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La Biennale de Venise et le naufrage de la délégation du Canada

04/09/2013 05:30 EDT | Actualisé 04/11/2013 05:12 EST

La biennale d'art de Venise est considérée comme l'une des plus prestigieuses manifestations artistiques dans le monde. Créée en 1895, cette année elle souligne sa 55e édition. C'est en quelque sorte les Jeux olympiques de l'art tous les deux ans avec un total de 88 représentations nationales dans sa version 2013. Le directeur artistique n'est autre que l'italien à la carrière fulgurante Massimiliano Gioni, le thème s'intitule «Il Palazzo Enciclopedico» (Le Palais encyclopédique).

Se dégage une tendance forte, beaucoup d'installations de type accumulation objets. Le grand gagnant de cette 55e édition est Tino Sehgal avec une performance au sol, danse, voix, un exercice en miroir familier des écoles de théâtre. Plus la frontière est floue entre celui qui dirige et celui qui est dirigé et plus l'exercice est réussi. Autre prestation d'art vivant, le pavillon roumain n'était habillé que de cinq performeurs dans une pièce exécutant une chorégraphie.

Biennale-2013 from ArtModeDesign on Vimeo.

En pénétrant dans le pavillon canadien, l'architecture du pavillon semble toujours source d'une grande fierté pour la délégation canadienne, d'une part parce que sortie en 1958 des planches de dessins des architectes de la firme milanaise BBPR. Que pour son aspect dit-on en forme de «coquillage», aquatique, eau, Venise... Il est difficile de trouver un endroit plus inadapté à l'exposition d'œuvres d'art que ce pavillon. Au-delà de la poétique « architecture en coquillage », il relève autant de la forme d'une yourte mongole que du squelette externe d'un mollusque. C'est une structure demi-circulaire qui laisse entrer la lumière par de très larges baies vitrées, qui pour ne pas nuire à la visibilité des œuvres exposées sont systématiquement voilées. Une fois à l'intérieur un arbre, dont le pourtour vitré nous accueille et vampirise une partie de l'espace. C'est donc en quelque sorte à l'intérieur d'une grotte très sombre en forme de demi-lune, étroite avec un arbre au milieu qui sort par le plafond, qu'il faut mettre en relief le travail d'un artiste. Le défi est de taille.

La représentation canadienne, fidèle aux bonnes habitudes, présente un artiste dont le message comme l'œuvre restent toujours aussi inaudibles. Sûrement par résignation, le nom donné à l'exposition de Shary Boyle est Musique pour le silence. Devant le pavillon nous sommes accueillis par la sculpture d'une jeune femme en bronze patiné noir, avec des cheveux humains, assise en vigie sur la poutre centrale du toit. À l'intérieur encore quelques bronzes patinés sur des tourne-disques, des personnages pliés semblent porter le poids du monde sur eux. La pièce marquante, une méduse vieillissante donne le sein à un nourrisson... La musique du silence vous dites ?

biennale de venise

Déjà en 2011, Steven Shearer avait offert une prestation sans grande saveur. La pièce maîtresse, un tableau d'un homme aux cheveux longs dont on ne perçoit pas le visage, très certainement une allégorie du tableau de Edvard Munch durant sa période parisienne, reproduisant la silhouette de son père tapi dans l'ombre, peu de temps après le décès de celui-ci.

Seul le peintre Jean-Paul Riopelle en 1962 apporte un fait d'armes notable pour la délégation canadienne, il y remporte le prestigieux prix de l'UNESCO. Riopelle arriva dans la lagune à bord de son voilier le Serica avec ses deux filles et Joan Mitchell, sa compagne de l'époque, une figure majeure de l'expressionnisme abstrait américain. Il avait obtenu ce voilier en échange de quelques toiles avec le célèbre galeriste new-yorkais Pierre Matisse, fils du peintre Henri Matisse, présent à la biennale. Après la consécration de Venise, Riopelle avec le Serica et Matisse avec son nouveau voilier, le Old Fox, rentreront de concert par les côtes yougoslaves.

Depuis des années les curateurs se succèdent pour le Canada afin de participer à cet orchestre du Titanic, tant le naufrage dans un lieu de la sorte, est systématiquement prévisible. La seule personnalité artistique canadienne avec une véritable stature et reconnaissance internationale, capable de relever à la fois les défis du palmarès pour le Canada et le lieu invraisemblable, n'est autre que Robert Lepage. Mais j'ai cru comprendre, même depuis la France, que c'est l'artiste majeur canadien le moins connu à Ottawa.

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