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Quand notre cerveau se disperse

05/12/2014 12:04 EST | Actualisé 03/02/2015 05:12 EST

On oublie la tâche qu'on avait entamée parce qu'on s'est mis à surfer sur l'internet. On oublie ce qu'on venait faire dans la cuisine. On oublie ce qu'on voulait dire. Pourquoi est-il si difficile de se souvenir de nos objectifs?

La capacité de se souvenir d'une intention ou d'un objectif au moment opportun est parfois appelée mémoire prospective parce qu'elle concerne des actions futures.

Se souvenir de nos intentions est une fonction essentielle, mais très sensible à la distraction. Parfois, on peut formuler une intention dans une pièce de la maison (ex: aller chercher un objet) et l'oublier le temps de changer de pièce. Nos intentions quittent rapidement notre conscience quand elles ont de la compétition. Toutes les choses qui captent notre attention peuvent nous faire penser à de nouveaux buts (objets qui trainent = ranger; sonnerie = répondre; message = lire; rencontre = socialiser...) dont certains peuvent être prioritaires. Mais avec autant de suggestions de nouveaux buts à chaque minute, il peut être ardu de faire parler nos priorités plus fort que toutes ces nouvelles tentations.

Les intentions semblent se perdre plus facilement dans le brouhaha de nos vies que les autres informations. C'est entre autres parce que nos intentions sont souvent des idées brèves, peu élaborées et fréquentes (ex: prendre un objet, aller quelque part, vérifier une information...). En plus, elles dépendent de petits signaux émotifs (des microémotions) comme une envie, un intérêt ou une inquiétude qui se bousculent constamment dans notre cerveau.

Se rappeler de se rappeler est un art. Notre cerveau fait continuellement éclore dans notre conscience des idées pertinentes à nos objectifs actuels qui servent de rappels mentaux. Quand on se lève pour payer au restaurant, notre cerveau allume souvent des pensées sur nos effets personnels qu'il ne faut pas oublier avant de partir, sauf si nos priorités penchent trop vers la suite de la conversation ou d'autres préoccupations même inconscientes. Quand on a une tâche non complétée, une date limite ou un rendez-vous, des rappels mentaux nous viennent généralement à l'esprit avec plus ou moins d'insistance, sauf quand on est submergé par les priorités.

Les rappels de notre cerveau (les alarmes mentales) sont essentiels, mais notre cerveau a évolué pour un rythme de vie plus lent et moins surchargé que le nôtre et dans notre monde ils ne fournissent pas. Le stress et le vieillissement peuvent rendre nos rappels mentaux beaucoup moins efficaces. Pour pallier partiellement ces lacunes, on a inventé les listes, les post-it, les agendas et les rappels électroniques, mais on ne peut pas employer ces béquilles pour tous nos buts, car on en a trop et ils changent souvent. Et plus on a d'urgences, moins il y a de place pour ce qui est important.

Se souvenir de nos intentions peut être volontaire ou involontaire. Notre cerveau fait continuellement des scénarii du futur et s'en sert pour se rappeler ce qu'on voulait faire. On compte souvent sur des indices retenus à l'avance (ex : visage de mon fils = ne pas oublier de lui poser une question avant de partir) ou des indices qu'on ne peut rater dans notre environnement (ex: la pile de travail dans notre champ de vision). On peut aussi associer une intention à un intervalle (ex: faire un appel dans une heure) ou une période (ex: ce soir) en s'imaginant dans ce futur proche. Mais, la plupart du temps ce n'est pas la volonté qui nous rappelle nos intentions, elles apparaissent automatiquement soit parce qu'un lieu, un objet ou une phrase nous rappelle une intention ou plus souvent parce que notre inconscient nous rappelle une envie ou une inquiétude. Nos pensées spontanées sont souvent à propos de nos priorités et elles arrivent souvent au bon moment si on les écoute au lieu de les enterrer par de la stimulation et des urgences.

Pour des projets de longue haleine, ne pas se souvenir de ses intentions nous rend dispersés et improductifs. Pour plusieurs, le courrier, les interruptions et l'internet sont des causes de dispersion majeure. Pour d'autres, c'est l'évitement de l'effort, du stress ou de l'ennui qui les pousse vers d'autres buts plus ou moins futiles et les fait procrastiner sur les choses 'à faire'.

C'est bien connu, finir quelque chose est bien plus difficile que de le commencer. Le suivi est critique dans la réalisation d'un objectif: se rappeler de revenir sur un dossier, de retourner à nos objectifs, de relancer les gens impliqués dans nos affaires. La plupart du temps, le stress des conséquences de ne pas terminer la tâche peut nous faire revenir à nos tâches les plus urgentes. Mais pour le reste, comment sort-on de la dispersion?

L'engagement émotionnel (passion, ambition, anticipation des résultats...) ramène notre attention sur les tâches qui l'inspirent et soutient notre envie de terminer les tâches importantes. Les gens qui ont un déficit d'attention ont des difficultés à soutenir leur intérêt pour certaines tâches moins stimulantes, mais beaucoup moins quand les enjeux sont majeurs ou que la passion (l'engagement émotionnel) est au rendez-vous. Pour ne pas diluer notre engagement émotionnel, on a tous intérêt à accorder une importance à nos priorités et à en réduire le nombre. En priorité, il faut réduire le nombre de pseudo-urgences et de pseudo-priorités dans nos vies.

Le temps est une denrée rare, une source de stress et un maître impatient. En plus, on a tendance à remplir le temps qu'il nous reste pour se stimuler ou pour éviter de penser à nos sources de stress. À ce rythme, on peut facilement devenir très affairé sans faire quoi que ce soit d'utile ou d'important. Mais notre cerveau a besoin de temps vide pour nous reconnecter à nos buts et faire éclore des idées pertinentes. Il faut prévoir à notre agenda des pauses de notre agenda dans lesquelles on échappe aux sollicitations externes et aux préoccupations. Arrêter de travailler sur un projet et changer d'environnement aide à se souvenir de nos objectifs par rapport à ce projet et ainsi à penser à la marche à suivre. Retrouver ce qui nous mobilisait dans un objectif est aussi une bonne façon de retrouver notre engagement.

La dispersion c'est donc une question d'attention, de filtrage et d'effort, mais aussi une question d'engagement, d'émotions et de disponibilité.

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