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Le Québec ne doit pas être Vancouver ou Toronto

09/02/2015 11:12 EST | Actualisé 11/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Même si c'est difficile à croire avec le froid intense qui sévit présentement, le printemps frappera bientôt à nos portes. Et qui dit arrivée du printemps, dit reprise du marché de l'habitation. Mais attention! Le défi sera de taille pour les acheteurs puisque les maisons sont devenues « sérieusement inabordables » au Canada. C'est le triste constat d'une étude récemment publiée par la firme Demographia qui se base sur le ratio prix médian des maisons/revenu médian et qui compare 378 marchés dans le monde. Cette étude conclut que la ville de Vancouver est le deuxième marché le moins abordable au monde, tout juste derrière Hong Kong. À Vancouver, le prix d'une maison est près de 11 fois plus élevé que le revenu. C'est énorme! Quant à Toronto, on doit multiplier le revenu par 6,5 pour obtenir le prix des propriétés.

« Heureusement », au Québec, nous n'en sommes pas rendus là. Nous ne devons toutefois pas conclure que tout va bien, et ce, parce que plusieurs signaux sont alarmants. Par exemple, le prix des maisons à Montréal et Québec est respectivement 4,3 et 4,1 fois plus élevé que le revenu des ménages, ce qui amène les auteurs de l'étude à conclure que ces deux villes font partie du groupe peu enviable des marchés sérieusement inabordables. Encore sous contrôle, mais de moins en moins. Nous faisons donc les trois constats suivants.

  1. On a toujours dit que le problème était plus criant et circonscrit dans la région métropolitaine de Montréal. Nous nous rendons compte aujourd'hui que ce n'est plus vrai. Des marchés comme Sherbrooke et Gatineau voient l'écart augmenter entre le prix des propriétés et le revenu des ménages. Montréal n'est plus seul au Québec; plusieurs autres villes se retrouvent désormais dans la même situation.
  2. Les taux hypothécaires historiquement bas compensent en partie le ratio élevé des villes mentionnées ci-dessus. Nous pouvons facilement imaginer qu'une augmentation des taux d'intérêt ferait extrêmement mal à la situation financière des ménages québécois. Si nous n'anticipons pas de hausse à court terme, d'autant plus que la Banque du Canada vient de baisser d'un quart de point son taux directeur, nous devons être conscients qu'il pourrait y en avoir une à moyen et à long terme.
  3. Le statut du marché de Montréal a évolué de modérément inabordable à sérieusement inabordable en l'espace de quelques années seulement avec un ratio qui est passé de 3,9 à 4,3. Est-ce dire que l'écart entre le revenu des ménages et le prix des propriétés continuera d'augmenter prochainement? Rien ne nous laisse malheureusement croire que ce ne sera pas le cas.

Le gouvernement peut offrir une réponse adéquate à ces constats préoccupants. Il se doit d'élaborer le plus rapidement possible une politique d'habitation pour mettre fin aux actions trop souvent non concertées qui ont pour effet de nuire à l'accession à la propriété, particulièrement chez les jeunes familles. L'imposition d'une taxe de croissance par certaines municipalités est un bon exemple de ce manque de concertation. Une politique d'habitation aurait l'avantage de donner un cadre pour l'intervention gouvernementale et de fixer des objectifs ambitieux pour accroître l'accessibilité des propriétés, ce qui manque cruellement au Québec à l'heure actuelle.

Le taux de ménages propriétaires du Québec est le plus bas du Canada. À 61 %, nous sommes la seule province dont le taux n'atteint pas la barre des 70 %. Sachant que l'habitation est un bon indicateur de la richesse d'une société, elle devrait être au cœur des priorités du gouvernement du Québec. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas atteint la démesure de Vancouver que nous pouvons rester les bras croisés.

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