Francine Pelletier

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Un avion de combat avec ça?...

Publication: 6/04/2012 10:14

Le nouveau vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, a beau ne pas parler français, il sait en tout cas compter. Son premier rapport expose au grand jour ce qu'on soupçonnait depuis longtemps: la flotte de F-35, les avions de chasse dont rêve le gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir en 2006, est une extravagante fantaisie.

Exactement une semaine après nous avoir servi le budget de la "responsabilité fiscale", voici le même gouvernement dépeint comme financièrement irresponsable (ce qui est nouveau) et manipulateur sur les bords (ce qui ne l'est pas) . "La Défense nationale n'a pas reconnu que le processus d'achat des F-35 était déjà bien engagé quatre ans avant toute annonce officielle", de dire le comptable en chef. En d'autres mots, le ministère de la défense a fait à sa tête, sans appels d'offre, sans les permissions d'usage et sans avertir la Chambre des coûts réels de production, ceux-ci ayant presque doublés entre 2001 et 2009, passant de 49.9 millions à 85.9 millions. Bref, la dépense qui devait être, selon le gouvernement, de 15 milliards, qui déjà fait sursauter, est en fait de 25 milliards. Ou plus.

Le gouvernement Harper s'est fait prendre dans toutes sortes d'entourloupettes depuis son entrée au Parlement, dont les appels robotisés lors de la dernière élection, mais c'est la première fois qu'il est sévèrement critiqué pour sa gestion financière, sa soi-disante force et motivation numéro un.

C'est ce qu'ils sont sensés faire de mieux, les Conservateurs, réduire les dépenses, couper dans le gras, gérer rationnellement. Mais comme le démontrait Jeffrey Simpson du Globe and Mail, récemment, tout en prônant un "gouvernement minceur", les Conservateurs sont les premiers à trahir cet idéal quand leurs intérêts l'exigent. L'achat de F-35 par le gouvernement Harper est le meilleur exemple de cette façon de parler des "deux côtés de sa bouche".

Et puis, comment justifier une telle dépense alors qu'on coupe sauvagement dans la culture? Radio-Canada, Téléfilm et l'ONF en mangent toute une avec ce dernier budget. Idem pour ce qui est de l'ACDI et autres organismes d'aide internationale. Droits et Démocratie, lui, mis sur pied par le Parlement en 1988, mange carrément la poussière. Ces organismes sont tous un peu l'âme de ce pays, ce qui nous définit, ce qui nous façonne, et c'est précisément pourquoi ils sont ciblés.

Stephen Harper rêve de supplanter ces vieux symboles "libéraux" par des symboles conservateurs: la valorisation du passé (la guerre de 1812, sa Majesté la Reine), le système judiciaire, les forces armées. Le fait que son gouvernement poursuit avec entêtement l'achat de F-35 depuis 7 ans, alors que d'autres pays impliqués dans le processus d'achat ont reculé devant l'explosion des coûts, démontre à quel point la valorisation militaire est une priorité. Et comment la culture, l'environnement et l'image du Canada comme défenseur des droits humains ne le sont pas.

Pour ma part, impossible de voir un de ces super avions sans me rappeler ma propre aventure à bord l'un deux. Il s'agissait d'un F-18, le modèle précédent mais en tous points semblables au F-35: même nez de Pinocchio, même ailes de chauve souris, même petit gabarit. On est tassé là-dedans, je vous en passe un papier. Le vol sans doute le plus mémorable de ma vie mais aussi, le plus inconfortable, et le seul où j'ai dû avoir recours au petit sac en papier aimablement fourni à bord.

L'occasion? L'émission the fifth estate de CBC, où j'ai été reporter, faisait un portrait du pilote des forces armées canadiennes qui venait de remporter la compétition annuelle de F-18 entre le Canada et les USA. Il s'agissait donc d'enfiler un G-suit, une combinaison anti-gravité qui se met à gonfler au décollage pour empêcher que tout le sang de votre corps vous tombe dans les pieds et vous, dans le pommes, pour voir de plus près de quoi avait l'air notre champion, et son avion.

C'est le plus proche que je me sentirai jamais de l'astronaute. Quand ça décolle, ces petits engins-là, c'est de façon quasi perpendiculaire; j'avais l'impression que la peau me décollerait. Pas très confortable, je le répète, mais une fois là-haut, c'est une toute autre sensation. On flotte comme une plume. Un petit coup de manivelle, j'ai pu l'exécuter moi-même, et hop, l'avion est sur le dos. On touche à peine et hop, on tourne sans effort sur le ventre. Il parait que c'est normal de vomir à l'enterissage...

Je tenais à vivre cette aventure pour vérifier une déclaration pour le moins surprenante d'un ancien ministre de la Défense. Après un premier vol en F-18, le ministre Maurice Lamontagne avait déclaré que "c'était mieux que faire l'amour". Je suis très contente de pouvoir vous dire que c'est faux. Même sans vomir, l'expérience n'est pas vraiment à la hauteur. Il faut vraiment être obsédé d'artillerie lourde pour suggèrer une chose pareille.

Mais, à bien y penser, peut-être est-ce précisément la ligne à suivre pour Peter MacKay et Stephen Harper? Afin de sauver la réputation de leurs avions de combat, pourquoi ne pas inscrire en grosses lettres sur leurs parois: MIEUX QUE FAIRE L'AMOUR!

Tant qu'à donner dans l'extravagante fantaisie.