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Loyola et le paternalisme d'État

24/03/2015 09:19 EDT | Actualisé 24/05/2015 05:12 EDT

Jeudi dernier, en la fête de Saint-Joseph, la Cour Suprême du Canada rendait un jugement sur la cause qui opposait l'école Loyola de Montréal et le Gouvernement du Québec. Ce dernier autorise donc l'école à donner le cours d'éthique et de culture religieuse comme prescrit par le ministère de l'Éducation du Québec et, ce, avec la spécificité que ce cours soit présenté dans la perspective catholique. Selon la plus haute cour du pays :

«La décision de la ministre selon laquelle tous les aspects du programme proposé par Loyola doivent être enseignés d'un point de vue neutre, y compris l'enseignement du catholicisme, a restreint la liberté de religion plus qu'il n'était nécessaire compte tenu des objectifs visés par la loi. Par conséquent, cette décision n'était pas le fruit d'une mise en balance proportionnée et doit être annulée. Le pourvoi est accueilli et l'affaire est renvoyée au ministre pour réexamen».

La décision de la ministre de l'époque Michelle Courchesne devra donc être revue et corrigée. La question que je me pose est la suivante, quelle image du catholicisme la ministre de l'époque avait-elle en tête pour croire que l'enseignement du cours ECR dans une perspective catholique empêchait de rejoindre les objectifs de celui-ci ? Me référant à ces mêmes objectifs pour juger cette décision, un constat me saute aux yeux : la ministre de l'époque projetait, sur l'école et la population en générale, ses propres lacunes en matière de religion. Elle avait une conception à ce point archaïque du catholicisme qu'elle n'était pas en mesure de comprendre comment la perspective catholique était, non seulement apte à répondre aux objectifs du cours, mais l'instigatrice de la sensibilité motivant l'application de ce programme. Enfin, cette interdiction unilatérale de l'État québécois nuisait à sa propre application. En effet, comment, est-il possible, aux enfants catholiques, «d'apprendre à réfléchir de façon responsable » si on empêche cette croyance de jouer son rôle de fondement de cette même responsabilité ? Comment « explorer, selon son âge, différentes manifestations du patrimoine religieux québécois présentes dans son environnement immédiat ou éloigné » sans reconnaître l'apport de l'éducation catholique dans la construction de la société québécoise aujourd'hui ? Comment les catholiques doivent-ils « acquérir ou consolider la notion selon laquelle toutes les personnes sont égales sur le plan des droits et de la dignité » en refusant toute référence évangiles ? Comment les enfants catholiques pourront-ils « connaître des éléments d'autres traditions religieuses présentes au Québec » sans les situer par rapport à eux-mêmes, à leur identité ?

Au contraire, une connaissance accrue et up to date du catholicisme aurait aidé Mme Courchesne à sortir de ses préjugés et comprendre comment son programme trouve ses racines dans les grandes inspirations du Concile Vatican II . En ce sens, le cours ECR pouvait être vu comme étant 50 ans en retard ! Enfin, dans un document publié en 2013 par la Congrégation pour l'éducation catholique intitulé « Éduquer au dialogue interculturel à l'école catholique. Vivre ensemble pour une civilisation de l'amour », on peut lire les lignes suivantes :

«Tous les enfants et les jeunes doivent avoir les mêmes chances d'accéder à la connaissance de leur propre religion, et des éléments caractéristiques des autres religions. La connaissance d'autres façons de penser et de croire dissipe les craintes, et enrichit chacun des façons de penser de l'autre et de ses traditions spirituelles. Par conséquent, les enseignants ont la responsabilité de toujours respecter la personne humaine qui cherche la vérité de son être propre, et d'apprécier et de diffuser les grandes traditions culturelles ouvertes à la transcendance, et qui expriment l'aspiration à la liberté et à la vérité.»

Une neutralité non encore démontrée

Ce jugement de la Cour suprême, bien que positif au niveau de la liberté religieuse et de la primauté des parents au niveau de l'éducation des enfants possède un vice majeur sur la question de la neutralité. En effet, selon le jugement, la ministre aurait abusé de son autorité en imposant «un point de vue neutre, y compris [ dans] l'enseignement du catholicisme». Ainsi, bien que reconnaissant l'abus de la ministre de l'époque, il réaffirme l'orientation officielle du programme comme étant «neutre». Or, en matière religieuse, aucune neutralité n'est possible. Si en effet, je présente le phénomène religieux sans prendre position, j'affirme, par mon silence même, l'impossibilité d'avoir une connaissance certaine en cette matière. Ce qui est déjà une posture épistémologique de type agnostique. De plus, enseigner les religions d'une manière égalitariste, c'est-à-dire en forçant la mise à niveaux de systèmes de croyances inégaux devant les exigences de la rationalité, néglige un aspect important de la réalité et perd de son objectivité. Dans un autre registre, mettrions-nous, en effet, des scientifiques renommés de IPCC sur un point d'égalité avec des climatosceptiques et leurs analyses pseudos scientifiques ? Bien sûr que non ! Il y a donc ici deux poids deux mesures qui décèle une incompréhension du phénomène religieux lui-même. Ainsi, la posture du MEQ étant foncièrement orientée dès le départ, il était difficile de ne pas faire le rapprochement avec la célèbre homélie de Ratzinger avant l'entrée en Conclave sur la dictature du relativisme.

Le jugement de la Cour Suprême est un grand pas en avant. Un pas qui nous permet de rétablir la relation de respect et de confiance mutuelle qui avait été brisée par le paternalisme d'État face aux motivations religieuses légitimes et indispensables à notre grand pays. Il permettra aux écoles catholiques de retrouver leur dignité et les droits fondamentaux qu'elles s'étaient vues arracher sans scrupules. En attendant la réponse du ministre actuel, ancien professeur d'une université fondée par les prêtres du Séminaire de Québec, j'espère que cette décision permettra à tous de comprendre qu'une société juste et équitable ne pourra voir le jour que lorsque les motivations religieuses seront respectées à leurs justes valeurs par tous.

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