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Quand notre cerveau et notre coeur s'attachent

12/02/2015 10:56 EST | Actualisé 14/04/2015 05:12 EDT

Tu me manques. Te revoir me donne chaud au cœur. Je tiens à toi. Je me sens perdue quand tu n'es pas là. Je l'ai dans la peau. Malgré ses bienfaits indiscutables, l'amour est une drogue, la dépendance qu'il cause peut engendrer de la détresse et le sevrage est généralement pénible.

L'attachement est l'une des plus belles inventions de l'évolution. Cet instinct nous rend gaga de nos enfants, ce qui augmente l'envie d'en prendre soin et de leur pardonner. Il est déclenché par plusieurs signaux peu conscients. Être ému nous attache. Que ce soit les bébés, les enfants et leurs visages attendrissants ou les petits des animaux si mignons, la fragilité, l'innocence et la beauté sont des déclencheurs de l'attachement. L'attachement parental nous rend aussi inquiets pour leur sécurité, parfois jusqu'à l'obsession. Il nous fait ressentir un manque quand ils sont absents et un bien-être à leur retour.

Pour l'enfant, l'attachement à ses parents lui donne une sécurité qui sera la base de sa confiance en lui. Cependant, il peut aussi augmenter sa détresse quand il est privé du parent (l'anxiété de séparation). Durant l'enfance, l'anxiété de séparation peut occasionner plusieurs difficultés telles que l'adaptation aux nouveaux milieux comme l'école, les problèmes à s'endormir, la peur de la noirceur ou encore l'irritabilité quand l'accès au parent fluctue (voyages, divorces, nouveaux conjoints). L'attachement de l'enfant est tellement critique pour sa santé émotionnelle qu'avant l'âge de trois ans, le stress et l'instabilité du lien parent-enfant peuvent affecter de façon durable ses réactions émotionnelles et ses capacités de former des liens avec des proches.

Qu'ils concernent notre famille, nos amis ou nos amours, nos liens d'attachement sont des ancrages positifs; ils apportent un sens à la vie, ils contribuent à notre identité, notre personnalité, et notre santé mentale. Mais ils sont aussi des sources de difficultés comme l'anxiété, la jalousie, les disputes et les peines d'amour. L'attachement crée naturellement une dépendance, un manque qui peut être léger ou serein et nous rappeler le bien-être de façon nostalgique. Mais, selon nos vulnérabilités (personnes anxieuses, personnalité limite), ces côtés sombres peuvent se transformer en obsessions ou en détresse, comme dans la jalousie amoureuse ou l'insécurité chronique. Dans ces cas, l'amour peut saboter l'amour.

Cette dualité entre les bons et les mauvais côtés de l'attachement est inhérente à son organisation cérébrale. L'attachement dépend de plusieurs systèmes dans le cerveau: certains créent de la joie, du bien-être et parfois de l'euphorie en présence de la personne aimée, d'autres réagissent à la privation en créant un manque plus ou moins prononcé selon les sensibilités préalablement gravées dans les systèmes émotifs. La morphine, l'héroïne, et d'autres drogues qui produisent une dépendance ont des mécanismes similaires. Elles stimulent les circuits du bien-être et du plaisir (circuits endorphines-dopamine), elles donnent chaud au cœur comme des retrouvailles. Cependant, elles stimulent aussi des circuits négatifs de stress et de manque qui créent un besoin de bien-être. L'amour-bien-être déclenche naturellement un amour-besoin. En plus, par un effet de tolérance, l'envie de bien-être augmente quand on y goûte.

L'amour-besoin se vit d'abord dans les petits manques quotidiens mais il est décuplé dans le sevrage. Quand on perd l'accès à notre objet d'attachement (séparations, mort), on vit un deuil, un sevrage qui varie selon nos vulnérabilités et qui peut déclencher plusieurs émotions négatives (anxiété, sentiment de solitude, doute, sensibilité à la douleur, tristesse, irritabilité, dépression). Presque tout le monde est fait pour l'amour-passion mais l'amour-besoin peut être très dur pour ceux qui sont sujets aux excès d'anxiété, de tristesse ou d'insécurité.

L'amour entre adultes est similaire à l'attachement parent-enfant car il nous fait vivre une euphorie, un bien-être et un manque. Cependant, il est souvent précédé d'un désir, un intérêt initial déclenché par des caractéristiques parfois difficiles à ignorer (courbes, regards, allure...) et modulé par la testostérone et l'œstrogène. La sensibilité de l'attraction initiale varie selon le genre, l'âge et l'abstinence, mais aussi selon le niveau de confiance en soi, de solitude et de manque émotionnel. L'intérêt initial peut déclencher une danse de séduction réciproque qui a ses bases dans les parades amoureuses. Les regards et paroles complices, les sourires désarmants, l'assurance des uns, l'émotivité des autres et le désir perçu chez l'autre sont autant d'incitatifs à poursuivre la cascade de rapprochement. Notre méfiance se dissout, l'admiration augmente et on se met à ressentir et anticiper un bien-être inimaginable ou presque oublié. L'imagination, stimulée par ces émotions, se met à faire des projections de bonheur et même des projections de développement personnel issu de la relation avec l'autre. Tous ces processus peuvent être à la fois grisants, réconfortants et déstabilisants.

Le désir, la séduction et l'euphorie nous attachent. Les caresses et les orgasmes nous attachent encore plus grâce à l'ocytocine sécrétée par notre cerveau à la suite de ces stimulations particulières qui renforcent les effets sur les circuits du plaisir et augmentent notre résistance au stress. Il ne faut donc pas se surprendre de ressentir un petit manque même quand on goûte à ces plaisirs en touriste sans vouloir s'attacher. L'ocytocine est aussi associée à l'attachement mère-enfant après l'accouchement et à l'effet réconfortant de la nourriture.

Côtoyer quelqu'un nous attache aussi. Partager des évènements nous fait vivre des émotions ensemble (peurs, défis, moments excitants), ce qui nourrit un attachement et transforme une connaissance en ami. L'attachement à nos amis et nos proches nous apporte un bien-être souvent sous-estimé et pris pour acquis, mais il peut nous sortir du désespoir et nous sauver la vie.

Nos liens d'attachement sont partout autour de nous, nous apaisant et nous déstabilisant constamment selon les moments. On s'attache aux animaux de compagnie et aux choses qui nous entourent (gilets, bibelots, maisons) et on peut avoir du mal à s'en séparer à cause des expériences émotionnelles qui y sont associées. On s'attache aussi à notre culture et à nos environnements familiers car on s'en ennuie quand on les quitte. On s'attache même à certains de nos souvenirs et la nostalgie en est le reflet.

L'attachement est aussi naturel que les émotions positives qui le déclenchent mais le manque, la vulnérabilité et même la dépendance qui l'accompagnent le sont tout autant. L'amour est une potion aigre-douce sur laquelle on a peu de contrôle. Il faut le consommer avec prudence et le manipuler avec le plus grand soin.

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