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Éducation: mission (im)possible?

16/01/2017 08:12 EST | Actualisé 16/01/2017 08:12 EST

Il me prend parfois certaines envies de rêver, des jours où je me dis que changer le monde, ça commence à l'école. Alors, par ces temps de consultation publique et de réforme à venir, je me surprends à rêver d'un avenir meilleur pour nos enfants ! Après tout, on est dans la période des vœux, pourquoi ne pas faire celui-ci ?

La source du rêve prend racine à quelques milliers de kilomètres de chez nous, dans un pays qui ressemble en bien des points à notre belle province. Un vaste territoire, des hivers rigoureux, une métropole, quelques centres urbains et des campagnes moins peuplées. Mais dans ce pays, l'éducation est un tremplin permettant d'accéder à une égalité des chances, peu importe l'origine sociale, et ce, grâce à une éducation de qualité. Vous l'avez sans doute deviné, il s'agit de la Finlande, dans les premiers pays au classement PISA d'année en année. Quel est donc le secret des Finlandais pour si bien réussir l'éducation de leurs enfants tout en favorisant leur développement personnel ?

Deux éléments sont essentiels, tout d'abord ce qu'ils enseignent et comment ils l'enseignent (cela semble évident), ainsi que la façon dont l'éducation est gérée. En effet, le Ministère de l'Éducation décide des orientations et confie les différentes missions de l'éducation à des agences indépendantes politiquement, qui ne changent pas au fil des élections [source, p.10]. Aux six ans, les objectifs du ministère sont renouvelés par le parlement. Ce qui fait que l'éducation n'est pas un enjeu électoral, mais bien un enjeu de société.

Les écoles privées ont d'ailleurs été abolies pour la plupart afin de garantir l'égalité des chances [source, p.19-20]. Autre élément fondamental, la bureaucratie n'étouffe pas les rangs du ministère, plus d'indiens et moins de chefs, car les indiens sont dans les écoles. L'objectif est de tous contribuer à l'excellence de l'éducation. Les agences imposent le contenu des cours, mais les professeurs disposent d'une grande liberté dans le choix des méthodes. Et l'on évalue également régulièrement les résultats des politiques éducatives ; si nécessaire, le tir est corrigé.

Du point de vue de l'enseignement, l'objectif est d'apprendre à apprendre. On fait donc plus d'activités pratiques que théoriques, à travers lesquelles on apprend à lire, à écrire, à compter, ainsi que des langues, dans un cadre plus libre où l'échange est autorisé et valorisé ; étonnamment, on apprend également à coudre, travailler le bois, cuisiner, dessiner, la musique, et même nettoyer ! On apprend aux enfants à être autonomes et responsables, ils sont partie prenante de leurs apprentissages. Pour les élèves en difficulté ou en apprentissage d'une langue seconde, des professeurs assistants sont dans les classes et ils accèdent aux services professionnels dès que l'on observe qu'ils en ont besoin. La qualité de la formation des enseignants est également importante, tous ont une maîtrise, même les professeurs assistants. La profession d'enseignant jouissant d'un certain prestige, les meilleurs étudiants sont sélectionnés pour accéder à ces postes.

L'école est gratuite, vraiment gratuite, les livres et fournitures scolaires sont payés, et chaque enfant mange un repas offert à la cantine, du primaire au secondaire. Car pour bien apprendre, encore faut-il bien manger !

Un rêve ou une utopie ?

Si l'on regarde les performances du Québec , la dernière enquête PISA révèle de très bons résultats dont nous pouvons nous féliciter. Mais ces derniers sont à nuancer en raison d'un manque de participation important des écoles québécoises, et notamment publiques. On peut donc en déduire que le système privé, majoritairement représenté, performe très bien.

Du côté de l'éducation publique, le Ministère de l'Éducation a connu six ministres depuis 2010. Difficile d'avoir une ligne directrice ! De plus, l'investissement en éducation est, d'année en année, réduit au nom de l'austérité : environ 1 milliard de dollars en six ans. Nous devons tous faire un effort pour atteindre le « Saint-Graal » de l'équilibre budgétaire, même si les élèves en paient le prix. Pourtant, mieux gérer l'argent ne signifie pas nécessairement le couper, mais mettre en place de vraies réformes, et non dire au personnel en éducation : « Faites pareil avec moins ! »

Actuellement, le gouvernement ne semble pas prendre la peine d'évaluer ses politiques éducatives assidûment, notamment pour les politiques d'adaptation scolaire : la dernière date de 2000 et a été évaluée uniquement en 2008. Cela a mené à un plan d'action dont l'impact n'a toujours pas été évalué... Les changements pédagogiques se succèdent sans réelle évaluation pour savoir s'ils répondent aux besoins des élèves et s'ils améliorent l'efficacité de l'éducation. Environ 30 % des élèves décrochent avant la fin du secondaire, ces élèves ne participent donc pas aux tests PISA. Et plus de la moitié des élèves EHDAA (Élève Handicapé ou en Difficulté d'Adaptation ou d'Apprentissage, soit 25 % de la population scolaire) ne réussissent pas à décrocher leur diplôme de fin d'études secondaires. Les services aux élèves baissent d'année en année dans les écoles, ce qui pousse les parents les mieux nantis à se tourner vers le privé : les autres élèves, eux, sont laissés de côté.

De plus, les enseignants qui donnent, pour la plupart, chaque année leur meilleur pour les élèves ne sont que très peu reconnus par le gouvernement.

Le nouveau ministre Proulx, qui semble plus actif que ses prédécesseurs, a réalisé une grande consultation publique à l'automne. C'est un début, et non une fin en soi... Du moins, espérons-le ! Les recommandations seront-elles écoutées et se concrétiseront-elles réellement ? Les données issues de la recherche seront-elles utilisées pour améliorer notre système éducatif ? Les changements s'intégreront-ils dans un temps permettant au personnel scolaire d'être assez préparé pour pouvoir les appliquer ? Ces changements seront-ils accompagnés de moyens financiers à la hauteur de leurs ambitions ?

Bien des défis attendent notre système d'éducation, mais le plus grand reste celui de continuer à exercer la même pression sur nos élus, car si la consultation est terminée, rien n'indique que l'on doive cesser de chercher à les influencer.

Alors, en cette nouvelle année, propice aux changements, je fais le vœu que l'éducation continue d'être un enjeu de société au Québec et qu'elle soit enfin considérée comme un investissement. Investissement pour permettre à nos enfants de devenir des citoyens actifs, quel que soit le gouvernement en place. Gageons que cette mission est possible !

Ce billet de blogue est cosigné par Anne-Laure Gille, orthophoniste scolaire, et François-Olivier Pinard-Herkel, qui vous invitent à signer une pétition qu'ils ont lancée sur le site www.cavapaslatete.ca

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