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Le sort des enfants en temps de conflits armés

Le 24 octobre, le monde célèbre la journée des Nations Unies.

24/10/2017 09:30 EDT | Actualisé 24/10/2017 09:45 EDT
Hannah Mckay / Reuters
Des dossiers tels que les réfugiés royingyas, les conflits au Yémen, en Libye, la protection de l'environnement, le développement durable ou le maintien de la paix au Mali pour n'en souligner que quelques-uns ne peuvent trouver leur solution que dans la coopération entre pays, avec l'assistance et le support des Nations Unies.

Le 24 octobre, le monde célèbre la journée des Nations Unies. Il s'agira du 72e anniversaire de la mise en vigueur de sa Charte.

Cet évènement mérite d'être souligné. En effet, bien qu'imparfaite cette organisation unique est plus essentielle que jamais alors que les crises et les problèmes internationaux se multiplient et que les défis se globalisent . N'en déplaise au président Trump les nations n'ont aucun intérêt à se replier sur elles-mêmes, bien au contraire.

Des dossiers tels que les réfugiés royingyas, les conflits au Yémen, en Libye, la protection de l'environnement, le développement durable ou le maintien de la paix au Mali pour n'en souligner que quelques-uns ne peuvent trouver leur solution que dans la coopération entre pays, avec l'assistance et le support des Nations Unies.

Dans ce contexte, un récent rapport des Nations Unies pour l'année 2016 sur le sort des enfants en temps de conflits armés ressort du lot. Il reflète malheureusement l'état du monde et l'impact que les affrontements actuels ont sur les civils et plus particulièrement les enfants, victimes collatérales de la folie des adultes.

Le mandat de la représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés a été créé par l'Assemblée générale de l'ONU en décembre 1996 afin de renforcer la protection des enfants affectés par les conflits armés, sensibiliser, promouvoir la collecte des informations sur le sort des enfants affectés par la guerre et favoriser la coopération internationale pour améliorer leur protection. Le Secrétaire général de l'ONU a nommé à ce poste en avril 2017, Mme Virginia Gamba, de l'Argentine.

Le rapport a été soumis au Conseil de sécurité le 7 octobre dernier. Les chiffres qu'on y trouve sont consternants.

Ainsi plus de 15 500 enfants dans le monde ont été victimes de violations généralisées dans un contexte de conflits. Ces enfants ont été exposés à des « niveaux choquants » de violations tels que des tueries et des mutilations, des recrutements et utilisations à des fins armées et le déni d'accès humanitaire.

Le rapport passe en revue une vingtaine de pays, dont l'Afghanistan, la République démocratique du Congo, l'Iraq, la Somalie, le Soudan du Sud, la Syrie et le Yémen. Il indique qu' au moins 4000 violations vérifiées ont été commises par des forces gouvernementales et plus de 11 500 par des groupes armés non étatiques.

L'Afghanistan a enregistré le plus grand nombre de décès d'enfants vérifiés depuis que l'ONU a commencé à recenser le nombre de victimes civiles en 2009, avec 3512 enfants tués ou mutilés l'année dernière – soit une augmentation de 24% par rapport à l'année précédente. Le rapport recense également 851 cas vérifiés (plus du double du nombre en 2015) d'enfants recrutés et utilisés à des fins de combat en Syrie et 1915 en Somalie en 2016.

L'étude note également qu'au Yémen, au moins 1340 enfants ont été tués ou mutilés. En Syrie, ce nombre était de 1299.

L'évolution constante et la complexité de certains conflits, ainsi que le changement permanent des allégeances des groupes armés non étatiques rendent la protection des enfants en temps de conflit armé de plus en plus précaire, ajoute le rapport.

Les attaques de groupes armés non étatiques ont eu des répercussions graves sur les enfants y inclus le fait de contraindre les enfants à commettre des attentats-suicides.

Les attaques de groupes armés non étatiques ont eu des répercussions graves sur les enfants y inclus le fait de contraindre les enfants à commettre des attentats-suicides. Le nombre de violations commises par les Chabab en Somalie, Boko Haram au Nigéria, le groupe État islamique et les talibans s'est établis à plus de 6 800 au total.

Le fait d'empêcher l'aide humanitaire d'atteindre les enfants est également particulièrement préoccupant. Ainsi des enfants ont été pris au piège dans des zones assiégées ou privés d'accès à la nourriture, à l'eau et à l'assistance médicale, y compris aux vaccins. Le cas d'Alep en Syrie vient à l'esprit. Cette situation vient s'ajouter à l'impact direct et aux conséquences dévastatrices des hostilités sur les enfants, en particulier au stade du développement de leur personnalité.

En 2016, dans presque tous les pays mentionnés dans le rapport, des écoles et des hôpitaux ont été la cible de frappes aériennes et d'opérations terrestres. Il faut aussi tenir compte de l'impact que peut avoir sur le long terme la conduite des hostilités dans des zones résidentielles ou très fortement peuplées, en particulier la présence de restes explosifs de guerre.

Le rapport en appelle donc à la communauté internationale pour qu'elle agisse plus énergiquement pour protéger les civils et respecte plus rigoureusement le droit international humanitaire.

Le nombre sans précédent d'enfants réfugiés et déplacés n'est pas uniquement dû à l'existence d'un conflit, mais plutôt à la brutalité avec laquelle les parties mènent les hostilités, notamment en prenant directement les enfants pour cibles. Le rapport en appelle donc à la communauté internationale pour qu'elle agisse plus énergiquement pour protéger les civils et respecte plus rigoureusement le droit international humanitaire. Ses efforts doivent également aller de pair avec des initiatives de prévention et de règlement des conflits.

Néanmoins selon la Représentante spéciale «malgré les difficultés rencontrées pour mettre fin aux violations, des progrès évidents ont été accomplis pour protéger les enfants grâce au dialogue et aux efforts de prévention et de règlement des conflits». Ce fut le cas en République démocratique du Congo et les Philippines ainsi qu'en Colombie à la suite de l'accord de paix entre le gouvernement colombien et les FARC.

L'ONU a continué de mener la campagne dite « Des enfants, pas des soldats » pour promouvoir des processus de paix visant à instaurer un dialogue avec diverses parties et obtenir d'elles qu'elles s'engagent à protéger les enfants. Lancée en 2014 elle vise à mobiliser le soutien nécessaire pour mettre fin et prévenir le recrutement et l'utilisation d'enfants par les forces de sécurité nationale en conflit. Elle est publicisée par l'acteur américain Forrest Whitaker.

Un dialogue que l'ONU a aussi permit la signature de deux nouveaux plans d'action au Mali et au Soudan ainsi qu'en République centrafricaine.

Il est à souhaiter aussi que la perte des territoires contrôlés par le Groupe état islamique en Syrie et en Iraq permette un retour à la normale et à la fin des exactions à l'encontre des civils et des enfants.

D'aucuns diront qu'après plus de 20 ans de l'existence de cette institution les résultats sont bien minces. Mais la diplomatie est un processus qui requiert du temps et de la patience. D'autant plus que le nombre de crises ne diminue pas et que leur complexité ne facilite pas les solutions. Par exemple la plus récente, l'expulsion par la force de la minorité musulmane du Myanmar, qui a créé une catastrophe humanitaire au Bangladesh.

Citons l'UNICEF "Des conditions de vie inhumaines et les maladies transmises par l'eau menacent la vie de plus de 320 000 enfants rohingyas réfugiés qui ont fui vers le sud du Bangladesh depuis la fin du mois d'août" .

« De nombreux enfants rohingyas réfugiés au Bangladesh ont été témoins d'atrocités au Myanmar qu'aucun enfant ne devrait jamais voir, et tous ont souffert de terribles pertes », déclare Anthony Lake, Directeur exécutif de l'UNICEF. « Ces enfants ont besoin de toute urgence de nourriture, d'eau salubre, d'installations d'assainissement et de vaccins pour se protéger des maladies qui se développent généralement dans les situations d'urgence ».

Le rôle joué par le bureau de Mme Gamba peut apparaître bureaucratique et une goutte dans l'océan des problèmes mondiaux, mais il est important et irremplaçable. Et ses défis sont immenses. C'est le type de programme et d'initiative , souvent sous les écrans radars des médias, que l'ONU met en place et qui contribue, en collaboration avec d'autres agences des Nations Unies, à faire ce monde un peu plus juste, davantage pacifique et à protéger toutes ces victimes innocentes .

En autant évidemment que les membres de l'organisation y mettent du leur... Ce qui n'est regrettablement pas toujours le cas. Mais gardons espoir.

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