LES BLOGUES

Les périls de l'adoption

02/05/2014 12:18 EDT | Actualisé 04/07/2014 05:12 EDT

Il y a un an, mon épouse et moi avons « adopté » un enfant palestinien orphelin de son père habitant Beit Hanoun, dans la Bande de Gaza. Nous nous sommes engagés à verser de très modestes mensualités pour l'aider à subvenir à ses besoins. Nous ne savions pas comment le petit garçon - Mou'men de son nom - avait perdu son père, et à vrai dire, nous n'avons pas cherché à savoir.

Nous savions cependant que la vie à Gaza ne valait pas cher, qu'une opération genre « plomb durci » déclenchée par les forces armées israéliennes pouvait à tout moment anéantir hommes, femmes, enfants et foyers. Nous savions qu'une bonne partie de la population de Gaza avait été déjà dépossédée de ses terres et de ses foyers plus d'une fois. Nous savions que, pour ce peuple, le droit à la résistance a, depuis belle lurette, cessé d'exister.

Nous avons aussi appris qu'en 2006, un an après la retraite israélienne de la Bande de Gaza, les forces armées sionistes avaient tué 19 Palestiniens et blessé une quarantaine d'autres à Beit Hanoun en réponse à une attaque de roquettes artisanales contre le territoire israélien qui se trouve à moins d'un kilomètre de la petite agglomération. « Une erreur fâcheuse, » a déclaré l'État-major pourtant responsable du massacre.

On comprendra que notre soutien au petit Mou'men se voulait un geste non seulement humanitaire, mais aussi politique dans le sens large du terme.

Quelques mois plus tard, nous apprenions que l'agence qui a facilité notre démarche - IRFAN-Canada - a perdu son statut d'organisme de bienfaisance laissant ainsi tomber son programme de soutien aux orphelins palestiniens. Nulle façon de retrouver trace de Mou'men et de sa famille.

Mardi, en lisant la déclaration de M. Steven Blaney, ministre fédéral de la Sécurité publique, qui venait d'inscrire IRFAN-Canada dans le registre de groupes « terroristes », nous avons bien compris le péril d'un soutien à un orphelin par le biais d'un organisme coté comme tel par le gouvernement de M. Steven Harper. Selon le ministre Blaney, l'organisme fournissait des fonds au Hamas depuis des années. Il n'a pas voulu expliquer pourquoi les autorités n'ont décidé d'agir que maintenant.

Nous avons appris que IRFAN-Canada s'apprêtait à contester la perte de son statut d'organisme de bienfaisance devant la Cour fédérale d'appel la semaine prochaine. Coïncidence?

Pour nous, le réveil fut brusque. Fournir un montant modeste d'argent pour aider un orphelin dans ce territoire contrôlé par le Hamas - pour nommer le régime démocratiquement élu qui gouverne l'enclave la plus densément peuplée au monde depuis 2007 - serait désormais considéré comme un acte criminel.

Le gouvernement que dirige M. Harper se trouve, en déclarant « terroristes » des mouvements comme le Hamas ou bien le Hezbollah libanais, en excellente compagnie. En Égypte, la junte militaire qui a déposé le président élu M. Mohamed Morsi traite ceux qui s'en opposent de « terroristes » les faisant condamner à mort en bloc. Et aujourd'hui, en Ukraine, le nouveau gouvernement intérimaire décrit ceux qui n'acceptent pas le coup de force pro-américain à Kiev comme des « terroristes » aussi.

Tous des « terroristes »? Vraiment?

M. Blaney a conclu sa déclaration en disant que les « donateurs charitables et bien intentionnés qui souhaitaient appuyer les efforts humanitaires par l'entremise de cette organisation méritent mieux. »

De notre point de vue, les citoyens méritent bien mieux que de se faire rebattre les oreilles avec ces histoires de « terrorisme, » conçues pour conforter la politique pro-sioniste du gouvernement canadien et protéger le régime d'apartheid de Tel-Aviv.

Que faire? C'est simple comme bonjour. Œuvrer à mettre fin à l'occupation des territoires palestiniens, appliquer les résolutions de l'ONU à l'égard d'Israël, reconnaître la volonté populaire des Palestiniens. Ce à quoi le Canada devait s'employer.

En attendant, cet orphelin que nous avons soutenu pendant à peine quelques mois se trouverait-il, faute d'espoir et de perspectives, dans un groupe considéré par le Canada comme « terroriste » et ainsi condamné ? Décidément, il méritait mieux.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Conflit israélo-palestinien: 10 projets qui donnent envie d'espérer

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?