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Lutte contre l'Alzheimer: de Montréal à Copenhague

15/07/2014 03:25 EDT | Actualisé 13/09/2014 05:12 EDT

La première fois que j'ai eu affaire au Dr Judes Poirier, j'ai bien failli passer sans m'en rendre compte à côté d'un grand homme. Il faut dire qu'au premier coup d'œil, je l'ai à peine distingué, dissimulé qu'il était derrière trois écrans d'ordinateur, au fond de son bureau, perché au troisième étage du pavillon Perry de l'Institut Douglas.

Affable à l'extrême avec tous ceux qui croisent son chemin, d'une simplicité désarmante, le Dr Poirier a démoli avec son sourire juvénile toutes les idées reçues que je trimbalais encore (de moins en moins depuis que suis au Douglas), sur les savants, que j'imaginais en grands oiseaux rêveurs et lointains, contemplant le commun des mortels de leur Tour d'ivoire.

Car Judes Poirier est tout le contraire.

Le regard ensoleillé, il parle de son travail avec passion, mais aussi avec le calme de ceux qui ont bien intégré le fait qu'ils ont marqué l'histoire. Vous pensez que j'exagère? Je travaille aux relations médias, après tout, vous pourriez être sceptique. A vous de juger. Judes Poirier compte en effet parmi la poignée de scientifiques au monde qui ont fait avancer d'un pas de géant la connaissance d'un fléau des temps modernes : la maladie d'Alzheimer. Il y a grosso modo une génération, le chercheur de l'Institut Douglas découvrait une variante génétique formellement associée à la forme la plus commune de la maladie d'Alzheimer. Une découverte qui demeure à ce jour l'une des plus grandes avancées dans le domaine.

La carrière de chercheur du Dr Poirier a commencé aux États-Unis avec des travaux sur le Parkinson, une autre maladie dégénérative terrible, qui le fascinait déjà. Le Dr André Barbeau, un pionnier dans le domaine, a été son mentor. Mais c'est au Douglas et à McGill qu'il a mené l'essentiel de ses travaux et fait sa marque.

Et alors que se tient le grand congrès annuel de l'Association de l'Alzheimer à Copenhague cette semaine, Judes Poirier publie de nouveaux travaux qui font encore bondir en avant la connaissance de la maladie. À l'issue de huit ans d'étude, son équipe a découvert qu'une variante génétique assez commune au sein de la population joue un rôle protecteur important et peut retarder le déclenchement de la maladie. Et statistiquement, si on retarde de cinq ans l'apparition des symptômes, on diminue de moitié en moins d'une génération le nombre de gens atteints. Imaginez! Un monde d'espoir, de possibilités thérapeutiques s'ouvre ainsi, pour une maladie grandement en mal de bonnes nouvelles.

À la veille de partir communier avec les plus grands spécialistes de la planète, Judes Poirier était confiant. Oui, c'est possible. Il verra de son vivant, dit-il, la mise au point d'un remède efficace contre une affliction qui prive de mémoire et de vieillesse près de 6 millions d'individus en Amérique du Nord.

L'Alzheimer en quelques chiffres

  • Des données de l'OMS indiquent qu'il y aurait un nouveau cas d'Alzheimer toutes les sept secondes dans le monde;
  • Environ deux tiers des patients atteints d'Alzheimer sont des femmes;
  • Des prévisions pour l'année 2015 chiffrent à 195 milliards les coûts en santé de la maladie.

(Source : La maladie d'Alzheimer, le guide, Drs J. Poirier et S. Gauthier, Trécarré, 2011)

À propos du Dr Judes Poirier

Le Dr Poirier est directeur de l'Unité de neurobiologie moléculaire de Institut Douglas et directeur adjoint du Centre d'études sur la prévention de la maladie d'Alzheimer. Il est reconnu internationalement pour ses travaux sur le cholestérol et l'apolipoprotéine E dans le cerveau normal, lésé ou malade. Il a également été un pionnier dans le domaine de la pharmacogénomique appliquée aux traitements de la maladie d'Alzheimer.

Dr Poirier est l'auteur de plus de 186 publications de recherches et chapitres d'ouvrages scientifiques. Il a obtenu de nombreux prix prestigieux, notamment le prix de l'International Society for Neurochemistry, le prix International Parke-Davis - ICAD pour ses recherches sur l'apolipoprotéine E4, le cholestérol et la maladie d'Alzheimer, le prix Galien 1997, le prix CCNP Innovation, le prix Genesis, et le prix Hubert Reeves. Il a été désigné personnalité de la semaine par le quotidien La Presse, et personnalité de l'année par le magazine L'Actualité en 1996.

Le Dr Poirier a obtenu son doctorat de l'Université de Montréal, et le premier ministre du Québec lui a conféré le titre de Chevalier de l'Ordre du Québec. Il a également reçu un Doctorat honorifique de l'Université de Montpellier en 2009 pour ses travaux innovants sur la maladie d'Alzheimer.

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