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Moyen-Orient: la dangereuse stratégie du chaos

28/01/2017 08:27 EST | Actualisé 28/01/2017 08:27 EST

Depuis près d'un siècle et le démantèlement de l'Empire ottoman, le Moyen-Orient est devenu le creuset d'un nombre incalculable de crises et de conflits : guerres civiles, émeutes, terrorisme, révolutions, guerres du Golfe, guerres israélo-arabes, invasions, occupation, vagues de réfugiés, etc. La région a connu son lot d'expériences politiques, de nationalismes et de dictatures. Seule la démocratie n'a guère fleuri. La région est aussi le lieu sans fin d'affrontements ethniques, ou religieux. S'ajoute à ce triste bilan un déséquilibre entre pauvreté et richesses extrêmes, entre une majorité de pays en voie de développement et quelques monarchies pétrolières.

Les raisons d'un pareil résultat sont nombreuses et variées et ont fait l'objet de moult analyses, livres et commentaires. Toutes les tentatives pour essayer de « normaliser « la région ont échoué. La dernière fut l'intervention américaine en Irak pour se débarrasser de Saddam Hussein et « apporter la démocratie », avec les conséquences catastrophiques que l'on connaît. Maintenant on voit une étrange troïka formée de la Russie, de la Turquie et de l'Iran s'essayant de ramener une stabilité à la Syrie. D'autres s'efforcent de détruire le groupe État islamique en Irak et en Syrie. On verra ce que cela donnera.

Mais alors qu'on pensait que le Moyen-Orient avait atteint son quota de crises et qu'on le laisserait en paix, eh bien non! On apprend maintenant que la nouvelle administration américaine envisage de déménager son ambassade à Jérusalem après avoir procédé à des nominations que certains trouvent provocatrices, dont le choix de son nouvel ambassadeur en Israël.

Comme on le sait, le statut de Jérusalem demeure un sujet sensible dans tout le monde musulman, pas seulement au Moyen-Orient. S'il est confirmé, le transfert de la mission diplomatique sera vu comme la reconnaissance par les États-Unis de la légitimité de l'occupation israélienne de Jérusalem Est de même que de la colonisation et des confiscations de terres en Cisjordanie. Il ne faudra donc pas se surprendre si cette annonce soulève une vague d'indignation et des manifestations populaires violentes à travers le monde. Une nouvelle vague d'anti-américanisme est à prévoir. Cela fera monter la menace du terrorisme anti-occidental.

Pour mémoire, on se rappellera de l'imbroglio créé en 1979 lorsque le premier ministre canadien de l'époque, Joe Clark, avait exprimé son intention de déménager notre ambassade à Jérusalem. La réaction avait été tellement négative qu'il avait dû finalement reculer.

Dans ce contexte, l'annonce par le premier ministre Netanyahou de la construction de blocs d'appartements à Jérusalem Est et en Cisjordanie ne calmera pas les esprits, bien au contraire. Lors de sa visite prochaine à Washington il essayera aussi d'obtenir une approche plus musclée des États-Unis face à l'Iran.

Dans le dossier palestinien, le dirigeant israélien est en position de force. Quand on regarde une carte, on constate que le territoire des Palestiniens se réduit comme peau de chagrin, au profit des colonies. Face à un monde arabe en plein désarroi, divisé entre chiites et sunnites, il doit calculer que l'occasion pour son gouvernement est idéale. Il a déjà annoncé qu'il ne respecterait pas la récente résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la colonisation israélienne et il aura le feu vert de Washington dorénavant pour aller de l'avant.

S'ajoutant au transfert de l'ambassade, l'accélération de la colonisation pourrait se terminer en une nouvelle Intifada palestinienne. Les Gazaouis s'y joindront sans doute, augmentant les possibilités d'une nouvelle confrontation.

De manière plus globale, on peut se demander à qui profiteront ces sources additionnelles d'instabilité au Moyen-Orient. Sûrement pas aux Américains qui vont voir le ressentiment à leur égard se transformer en opposition directe, possiblement violente. Israël devra de son côté faire face à la montée des tensions et à des débordements probables.

Les mesures que le président Trump prévoit pour limiter l'arrivée de ressortissants arabes aux États-Unis n'aideront pas l'image de son pays. On risque de voir l'adoption de mesures de rétorsion de la part de pays musulmans. La Russie et la Chine ne perdront pas de temps pour pousser leurs pions afin de remplacer les États-Unis aux plans politiques, économiques et des ventes d'armes, dans ce coin du monde.

Mais pour certains politiciens c'est une autre affaire. Le président Trump et son électorat seront réconfortés dans leur méfiance des musulmans et le chaos justifiera sa rhétorique à l'effet qu'il est celui qui peut, seul, protéger la nation contre le danger extérieur. Le premier ministre Netanyahou pourra se présenter comme l'unique allié fiable des Américains dans la région. Dans la foulée, il réussira sans doute à mettre du plomb dans l'aile au plan visant à ce que deux États, la Palestine et Israël vivent un jour côte à côte, en paix. Processus soutenu par la communauté internationale, dont notre pays.

D'autres leaders chercheront à canaliser la grogne populaire contre Israël et les États-Unis pour faire oublier leurs difficultés intérieures. On peut penser au président égyptien et au régime iranien. Le leadership palestinien, en perte de crédibilité, y trouvera aussi son compte.

Il est cependant dangereux de jouer avec le feu dans cette région. Un dérapage est toujours possible surtout si c'est un individu comme Trump qui joue à l'apprenti-sorcier. Les conséquences pourraient être désastreuses.

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