Frédéric Bastien

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Droit de tenir un bordel: le retour au despotisme éclairé

Publication: 28/03/2012 12:20

Dans un jugement rendu le 26 mars dernier, la cour d'appel de l'Ontario a statué que l'interdiction des bordels constitue une atteinte aux droits des prostituées. Celles-ci sont moins en danger lorsqu'elles pratiquent leur métier dans une maison close plutôt que sur la rue. Leur droit à la sécurité, garanti par la charte, est donc en cause suivant l'interprétation que font les juges de la constitution. On peut être pour ou contre la légalisation de la prostitution, mais il demeure que c'est aux élus de prendre une telle décision, pas aux tribunaux. L'habitude prise par les juges de se substituer aux gouvernements nous ramène à l'époque de Frédéric II de Prusse et à l'âge d'or du despotisme éclairé.

Plusieurs bons arguments sont avancés en faveur de la légalisation de la prostitution. Mais la question relève plutôt de la légitimité démocratique qui est nécessaire pour faire un tel changement. Le gouvernement conservateur tenait à ce que la prostitution demeure illégale, même lorsque pratiquée dans un bordel, et ils ont reçu un mandat majoritaire des électeurs. Or voilà qu'un tribunal renverse les décisions du parlement sous couvert de droits de la personne. Pourtant ceux-ci ne sont jamais absolus, car il y a toujours une limite. Pour les conservateurs le droit à la sécurité s'arrête lorsque des prostituées l'invoquent pour pouvoir pratiquer le plus vieux métier du monde dans un bordel. Pour les magistrats le contraire est vrai.
Le problème vient du fait que les tribunaux sont convaincus qu'eux seuls sont habilités à déterminer quelle est la limite des droits. Les élus ne sauraient avoir la moindre compétence en cette matière. D'ailleurs, les juges lèvent souvent le nez sur ces derniers. Ils les voient comme une bande de querelleurs se disputant pour recueillir l'appui de l'opinion publique. Les magistrats, eux, déterminent ce qui constitue les droits fondamentaux, une tâche infiniment plus noble à leurs yeux.

Le problème de cette vision vient du fait qu'elle est à la fois élitiste et anti-démocratique. Le parlement est élu et les politiciens sont donc plus en phase avec la société que les juges. Ils sont donc bien plus capables que ceux-ci de déterminer quels sont les principes qui font consensus et qui constituent des droits, tout comme ils restent meilleurs à en tracer les limites. Et si les élus se trompent, ceux qui leur succéderont à la prochaine élection auront tout le loisir de corriger la situation.

Il en va tout autrement des décisions judiciaires. Celles-ci sont autoritaires, car prises par des non-élus. Une fois qu'un tribunal a tranché, surtout s'il s'agit de la Cour suprême, il est très difficile, voire carrément impossible, de revenir en arrière. La société paye alors bien plus cher les erreurs de la magistrature.
Ceux qui doutent de cet argument devraient réfléchir à l'affaire Ernest Zundel, ce néo-nazi négationniste de l'holocauste. En 1985 il a été condamné par une cour ontarienne à 15 mois de prison en vertu d'une loi interdisant de propager sciemment de fausses nouvelles. Trois ans plus tard, la Cour suprême statuait qu'en vertu de son interprétation de la charte, cette législation violait la liberté d'expression. Résultat : Zundel a été libre de répandre pendant 17 ans sa haine anti-juive jusqu'à ce qu'il soit arrêté pour menace à la sécurité nationale, déporté vers son pays d'origine l'Allemagne où il a été condamné à cinq ans de prison. Voilà ce que ça donne, aussi, le despotisme éclairé de nos tribunaux.

 
Dans un jugement rendu le 26 mars dernier, la cour d'appel de l'Ontario a statué que l'interdiction des bordels constitue une atteinte aux droits des prostituées. Celles-ci sont moins en danger lors...
Dans un jugement rendu le 26 mars dernier, la cour d'appel de l'Ontario a statué que l'interdiction des bordels constitue une atteinte aux droits des prostituées. Celles-ci sont moins en danger lors...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
18:47 sur 29/03/2012
Concernant M. Zundel, je le considère comme un criminel d'opinion puisque son seul crime aura été de mettre en doute les chiffres concernant le nombre de victimes de l'holocauste. J'aimerais également qu'on m'explique en quoi il a attenté à la sécurité du Canada. Pour ce qui est des accusations d'anti-sémitisme, c'est devenu l'arme habituel pour faire taire toute opposition au sionisme.
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
18:39 sur 29/03/2012
La charte des droits est un contre pouvoir que le législateur a donné, entres autres aux minorités, pour se garantir contre la tentation despotique de la majorité bien-pensante.
20:56 sur 31/03/2012
Si tel est le cas expliquez moi en quoi le canado-syrien Maher Arar a été protégé par la charte. C'est plutôt quand une tempête politique a éclaté au parlement que le gouvernement soudainement réussi à le rapatrier de Syrie où il était torturé. Ottawa s'est ensuite excusé et lui a versé 10 millions. Je me demande en quoi la charte et les juges l'ont protégé?
18:47 sur 28/03/2012
Que de raccourcis et de sophismes dans votre "argumentation". Je préfère me fier aux tribunaux, protecteurs des droits de la personne, et à des juges qui sont de toutes les allégeances politiques qu'à un gouvernement de droite élu par une minorité de la population durant un court moment de notre histoire. L'expérience d'autres pays prouve que les prostitués travaillent dans de meilleures conditions lorsqu'il y a des maisons closes. Il en va de la santé et de la sécurité de milliers de travailleurs et de travailleuses du sexe qui méritent qu'on les traite avec le même respect que celui dû à un "professeur". Cessons d'être hypocrites lorsqu'il est question de prostitution.
20:58 sur 31/03/2012
La question n'est pas de savoir si on doit permettre les maisons closes mais bien de se demander qui a le pouvoir de le permettre et au nom de quelle légitimité. Je dis que seul le parlement peut le permettre. En passant le parlement et le gouvernement sont deux institutions différentes. Pour ce qui est de la prostitution, je dis bien qu'il y a de bons arguments pour la légalisation mais que ce n'est pas à des juges d'en décider.
16:42 sur 28/03/2012
Je préfère encore des juges qui se réfèrent à la Charte des Droits que des élus qui se réfèrent à des sondages.
16:26 sur 28/03/2012
Actuellement, le problème avec la prostitution, comme avec la drogue, ce n'est pas le gouvernement ou les tribunaux, c'est le client qui veut se procurer un service, mais sans payer parce qu'il a beaucoup moins d'argent depuis la crise économique de 2008.
Les filles refusent de baisser les prix comme s'il n'y avait pas de crise.
Les gars offrent maintenant $20 au lieu du $100 d'antan.
Qui va payer l'électricité du bordel, l'hygiène des lieux, l'impôt foncier, les assurances...et les filles qui vont continuer à charger $100/heure!!!
Impossible de faire une cenne avec un bordel. Et la valeur marchande des maisons qui ont des familles, les piqueux qui arrivent...
De plus, la plupart des filles ont plus de 20 ans. Ça revient toujours à une question d'argent, d'offre et de la demande.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Jacques Gauthier
Quis custodiet ipsos custodes?
15:12 sur 28/03/2012
Despotisme éclairé de nos tribunaux...et bien, belle envolée. Comment interpréter alors le jugement d'une cours de l'Ontario (je ne me souviens plus de laquelle) qui rejette l'application d'une sentance minimale obligatoire selon la nouvelle loi fédérale sur la base que cette disposition enfreint, selon l'interprétation de la juge, la charte des droits et liberté?

Merci
21:03 sur 31/03/2012
Je ne dis pas que les juges ont toujours tort et le parlement toujours raison, mais il reste que c'est au parlement de prendre des décisions politiques et quand on est pas d'accord il faut se battre sur le terrain politique, c'est la meilleure façon de combattre les conservateurs ou tout autre gouvernement dont on désapprouve les décisions.
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Francmon
Homo homini lupus
14:32 sur 28/03/2012
Bon billet, mais je doute que l'autorité législative soit plus "connectée" aux besoins des Canadiens que l'autorité judiciaire. Surtout quand on regarde les lois que les Cons ont données en cadeau aux Canadiens... Et dire que le judiciaire est anti-démocratique, face aux élus législateurs, me semble exagéré. Surtout quand on analyse le comportement d'un gouvernement Conservateur "majoritaire" qui bafoue la démocratie à chaque fois qu'il le peut... Les Conservateurs sont "majoritaires", avec approx. 40% des Canadiens deriière eux. Quelque chose me dit que les élus fédéraux ne sont en phase qu'avec une minorité de Canadiens, ceux de droite, ceux des Prairies et ceux qui font partie des 1% qui possède l'argent et le pouvoir. Les autres (60% de la population Canadienne) ne sont qu'une minorité agaçante à laquelle les Harperites n'attachent pas beaucoup d'importance.
Le pouvoir judiciaire, lui, veille à protéger l'ensemble des Canadiens, en s'assurant que les lois sont justes et qu'elles permettent l'épanouissement de la société Canadienne dans le respect de tous.
21:05 sur 31/03/2012
Nommez-moi un gouvernement depuis la confédération qui a eu plus de 45% d'appui populaire. C'est notre système électoral qu'il faut changer suivant votre raisonnement, la charte et les juges n'ont rien à faire dans cette question.