceptable de plusieurs de nos concitoyens anglophones.

Certains rétorqueront qu'une telle mesure est vouée à l'échec. Les Anglo-québécois ont en effet le droit de contrôler leur réseau scolaire en vertu des interprétations que la Cour suprême a faites de l'article 23 de la charte canadienne des droits et libertés. Si Québec forçait les commissions scolaires à augmenter le nombre de classes d'immersion, celles-ci pourraient contester devant les tribunaux.

Cet argument ne devrait pourtant pas arrêter un parti qui se veut le défenseur des intérêts supérieurs du Québec. La charte nous a été imposée de façon illégitime en 1982 suite à un jugement de la Cour suprême qui a privé le Québec de son droit de veto, ce qui avait ouvert la porte à un rapatriement constitutionnel sans l'accord des Québécois. Si René Lévesque avait pu, il aurait utilisé l'arme du veto pour faire avorter la charte. Pourquoi? Parce que Pierre Trudeau a inclus dans celle-ci des droits linguistiques et des dispositions sur le multiculturalisme que les tribunaux ont aussitôt interprété dans un sens défavorable aux intérêts du Québec en matière de langue et de culture. De plus, l'interférence des juges a porté atteinte à la compétence exclusive du Québec en matière d'éducation.

On comprend mal pourquoi le Parti québécois ne veut pas reprendre ce débat fondamental en forçant les commissions scolaires anglophones à mettre en place plus de programmes d'immersion. Certes un éventuel gouvernement péquiste pourrait bien voir la Cour suprême lui barrer la route. Dans un tel cas il pourrait alors exiger un amendement bilatéral à la constitution comme il l'avait fait sous Lucien Bouchard pour mettre en place les commissions scolaires linguistiques. Cela constituerait une exigence bien plus fondamentale que de demander le rapatriement des pouvoirs en matière de main-d'œuvre comme le fait actuellement Pauline Marois. Est-ce trop demander au PQ de mieux comprendre comment défendre le français et de ne pas oublier qu'il est primordial de poser des gestes pour s'opposer à la loi constitutionnelle de 1982?

Loading Slideshow...
  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

  • 22 août 2012: Duel entre Marois et Legault

    (Crédit photo: Agence QMI)

 
Suivre Du Québec
Depuis le déclenchement des élections, le Parti québécois a clairement réitéré sa promesse d'étendre la loi 101 au collégial afin d'empêcher les francophones et les allophones de faire leur ...
Depuis le déclenchement des élections, le Parti québécois a clairement réitéré sa promesse d'étendre la loi 101 au collégial afin d'empêcher les francophones et les allophones de faire leur ...
 
 
Les commentaires sont clôturés pour cette entrée.
Afficher tout
Favoris
Date de publication  | 
Popularité
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Pedro Individuo
11:25 sur 25/08/2012
interdire le cégep anglophone, c'est avouer l'échec des politiques de langue
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
18:55 sur 24/08/2012
C'est sur que le PQ se trompe de cible, comme il se trompe sur a peu pres tout, y compris le regime des redevances minieres.

Ce n'est pas important ici, le PQ ne cherche pas a faire du sens, le PQ cherche a se faire elire. Le populisme suffira amplement.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Postmodern Anger
17:15 sur 24/08/2012
Plutôt en accord mais j'irais plus loin. C'est pourtant pas vraiment sorcier.

Notre culture est de plus en plus "anglophones". Nos produits sont anglophones, nos films, etc...
Donc nous sombrons dans l'assimilation. Une fois les valeurs anglophone en place, l'intérêt de continuer à le parler se perd graduellement. Voila selon moi ce qui cause vraiment le recul du français.

On parle de la promotion de la culture québecoise, mais au bout de la ligne tout ce qu'on fait c'est à peu près l'équivalent d'insister que tout les produits vendus ici soient en bleus.

Il semblerait que le français soit malgré tout largement en avance mondialement comme langue seconde. Je ne crois pas que notre langue soit aussi mourante que notre culture.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Slash22
Quot homines, tot sententiae.
19:43 sur 24/08/2012
Il n`en tient qu`à nous de faire en sorte qu`au lieu de la laisser mourir, nous la gardions vivante par tous les moyens possibles... La différence entre une langue morte et une langue vivante... Le nombre de ses défenseurs et ses utilisateurs véritables... C`est à y bien penser !!!
13:42 sur 24/08/2012
Votre point de vue est intéressant, à savoir vous écrivez qu'il faudrait que les jeunes anglophones aient une immersion en français, vrai que ce serait important, Charest veut implanter une eimmersion en anglais en 6e année à tous les francos, mais pour les anglos ??? semble-t-il que ce ne serait pas nécessaire ... curieux non, sur ce plan vous avez raison.

mais ceci étant écrit cela ne signifie pas que l'extension du cegep francophone ne soit pas aussi nécessaire.

Ce que les études ont montré c'est que les allophones qui font leur cegep en anglais ont par la suite tendance à s'insérer dans les réseaux anglos et à travailler en anglais. Et c,est là que le bât blesse. Cela revient à dire que la clé de la francisation est la francisation des milieux de travail.

Ceci étant écrit, il n,en reste pas moins qu'il n'y a aucune raison pour qu'une population à 80 % francophone offre de payer la gratuité scolaire collégiale à des nouveaux arrivants afin qu'il s'anglicise. Ce doit être une décision individuelle et des frais individuels.

L'allophone qui veut faire son cegep en anglais peut le faire, mais alors qu'il fasse un cegep privé où les frais sont plus élevés (mais qui sont tout de même en partie financés par l'état)
12:51 sur 24/08/2012
M. Bastien, en lisant votre argumentaire, avec des "si" , finalement vous conviendrez mieux que si on était un pays souverain,on pourrait prendre nos propres décisions,selon nos besoins! C'est pourquoi on patauge et tournons en rond avec le fédéralisme qui nous est imposé.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
jfjoubert
Le pire n'est pas toujours certain.
11:40 sur 24/08/2012
On peut tout à fait comprendre que quelqu'un veuille aller dans un cegep anglophone pour vouloir améliorer son anglais. Le problème c'est que pour un but louable, il se trompe de méthode. Pour faire de l'immersion il faut s'exiler et c'est tant mieux. Il faut encourager, financièrement et dans la façon même de coordonner les cours au cegep, les programmes d'immersion aux États-Unis, en Grande-Bretagne et au Canada. Le Québec, j'espère que je n'offusque personne en disant ceci, n'est PAS le meilleur endroit pour perfectionner son anglais.

Alors faisons ce que nous faisons de mieux, c.à.d. de fournir un environnement francophone de qualité pour tous pendant deux ans.
17:23 sur 24/08/2012
J'avoue que je suis un peu d'accord avec vous, et même je l'ai mis en pratique déjà.

Un de mes enfants avait été recruté par une équipe sportive d'université états-unienne. Tout le monde me disait, il faut que tu envoies ton enfant au cegep anglophone car il aura de la difficulté là-bas avec l'anglais.

(je dois spécifier que je vivais dans une ville à 99% francophone )

J'ai dit non pas du tout . J'ai dit mon enfant s'en va étudier en sciences, ce qu'il faut c'est qu'il soit bon en maths, physique, chimie, etc. Je l'ai donc envoyé 1 an dans un cegep francophone. L'anglais c'est secondaire, de toutes façons ici au QUébec nous baignons dans l'anglais, des centaines de canaux, etc.

Et bien, dès la 2e session, mon enfant qui ne parlait pas anglais à la première session, s'est placé sur la Dean's Honour List (parmi les meilleurs résultats de sa faculté états-unienne, et il en fut ainsi pour les sessions suivantes).

donc évidemment, encore moins aujourd'hui qu'hier je ne crois à la nécessité , ni l'utilité d'un cegep en anglais pour un jeune francophone.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
jfjoubert
Le pire n'est pas toujours certain.
13:28 sur 25/08/2012
WoW! Merci d'avoir partagé votre expérience. 
11:22 sur 24/08/2012
Je pense que monsieur Bastien a partiellement tort. Si nous voulons que le Québec maintienne et développe sa langue et sa culture françaises, nous devons déployer nos efforts dans différentes directions. Ce qui inclut l'idée d'inciter les jeunes à faire leur études collégiales en français. L'ordre collégial étant un ordre d'enseignement à mi-chemin entre le secondaire et l'université, il maintient son lien direct avec l'objectif de la formation générale et fondamentale des jeunes Québécois (es). Bien sûr que ce n'est pas suffisant, mais cette disposition aurait avantage à appuyer le message exprimant une volonté claire de freiner l'anglicisation croissante de la grande région de Montréal. Nous le savons que la contrainte seule ne réussit pas grand chose à long terme et qu'il nous faut miser sur la qualité de nos productions linguistiques, culturelles, scientifiques et autres pour intégrer les non-francophones à la majorité. Cependant, la contrainte a l'avantage d'envoyer un message clair mais qui doit également s'arrimer à toute une pléiades d'actions utiles au développement du Québec français. Michel Mongeau, prof de philosophie, l'Assomption
11:33 sur 24/08/2012
Encore une fois de brimer la liberté des Québecois pour envoyer un message clair
12:19 sur 24/08/2012
Par crispation idéologique, nos voisins du sud privent autour de 50 millions de citoyens de services de santé digne de ce nom. Alors, laissons de côté cet appel aux sentiments de la minorité anglophone. J'admets qu'il y a ici un conflit de droit entre la minorité et la majorité. Et l'on connait tous la règle démocratique à l'aide de laquelle on cherche à solutionner ce genre de conflit. Ce projet de loi du PQ, en admettant faite sa réélection, devrait être soumis à la discussion et à l'évaluation. Ceci dit, nous sommes à une étape de notre courte histoire où il nous faut agir face à ce mouvement d'anglicisation globale de la planète et ici de la grande région montréalaise et bien au-delà, si on tient compte de l'ubiquité de cette culture de masse étasunienne traduite ou non-traduite.
photo
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
richard in obihiro
translator
22:34 sur 24/08/2012
«[L]a contrainte a l'avantage d'envoyer un message clair…»
mais aussi l'inconvénient d'engendrer une contre-réaction au moins aussi forte, s'il faut en croire cette petite statistique selon laquelle le tiers de la communauté anglophone de la région montréalaise est toujours unilingue.
Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de se demander pourquoi, plutôt de continuer à foncer tête baissée avec des politiques qui, à l'évidence, ne donnent pas les résultats escomptés?
Vous dites bien que «la contrainte seule ne réussit pas…», et c'est un fait. Mais peut-être que c'est cet ingrédient qui gâte le reste de la recette qui «mis[e] sur la qualité de nos productions linguistiques, culturelles, scientifiques et autres…».
07:29 sur 25/08/2012
En politique monsieur, il n'y a pas de certitude. Cependant, il s'avère clair que la loi 101 a changé la vie du Québec des trente dernières années. Vous avez raison, il faut s'atteler à comprendre le phénomène de l'anglicisation. Il faut aussi agir, faire des choix, prendre des risques, oser des mesures. Des réactions sont à prévoir, puisque même l'inaction en politique engendre parfois de telles conséquences.
10:19 sur 24/08/2012
La loi 101 ? Mais n'oubliez pas que le pire est le référendum qui vas coûter au bas mots 100 millions et qui vas payer nous les con tribuable,alors pourquoi pas François Legault et la C.A.Q.,qu'avons nous à perdre,ils ne peuvent pas faire pire !!!
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
JeanFrancois Lord
09:06 sur 27/08/2012
des fois c'est dure a imaginer, mais il peut toujours avoir pire.