Francine Pelletier

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Le gars en bobettes vs. Gabriel Nadeau-Dubois

Publication: 3/05/2012 10:12

Avez-vous vu le gars en bobettes et casque de moto? Vous l'auriez remarqué, croyez-moi, surtout si vous êtes un homme. Il s'agit d'une pub Desjardins pour l'assurance moto, et le plus criant exemple de la représentation, disons, pas toujours flatteuse de l'homo québécus à la télé. Sujet dont il a beaucoup été question, ces dernières années.

On a souvent déploré "l'image bafouée" des personnages masculins québécois dans les publicités au petit écran. L'homme en bobettes est ce tarla par excellence, perdu dans sa petite bulle vroum vroum, qui réfère à la personne qui l'a conseillé à la Caisse comme "la madame". Sa blonde (qui lui parle comme si elle était sa mère) a vite fait de lui clouer le bec, pauvre demeuré qu'il est (du moins, il en a l'air). C'est du sexisme à l'envers. Avoir été un gars, je me serais plaint.

Curieusement, ce n'est pas du gros épais en caleçon dont on se plaint, mais d'un autre jeune homme beaucoup vu au petit écran, ces temps-ci, Gabriel Nadeau-Dubois. On ne se gêne pas de parler de lui comme d'un dangereux personnage (ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil), d'un pelleteux de nuages (chroniqueur multiplateformant, Richard Martineau) et même, d'un "puant sale" (maire de Huntington, Stéphane Gendron). C'est dire comment ce jeune homme (à peine adulte) a pu, en trois mois, non seulement s'imposer, mais combien il dérange.

Il me semble qu'on devrait plutôt se réjouir du fait que GND donne du galon à la gent masculine. Il a du nerf à revendre, est propre et bien habillé et plus articulé qu'à peu près tous les ministres du gouvernement Charest réunis. Mieux: il n'a pas la fixation de son propre nombril et croit en quelque chose de plus grand que lui-même. Bref, il a de l'idéal, une denrée rare à venir jusqu'à récemment.

Et pourtant, c'est lui qu'on cherche à chasser de l'espace public plutôt que la panoplie d'insignifiants (et j'inclurais bon nombre d'humoristes de bas étage, là-dedans) qui obstruent nos horizons politiques et culturels. Cherchez l'erreur.

En fait, avec l'élargissement du débat entourant l'accès aux études supérieures, on assiste à une polarisation de plus en plus marquée au Québec. D'un côté, ceux qui croient que la perturbation sociale a assez duré, qu'il est temps "de se ressaisir" (Voir les lucides qui persistent et signent dans Le Devoir du 2 mai). Ils demandent donc au gouvernement de mettre ses culottes et faire rentrer ses "enfants-roi" dans le rang. De l'autre, ceux qui croient qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire au Québec, que le soulèvement étudiant a permis d'évacuer l'insatisfaction profonde que nous ressentons depuis combien de temps déjà?... à force d'être mal menés économiquement, mal représentés politiquement et mal imaginés culturellement.

Bref, ceux qui pensent que le projet de "changer le monde", c'est de la bouillie pour les chats (du vieux réchauffé de la go-gauche), et ceux qui croient que sans ça, on meurt, collectivement et individuellement.

Où tout ça va-t-il nous mener?...

Des élections printanières auraient été idéales, tout le monde en convient, pour dénouer l'impasse qui, plus elle dure, plus elle fait peur. Non seulement chaque partie est-elle irrémédiablement campée sur sa position, mais chacun s'est un peu peinturé dans le coin, comme le note le confrère blogueur Jean-François Lisée.

Avec les révélations d'hier du déjeuner de la ministre Beauchamp en présence d'un mafioso, la partie patronale perd non seulement de la crédibilité, encore une fois, ce pot aux roses donne raison aux revendications étudiantes qui visent, au-delà des droits de scolarité, une remise en question du système d'allocations politiques. Le système, on le voit bien, est pourri.

Malheureusement pour les étudiants, ils sont pris pour négocier LA chose qui les a menés dans la rue, la hausse des droits de scolarité, pas le contexte plus large et de loin plus important. Comme disait Dominic Champagne lors de la conférence de presse du 1er mai en appui aux étudiants, il y a des choses immensément plus problématiques que la hausse des frais. Le Plan Nord, par exemple. On peut se poser des questions sur la façon que nos universités sont gérées, mais on ne peut remettre en question qu'elles ont besoin d'argent.
On se chicane sur une question sur laquelle on devrait, en d'autres mots, pouvoir mieux s'entendre.

Les révélations concernant Line Beauchamp ayant cloué le cercueil d'élections hâtives, reste plus qu'à espérer une chose: un médiateur, on voit difficilement les parties arrivant d'eux-mêmes à une entente, afin de trouver la porte de sortie. Il faut surtout que le mouvement étudiant, qui nous a tous impressionnés par sa force, sa créativité et sa solidarité, puisse en sortir la tête haute.

Il serait dramatique, pas seulement pour le mouvement comme tel, mais pour le souffle vital du Québec, que ceux qui nous forcent, pour la première fois en 30 ans, de penser collectivement, soient bafoués au même titre que ces pauvres nonos à bobettes.


http://www.francinepelletierleblog.com

 
 
 
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