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Une journée de l'aide humanitaire sur un fond de pessimisme

19/08/2012 09:45 EDT | Actualisé 19/10/2012 05:12 EDT
REX Features

C'est pour commémorer l'attentat du siège des Nations unies à Bagdad de 2003 qui a causé la mort de 22 personnes que l'Assemblée générale de l'ONU a décrétée la journée du 19 août comme étant celle de l'aide humanitaire. Neuf ans après ces attentats, cette journée prend un sens plus large. Elle vise aussi à reconnaître les efforts des travailleurs humanitaires ainsi que pour rappeler que des millions de personnes sont annuellement victimes des centaines de catastrophes de cause environnementale ou humaine qui frappent la planète.

Mais au-delà de l'aspect commémoratif de cette journée, une question simple s'impose: pourquoi avons-nous besoin de l'aide humanitaire internationale aujourd'hui?

La réalité de l'action humanitaire internationale

Cette question, souvent posée, soulève d'importantes interrogations qui peuvent être répondues de différentes manières. Soulignons ici trois arguments fréquemment évoqués pour justifier l'existence de l'action humanitaire internationale.

Le premier argument, qui est celui souvent adopté par les organisations humanitaires, repose sur une réalité planétaire plutôt sombre. En effet, il semble manifeste que le portrait global n'est pas rose : 220 millions de personnes sont annuellement touchées par des catastrophes humanitaires. L'ouragan Katrina qui a frappé les États Unis en 2005 et la triple catastrophe qui a touché le Japon l'an dernier permet de convenir que tous les pays, pauvres ou riches, sont vulnérables. Qui plus est, il y a aujourd'hui plus de 15 millions de réfugiés dans le monde. En 2011 seulement, 800.000 personnes ont été contraintes de fuir leur terre natale vers un pays tiers, du jamais vu depuis 12 ans. Avec l'éclatement de certains pays arabes, il est raisonnable de croire que cette tendance devrait s'accroître en 2012. Aux réfugiés de la guerre, se joignent maintenant les réfugiés climatiques qui sont forcés de quitter leurs maisons pour trouver un climat plus stable pour y vivre et cultiver leur terre. Dans tous les cas, tous ces réfugiés sont un symptôme direct des dizaines de conflits toujours en cours et des centaines de catastrophes naturelles qui frappent la planète annuellement. Ce bilan impose une action humanitaire internationale efficace.

Le second argument est intrinsèquement lié au premier : les gouvernements n'ont simplement pas la capacité ou la volonté de répondre aux besoins humains fondamentaux des populations victimes des crises humanitaires. Par capacité, on comprend que l'agenda international des pays donateurs est déjà trop rempli et que les ressources manquent, surtout en cette époque où une crise financière affecte les pays riches qui sont ordinairement des donateurs. Par volonté, on comprend que la réalité des relations internationales suppose une diplomatie contraignante et pleine de compromis qui, trop souvent, empêche les populations victimes des crises de recevoir de l'aide. Les populations civiles sont souvent victimes de la paralysie de la diplomatie internationale. L'échec du Conseil de Sécurité des Nations unies à résoudre la crise syrienne est un bon exemple des limites du système de l'aide internationale et de la « responsabilité de protéger » si chère à certains diplomates. En conséquence, la présence d'organisations non-gouvernementales qui jouissent d'une certaine indépendance s'avère essentielle.

Le troisième argument repose sur le fait que les organisations humanitaires sont de véritables canaux de livraison de la solidarité et de la générosité internationale. L'aide humanitaire peut être ainsi octroyée directement d'une communauté qui veut offrir son soutien à une autre qui en a besoin. Les « citoyens donateurs » peuvent donc transmettent leurs dons rapidement en écartant la bureaucratie politique des États.

Les défis de l'aide humanitaire

Mais il ne s'agit pas seulement d'envoyer de l'argent ou des bouteilles d'eau. L'aide humanitaire est aujourd'hui un mode d'action politique d'une grande complexité rempli de pièges. Les enjeux de la politique internationale soumettent quotidiennement les organisations humanitaires à de nombreux défis.

L'un des principaux défis de l'humanitaire contemporain réside dans l'accès humanitaire. Le problème de l'accès humanitaire survient lorsque les populations civiles sont isolées dans les zones de conflits ou brutalement et délibérément prises en otage par les belligérants. C'est le cas des conflits actuels dans le nord du Mali, au Soudan, à Gaza et en Syrie qui donnent de sérieux maux de tête aux organisations en matière d'accès humanitaire et de protection aux populations civiles. La question est extrêmement complexe et les organisations ont des façons différentes d'aborder cette problématique: certaines refusent les escortes armées quelle que soit la situation car cela pourrait nuire aux principes de neutralité alors que d'autres les considèrent nécessaires. Chaque situation doit être méticuleusement analysée afin de négocier des couloirs de sécurité et le transit des convois humanitaires.

Un autre défi auquel font face les humanitaires est lié au financement. Alors que certaines crises font l'objet d'un engouement particulier -comme ce fut le cas dès suite du Tsunami qui a frappé l'Asie du Sud Est en 2005 ou du tremblement de terre qui a touché Haïti en 2010, la grande majorité des crises humanitaires peinent à recevoir des fonds, institutionnels ou privés. Ainsi, la plupart des catastrophes humanitaires sont « oubliées » et très peu médiatisées. Notons seulement la région du Sahel ou plus de 18 millions de personnes font actuellement face à grave crise alimentaire. Une situation récurrente qui n'est pas près d'être résolue. On estime qu'annuellement, moins de 60% des fonds nécessaires pour répondre aux besoins des populations sont octroyés. Les organisations humanitaires de tous acabits se démènent pour attirer l'attention des médias et des donateurs afin que des financements soient attribués à ces régions négligées par la communauté internationale.

Un dernier défi auquel est confrontée l'action humanitaire se pose en termes de professionnalisation. Alors que des critiques fusent sur l'efficacité de certaines réponses humanitaires, les organisations se questionnent sur la manière dont elles doivent se professionnaliser. Il s'agit d'un défi particulièrement complexe. Le travail humanitaire est une profession qui ne s'acquiert pas sur les bancs d'école. Les experts de ce champ d'action proviennent d'une multitude de disciplines telles que l'administration, la médecine, la logistique, l'architecture, le droit, etc. Le métier d'humanitaire s'acquiert donc essentiellement par l'apprentissage « sur le terrain » et le mentorat. Par ailleurs, cette situation a comme conséquence qu'il est relativement facile de s'improviser « humanitaire ». Subséquemment, les néophytes qui abondent au lendemain des catastrophes diluent l'impact du travail des professionnelles. Cette situation a notamment été observée en Haïti au lendemain du tremblement de terre de 2010. L'aide humanitaire est donc à la croisée des chemins et doit normaliser et mieux encadrer ses travailleurs.

Les défis auxquels sont confrontés les organisations humanitaires sont nombreux. En cette période d'instabilités politique et environnementale, la présence d'organisations de professionnels capables de répondre à cette responsabilité fondamentale d'offrir du secours aux populations civiles vulnérables apparaît malgré tout plus nécessaire que jamais.

Bonne journée de l'aide humanitaire!

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