Francine Pelletier

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Cherchez la femme

Publication: 8/03/2012 00:54

À chaque année, c'est la même chose. Arrive la journée internationale de "la" femme et les bilans abondent comme du pain et des roses. On mesure le trajet parcouru comme le chemin qui reste à faire. À chaque 8 mars, chacun cherche sa femme.

S'il fallait choisir une image féminine pour chacune des grandes époques des temps modernes, voici à quoi elles ressembleraient:

Femme #1 (circa 1960) aurait la jupe à mi-jambes, la balayeuse à la main et le sourire aux lèvres.
Femme #2 (circa 1985) aurait le tailleur ajusté et à mi-genoux, un attaché case à la main et les sourcils froncés.
Femme #3 (circa 2010) aurait un décolleté jusqu'au nombril, le pouce et l'index arqués en guise de pistolet , le sourire en coin et le clin d'oeil affriolant.

Entre femme #1 et femme #2, on devine assez exactement le chemin parcouru: les femmes sont passées de l'espace privé à l'espace public, elles ne sont plus la propriété d'un homme ou esclave de la famille (mais quand même toujours un peu du ménage).

Entre femme #2 et femme #3, on se demande, par contre, ce qui a été accompli. Le droit de se montrer les seins en public? De faire la moue à qui mieux mieux? De mourir sur une table de chirurgie plastique?

Je dis ça tout en sachant que j'ai été parmi celles qui ont été lentes à réagir. Après tout, la sexualité -- ou dit plus crûment, l'idée d'avoir une vie sexuelle qui a de l'allure -- a été un combat extrêmement important pour la vieille féministe que je suis. L'orgasme a tout autant creusé le fossé entre ma génération (femmes #2) et celle de ma mère (femmes #1) que le fait de garder son nom et travailler à l'extérieur.

Mais là, y'en a marre.

À la télé, on apprend à des petites filles de 6 ans de rouler des hanches et mettre des faux cils, dans la cour d'école, des ados de 12 ans compétitionnent entre elles pour donner le meilleur "blow job", Coeur de pirate et autres jeunes chanteuses donnent dans la porno et, partout, les publicités redeviennent une orgie de seins et de fesses. La pression est énorme pour se conformer à un modèle ridicule, super sexy, à la limite du caricaturale, et pourtant, de plus en plus de femmes embarquent. Cherchez l'erreur...

Et si la proportion des nunuches en talons aiguilles était équivalente à l'avancement des femmes? En d'autres mots, s'il y avait une relation entre le fait que les femmes prennent de plus en plus de place sur le marché du travail et le fait qu'il y a une épidémie de bimbos en ce moment?

L'idée est mise de l'avant (par un homme, soit dit en passant) dans un documentaire qui examine le traitement médiatique réservé aux femmes. Intitulé MissRepresentation, le film fait fureur en ce moment et est partout sur Internet.

Devant la perspective que les femmes vont tôt ou tard prendre le contrôle du monde, si on en croit les statistiques, se pourrait-il qu'on nous envoie des messages plus ou moins subliminaux pour nous garder à notre place? Se pourrait-il qu'il y ait, enfoui dans l'inconscient collectif, un désir que les femmes reviennent à un rôle plus essentiel, pour ne pas dire plus... primaire?

Après tout, "yes, baby, yes!"... se prend mieux que "nous aurons les enfants que nous voulons" ou "va te faire foutre, Stephen Harper!"

Depuis que j'ai vu ce film, l'idée d'une guerre entre une armée de femmes toutes nues et une armée de femmes avec attaché case m'obsède. Je ne pourrai plus jamais voir une paire de talons hauts de la même manière...