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Quand la foi garantit l'objectivité journalistique

09/09/2014 09:54 EDT | Actualisé 09/11/2014 05:12 EST

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Image: Courtoisie de CNS

Le livre intitulé Catholiques sans étiquette de Matt Malone s.j. paru le 28 août dernier est un ouvrage incontournable pour les catholiques désirant faire entendre leur voix dans les débats de notre temps. Dans ce qui pourrait être considéré comme la nouvelle constitution du magazine America (revue des Jésuites américains) le jeune éditeur en chef explique les raisons qui justifient sa décision de bannir les étiquettes « progressistes et conservateurs » du vocabulaire. Cette décision fut prise non seulement pour des motifs d'inculturation médiatique mais également, et plus profondément peut-être, par cohérence avec la foi catholique. Examinons-les de plus près.

Inculturation médiatique

Il est absolument évident que le phénomène de « virtualisation », propre à notre époque, n'est pas sur le point de ralentir. À l'heure même où il est sociologiquement possible de dresser des bilans sur l'effet de l'apparition de la télévision dans les foyers, nous assistons à la phase 2 de cette révolution virtuelle par l'envahissement des espaces par les médias sociaux. Dans ce contexte, l'Église, qui a pour unique raison d'être d'apporter Jésus au monde c'est-à-dire « quelqu'un qui soit digne de confiance et expert dans les choses de Dieu » (no18) , se doit d'être engagée dans des relations avec le monde séculier et, ce, dans toutes ses dimensions y compris le domaine politique. Pour Malone s.j., « la principale tâche des médias catholiques américains est de proposer des solutions crédibles » (p.40) aux différents obstacles sur le chemin des relations entre l'Église et le politique .

Pour illustrer sa pensée, Malone décrit comme un élément néfaste de la culture contemporaine le fait qu'elle soit « rendue malade par le poison de l'idéologie partisane » (p.41) En effet, selon notre auteur, ce phénomène de l'idéologie est, en réalité, une prison de la pensée se présentant comme « métarécit terrestre auto-référentiel, « une doctrine, écrit Kennet Minogue, qui présente la vérité cachée et salvatrice sur les malheurs du monde sous la forme d'une analyse sociale » (p.42). En effet, le dialogue, nécessaire au progrès social, devient ainsi impossible puisqu'il lui manque un élément fondamental : l'écoute. Combien de fois avons-nous discrédité une opinion pour la simple raison qu'elle entrait sous la catégorie « gauche » ou « droite », « progressiste » ou « conservateur »?

style="float: Dans ce contexte, l'Église devrait être un fermant d'unité. Un endroit assouplissant les murs idéologiques, d'abord en affirmant haut et fort les principes fondamentaux sur lesquels nous devons nous entendre (Droits de l'homme, Bien commun, subsidiarité, solidarité) et, ensuite, en relativisant ce qui est du domaine de l'opinion.Toutefois, pour que cela soit possible, les catholiques eux-mêmes doivent cesser d'être des idéologues. Malheureusement, l'Église n'est pas exempte de ces divisions.

Selon Malone, l'idéologie est pour l'Église « une menace mortelle, car elle réduit l'une (l'Église) au nombre (ses « factions ») [en effet] lorsque nous concevons avant tout l'Église en termes séculiers, politiques, alors elle cesse dans son principe d'être l'Église » (p.48). Il est triste de constater que, trop souvent, l'Église n'est pas cette terre accueillante, libre de ces chaînes idéologiques. De fait, trop souvent dans milieu ecclésiaux « le discours courant ne se distingue pas assez du discours séculier [et ainsi] le même esprit de parti y éclate, les mêmes clans » (p.51). Si l'Église veut jouer son rôle prophétique dans cette société virtuelle qui est la nôtre, elle doit absolument se départir de ce qui, en elle, relève de l'idéologie et être « largement agnostique quant aux moyens techniques à mettre en œuvre pour construire une société plus juste » (p.76).

Le nouveau regard de la foi

De la réponse à la question « qui sommes-nous? » (p.52), il sera possible d'enlever par le fait même tout ce qui est superflu. Cette remise en question, le monde des médias catholiques est également appelé à le faire puisque « nous ne sommes pas des journalistes qui se trouvent être catholiques, mais des catholiques qui se trouvent à être journalistes » (p.60). Cette distinction est très importante puisqu'elle montre que la mission des journalistes catholiques est d'offrir l'actualité à travers le nouveau regard de la foi puisque, comme le disait le pape François : « la foi dans le Fils de Dieu fait homme en Jésus de Nazareth ne nous sépare pas de la réalité, mais nous permet d'accueillir son sens le plus profond » (no18) . Ainsi, ce qui pourrait apparaître aux théories journalistiques contemporaines comme un manque d'objectivité est en fin de compte un surplus d'objectivité puisque seul le nouveau regard de la foi peut conduire à la vérité de notre monde. En d'autres termes, aucune place pour un quelconque complexe d'infériorité : « La tâche de l'Église est d'interpréter la violente tragédie de la cité terrestre en fonction de la comédie de la rédemption (William T. Cavanaugh).»(p.66.)

Cette magnifique formulation s'appliquant parfaitement à la perspective journalistique catholique montre comment les catégories théologiques ne sont pas des obstacles à la compréhension de la réalité mais, au contraire, les plus aptes à rendre compte de ce qui se passe vraiment dans notre monde. De plus, elles relativisent et, en cela, pacifient le climat dans lequel doivent évoluer les débats de société puisque « que des chrétiens se sentent menacés par des opinions qui diffèrent des leurs, surtout quand ces opinions impliquent un jugement prudentiel davantage qu'un dogme, est pour nous incompréhensible » (p.72). En effet, penser pouvoir comprendre notre monde sans la connaissance de sa destinée ultime n'est rien d'autre que de réduire la vérité à l'une de ces dimensions. En d'autres termes, comme nous avons besoin de concevoir tout le corps humain pour connaître en réalité ce qu'est une jambe, ainsi nous avons besoin de la foi pour comprendre chacun des événements de l'histoire.

Tels sont les rôles du spirituel dans les choses temporelles : double mission que les chrétiens peuvent accomplir par la force de leur espérance qui « ne repose pas sur des rêves terrestres utopiques mais sur l'amour salvateur du Christ » (p.81).

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