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Tweet toujours, mon lapin

13/07/2012 12:17 EDT | Actualisé 12/09/2012 05:12 EDT

Le tweetosphère est en émoi depuis que François Legault a écrit 140 caractères de trop sur les femmes. Du moins est-ce l'opinion de ses nombreux détracteurs pour qui la phrase "les filles attachent moins d'importance au salaire que les gars", tweetée par Legault, serait sexiste et déplacée.

Déplacée, peut-être. Twitter n'est vraiment pas l'endroit pour s'attaquer à des enjeux sociaux ou des considérations philosophiques. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le chef caquiste commet l'erreur: souvenons-nous de son échange musclé avec la leader étudiante Martine Desjardins sur le financement universitaire, il y a quelques semaines.

Le problème avec ces échanges c'est que les arguments massus font défaut, faute de place. C'est une longue succession de petits coups fourrés. Ça devient très futile, très vite. L'équivalent d'assister à un match de lutte où deux forcenés se garrochent l'un sur l'autre sans jamais accomplir autre chose que l'étalage, assez loufoque, de leur propre égo.

Vous comprendrez que je ne suis pas Miss Fan # 1 de Twitter. Il y a beaucoup trop de m'as-tu-vu-tisme sur ce fil d'oiseaux, et François Legault semble être tombé dedans, ou dessus, à pieds joints. Mais sexiste, son commentaire? Pas du tout. C'est une évidence sociologique que les femmes sont (toujours) désavantagées économiquement malgré de grandes enjambées sur le marché du travail. Et ce désavantage n'est pas seulement l'affaire du "système" mais l'affaire des femmes elles-mêmes.

Exemple: les femmes en médecine. Au grand désespoir du président de l'Association des médecins spécialistes, Gaetan Barrette, qui s'en plaint régulièrement, les femmes médecins, qui forment déjà plus de 50% des effectifs, sont en train de changer la pratique médicale. Elles travaillent moins, exigent des horaires plus flexibles, prennent leurs congés de maternité. Conséquence? Elles gagnent moins d'argent.

Comme dit Anne-Marie Slaughter dans l'article que tout le monde s'arrache, Why Women Still Can't Have it All (Atlantic Monthly), il est impossible pour les femmes aujourd'hui, malgré le discours contraire, de tout avoir, c'est-à-dire tant la vie de famille que la belle carrière dont elles rêvent. Elles doivent faire des compromis puisque le monde du travail, lui, a généralement fait peu de cas de l'arrivée des femmes sur le marché du travail. Ce sont les femmes mères de famille qui ont dû se plier en six pour arriver à tout faire.

Autre exemple: les femmes à Radio-Canada. Ce fut tout un choc, il y a quelques années, quand une enquête syndicale révéla que les femmes gagnaient moins que leurs vis-à-vis masculins. On parle ici des Céline Galipeau et des Alexandra Szacka, pas seulement des secrétaires de rédaction. Ce n'est pas la SRC qui discriminait (à ce point) contre ses employées, mais celles-ci qui mettaient la barre moins haute lors de leurs négociations salariales.

Voilà. Les filles accordent non seulement moins d'importance au salaire que les gars (un compliment, dans le fond, dans ce monde éhontément matérialiste), elles accordent malheureusement moins d'importance à elles-mêmes (que le font les gars vis-à-vis eux-mêmes). Tough à dire, impossible à prononcer si on est un aspirant candidat à l'Assemblée nationale, encore plus dur à admettre, particulièrement chez les jeunes femmes, mais néanmoins vrai.

Il n'y a pas d'autre explication au fait que, bien que les garçons décrochent de plus en plus et que les filles réussissent de mieux en mieux à l'école, ils se retrouvent, quelques années plus tard, à égalité sur le marché du travail, voir même dans des proportions inverses: les hommes au sommet et les femmes derrière. Comment expliquer ce décalage professionnel si ce n'est que les femmes ont d'autres considérations que le statut ou le salaire (la famille) et, deux, qu'elles hésitent encore d'exiger les mêmes conditions que les hommes?

On souhaite évidemment que ça change. De jeunes femmes comme Martine Desjardins et Léa Clermont Dion laissent croire que les jeunes femmes aujourd'hui commencent à avoir la même aisance, assurance, voire la même estime d'elles-mêmes que leurs vis-à-vis masculins. Et c'est tant mieux.

En attendant, avez-vous remarqué comment Twitter est macho, bête et méchant? Des batailles de coqs, comme celle qui attendait François Legault après sa sortie sur les femmes, sont monnaie courante. À noter que la majorité qui a tapé sur le politicien pour ses propos soi-disant sexistes était des hommes.

Plus ça change...

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