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Une Civilisation à reconstruire en Syrie

25/08/2013 11:53 EDT | Actualisé 25/10/2013 05:12 EDT

L'Histoire de l'humanité nous a souvent rappelé combien de nations paisibles, qui furent de brillants foyers de culture rayonnant sur leur région, se sont écroulées avec une rapidité déconcertante sous le poids de la barbarie tant externe qu'interne.

Dans le premier cas, nous pouvons penser à la chute de la Bagdad des Milles et une Nuit sous les sabots des guerriers mongols qui, voulant s'assurer de porter un coup fatal au moral du califat abbasside, ont rasé la fameuse bibliothèque Beyt al-Hikma (en français, la Maison de la Sagesse), faisant ainsi disparaître des siècles d'œuvres scientifiques et poétiques que plus personne ne pourra lire tant que le temps coulera.

Dans le second cas, l'exemple de l'Allemagne des années 30 est particulièrement flagrant. De voir en effet le peuple le plus éduqué d'Europe à l'époque, le plus avancé sur le plan technologique et social et le plus avant-gardiste sur le plan culturel, de voir ce peuple sombrer dans la folie nazie, participer joyeusement dans les multiples autodafés de livres non-conformes à l'idéologie et expédier presque entièrement le patrimoine juif dans les camps d'extermination, tout cela avait choqué le monde entier à un point tel qu'on s'était dit: «Plus jamais!».

Plus jamais? Un vœu pieux qui n'allait pas se réaliser sous les Khmers Rouges, les Talibans, la Guerre des Balkans et plus récemment... la guerre civile en Syrie.

Les incessants massacres qui se déroulent dans le pays de mes ancêtres, commis à l'aveuglette sur une population civile, dont des milliers d'enfants tués pour asseoir le pouvoir des principaux acteurs du conflit, m'interpellent profondément. Elles déchirent encore plus mon cœur et ceux de millions d'êtres humains sur la planète qui regardent, cyniques et impuissants, non seulement des corps anonymes gémir dans les rues mais également un patrimoine architectural inestimable se faire détruire par des bombes ou bien des AK-47.

Comment donc ce pays du Proche-Orient qui fut le berceau de l'agriculture (avec son voisin l'Irak), de l'alphabet (à Ugarit), des plus vieilles cités du monde (Damas et Alep) et donc, de la Civilisation avec une majuscule, a pu reculer aussi vite qu'une fusée jusqu'à l'âge de pierre? Et là encore, je m'excuse sincèrement aux hommes des cavernes. Comment donc le pays de la région qui fut apparemment le plus stable, le plus sécularisé et le plus alphabétisé il y a deux ans ait pu descendre dans un si bas niveau de cruauté et d'insensibilité envers sa propre humanité? Car l'humanité, ce n'est pas seulement son corps mais aussi son âme. Ce ne sont pas seulement tous ces pauvres gens tués ou exilés qui ne méritent jamais ce qui leur arrive. C'est également toute l'éducation de sa jeunesse et sa riche culture patrimoniale qui risque de s'envoler en fumée. En effet, quel autre moyen aussi sournois que de détruire un peuple en lui enlevant toute éducation et en détruisant sa culture?

La guerre, comme on le sait, tue mais ce qu'on oublie souvent, c'est qu'elle appauvrit également. Tous ces réfugiés installés dans des camps en Turquie, en Jordanie, au Liban et même en Irak (surprise!) emportent leurs biens matériels mais aussi leurs enfants avec eux. Des enfants qui risqueront de ne plus retourner sur les bancs d'école, qui oublieront comment lire et écrire, qui n'auront jamais la chance d'explorer le monde des rêves ni de les réaliser. Des jeunes qui n'auront d'autre choix que de travailler au noir, de se prostituer pour se nourrir ou d'être recrutés comme enfants-soldats par des milices barbues. Enfin, des enfants qui ne connaîtront probablement jamais la beauté de leur propre Histoire si la paix ne revient pas de leur vivant.

La guerre tue des vivants mais elle détruit aussi des sites culturels d'une valeur inestimable. La vieille ville d'Alep, ses souks millénaires et sa principale mosquée ont été sévèrement endommagés voire même détruits sous le regard impuissant de l'UNESCO qui l'avait classé au patrimoine mondial. Des églises chrétiennes ont été incendiées, des mausolées de saints soufis ont été pillés et des sites archéologiques sumériens risquent de subir le même sort si ça continue de plus belle. Lors de multiples voyages durant mon enfance, je m'émerveillais devant les mosaïques byzantines de la mosquée des Omeyyades, j'étais montée dans le Krak des Chevaliers qui dominait les montagnes et ses charmants villages en fleurs, j'étais assise sur les gradins de l'amphithéâtre romain de Bosra lors d'un concert de Julio Iglesias et me demandais souvent quand je pourrai voir de mes propres yeux les ruines de la cité antique de Palmyre dans le désert...

Mais quand au juste? Quand les hommes vivront d'amour, chantait Raymond Lévesque qui regardait l'armée française massacrer de sang-froid les Algériens. Et depuis le début du XXIème siècle, notre monde en manque cruellement, écrasé par la soif d'argent et de pouvoir de chefs politiques sans scrupules et de fanatiques sans morale produits indirectement par ces premiers. Car on le sait bien, le désespoir produit par le monde alimente la colère et vient créer la haine envers ce monde. Le cycle ne cesse de se répéter devant l'imperfection de la nature humaine.

Je rêve du jour où ce cycle va se briser, où la paix reviendra. Je rêve de jours où je pourrai ré-enseigner à ces enfants réfugiés à explorer leurs rêves par la plus belle invention de leurs ancêtres : l'alphabet. Je rêve du jour où la guerre prendra fin, où je pourrais reconstruire des sites détruits, nettoyer ses blessures et les effacer par mes propres mains. J'espère que je ne serais pas la seule et que d'autres humains sur cette planète se hisseront au-dessus des conflits politiques insensés pour venir prêter main-forte.

Le plus tôt possible, il faudra sensibiliser la planète à appuyer massivement ces causes, à fondre les armes pour en faire des marteaux et des enclumes, à installer des écoles, des hôpitaux et des jardins collectifs dans les camps de réfugiés et, surtout, à rejeter massivement cette guerre pour enseigner le respect de la différence et l'amour de son prochain.

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