Francine Pelletier

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Haro sur le halal

Publication: 15/03/2012 13:07

Alerte rouge! Les "valeurs québécoises" sont à nouveau en danger. Courez le dire à vos voisins. On croyait en avoir fini avec toutes ces musulmaneries, mais, après avoir vaillamment mis un stop à la lapidation des femmes adultères à Hérouxville, nous voici à nouveau menacés. Dieu sait où saigner ces pauvres petites poules pourrait nous mener...

Aux chiottes, tout au moins, puisque les animaux abattus selon le rituel halal (musulman) ou casher (juif) comporteraient un risque accru de contamination, selon le porte-parole péquiste en matière d'agriculture, André Simard. Vétérinaire de son métier, M. Simard pousse l'enveloppe plus loin en disant que ce type d'abattage est cruel et "ne correspond pas aux valeurs du Québec."

On veut bien que le Parti québécois ait de la compassion pour les animaux, et notre santé intestinale à coeur, mais qu'est-ce que les "valeurs québécoises" viennent faire là-dedans?

Placer le débat en ces termes c'est reprendre la démagogie là où l'ADQ l'a laissée (avant de disparaître). Dans la cave. C'est dire, il y a des bons et des méchants et nous, gentils Québécois qui ne feraient pas de mal à une mouche, sommes les bons et eux, inquiétants musulmans et juifs hassidiques vivant au Moyen-Age, sont les méchants. Discours pernicieux, s'il y en a un, qui étonne moins venant de l'ADQ, mais qui franchement inquiète de la part du PQ.

Mais peut-être aurez-vous remarqué le retour du "nationalisme identitaire", pour utiliser les mots du sociologue bien en vu, Mathieu Bock-Côté, au PQ, ces temps-ci? Après l'envolée honnie de Parizeau le soir du référendum --"l'argent et le vote ethnique", du nationalisme identitaire tout craché-- le PQ a fait très attention de se distancier de ce genre de nationalisme ethnique, privilégiant plutôt un nationalisme civique.

Dans son récent ouvrage, Fin de cycle - Aux origines du malaise politique québécois, M. Bock-Côté démontre comment le Bloc Québécois a poussé l'idée du nationalisme civique encore plus loin, trop loin selon lui, incommodant une bonne partie des nationalistes plus conservateurs. Selon l'auteur, nous vivons actuellement un retour du balancier, la question nationale étant passée "du régistre constitutionnel au régistre identitaire."

La controverse autour des accommodements raisonnables, créée de toute pièce par Mario Dumont et l'ADQ à l'époque, nous a forcé, c'est indéniable, à revenir sur la question identitaire. Nous y sommes restés empêtrés depuis. En partie parce que l'identité sera toujours une question délicate pour un peuple qui doit sa survivance à sa différence. (En d'autres mots, on a un penchant naturel au Québec pour le us and them, le nous contre eux). Mais en partie aussi parce que le PQ, toujours un peu en mal de popularité, privilégie de plus en plus ce type de nationalisme "de vieille souche". Sûr, ce discours porte auprès d'un certain électorat, mais tout en divisant les rangs. En quoi est-ce que ça nous avance?

Rappelons aussi que nous sommes à une époque où les "valeurs québécoises" ne veulent rien dire. Fut un temps où ces valeurs se conjuguaient de façon très précise: être catholiques, francophones et paysans. Après la Révolution tranquille, les valeurs québécoises se sont métamorphosées en "modèle québécois": intervention de l'État, ouverture sur le monde et droits et libertés. Ce modèle est de plus en plus remis en question aujourd'hui, notamment par ceux qui disent que ce modèle, trop limité à une certaine gauche, a été néfaste à la souveraineté du Québec. En d'autres mots, la droite se bat aujourd'hui pour remettre la main sur ces fameuses valeurs.

Normal. Après avoir été (historiquement) à droite, ensuite à gauche, on revient...à droite. Seulement, quelqu'un pourrait-il en informer le PQ? Ou le parti aurait-il décidé de passer à droite, lui aussi?