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Loi 101 au cégep: le PQ se trompe de cible

24/08/2012 10:03 EDT | Actualisé 24/10/2012 05:12 EDT
CP

Depuis le déclenchement des élections, le Parti québécois a clairement réitéré sa promesse d'étendre la loi 101 au collégial afin d'empêcher les francophones et les allophones de faire leur cégep en anglais. Cette mesure est notamment présentée comme nécessaire pour empêcher l'anglicisation de la métropole et du marché du travail québécois. S'il est d'une importance primordiale de défendre la langue française au Québec, force est de constater que les péquistes se trompent de cible pour atteindre cet objectif.

Notons d'abord que les néo-québécois et les francophones de souche qui s'inscrivent dans les collèges anglophones ont fait au préalable 11 années de scolarité en français. Leur choix se fonde sur un désir de mieux maîtriser la langue de Shakespeare pour bien réussir dans la vie. S'il est indéniable que plusieurs se rapprochent ainsi de la communauté anglophone, ils ne deviennent pas pour autant des assimilés au terme de ce processus et ne désapprennent pas à parler français. C'est une situation que je constate année après année au Collège Dawson où j'enseigne depuis 2007.

Notons par ailleurs que le Parti québécois devra livrer une grosse bataille pour arriver à ses fins, notamment en raison de l'opposition d'une partie importante de l'opinion publique. Comme l'a noté le candidat vedette du PQ Léo Bureau-Blouin, lui-même ancien président de l'association des étudiants de niveau collégial, le débat «divise beaucoup les gens». Maniant l'euphémisme, il affirme que son parti aura « beaucoup de travail à ce niveau-là».

En somme les péquistes se préparent à dépenser une formidable énergie dans une bataille périphérique. Forcément, un tel capital politique ne sera plus disponible pour faire autre chose. Il est frappant de constater à cet égard que Pauline Marois ne parle jamais des anglophones unilingues. A chaque session je suis frappé de voir dans mes cours un nombre important de jeunes anglophones qui ne parlent pas français, sans compter de nombreux collègues dans cette situation. Suivant le recensement de 2006, la région de Montréal comptait 262 810 unilingues, soit le tiers de la communauté anglophone. Ce niveau constitue un peu plus du double de la proportion de francophones hors-Québec qui sont unilingues et qui se situe à 16%.

Entre un entre un francophone bilingue, un néo-québécois bilingue et un anglophone unilingue il est pourtant tellement évident que c'est le dernier cas de figure qui pose un réel problème à la francisation du Québec. Malgré cela on cherchera en vain dans le programme péquiste quelque mesure pour remédier à cette situation, par exemple en forçant le réseau scolaire anglophone à augmenter le nombre de classes d'immersion en français, voire à les rendre obligatoire. A terme une telle politique pourrait pourtant remédier à l'unilinguisme inacceptable de plusieurs de nos concitoyens anglophones.

Certains rétorqueront qu'une telle mesure est vouée à l'échec. Les Anglo-québécois ont en effet le droit de contrôler leur réseau scolaire en vertu des interprétations que la Cour suprême a faites de l'article 23 de la charte canadienne des droits et libertés. Si Québec forçait les commissions scolaires à augmenter le nombre de classes d'immersion, celles-ci pourraient contester devant les tribunaux.

Cet argument ne devrait pourtant pas arrêter un parti qui se veut le défenseur des intérêts supérieurs du Québec. La charte nous a été imposée de façon illégitime en 1982 suite à un jugement de la Cour suprême qui a privé le Québec de son droit de veto, ce qui avait ouvert la porte à un rapatriement constitutionnel sans l'accord des Québécois. Si René Lévesque avait pu, il aurait utilisé l'arme du veto pour faire avorter la charte. Pourquoi? Parce que Pierre Trudeau a inclus dans celle-ci des droits linguistiques et des dispositions sur le multiculturalisme que les tribunaux ont aussitôt interprété dans un sens défavorable aux intérêts du Québec en matière de langue et de culture. De plus, l'interférence des juges a porté atteinte à la compétence exclusive du Québec en matière d'éducation.

On comprend mal pourquoi le Parti québécois ne veut pas reprendre ce débat fondamental en forçant les commissions scolaires anglophones à mettre en place plus de programmes d'immersion. Certes un éventuel gouvernement péquiste pourrait bien voir la Cour suprême lui barrer la route. Dans un tel cas il pourrait alors exiger un amendement bilatéral à la constitution comme il l'avait fait sous Lucien Bouchard pour mettre en place les commissions scolaires linguistiques. Cela constituerait une exigence bien plus fondamentale que de demander le rapatriement des pouvoirs en matière de main-d'œuvre comme le fait actuellement Pauline Marois. Est-ce trop demander au PQ de mieux comprendre comment défendre le français et de ne pas oublier qu'il est primordial de poser des gestes pour s'opposer à la loi constitutionnelle de 1982?

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