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Pourquoi je fais le grand saut en politique

07/03/2014 03:54 EST | Actualisé 10/05/2014 05:12 EDT

En cette veille de Journée internationale des femmes, la première ministre du Québec et cheffe du Parti québécois, Pauline Marois a présenté trois candidates québécoises laïques originaires du Maghreb: Yasmina Chouakri, Leila Mahiout et moi-même.

Ce qui suit est le texte livré pendant l'événement pour justifier mon grand saut en politique.

candidature abitbol


Je me présente rapidement: je suis née à Casablanca au Maroc et je suis arrivée avec mes parents au Québec en 1964. Nous étions la deuxième famille sépharade à immigrer. Nous sommes arrivés au beau milieu de la Révolution tranquille. Je peux vous avouer que me présenter en politique était la dernière chose à laquelle je pouvais penser après avoir débuté ma carrière autrefois, dans la poésie.

De la poésie à la politique en passant par l'éducation et les communications. Entre les deux, mon parcours tourné vers le Québec et son rapport avec les communautés culturelles et l'international m'a conduite vers les citoyens d'Acadie.

Mon parcours professionnel et personnel, mes implications auprès des communautés culturelles, des messages de paix que j'ai rédigés au fil de rédactions de déclarations internationales sur la bonne gouvernance, sur le Mieux-Vivre ensemble, celles sur le dialogue des cultures, celles de Tanger ou celles de Fès, m'ont menée à la décision de représenter les citoyens dans une circonscription montréalaise où j'ai commencé ma vie d'adulte au coin du boulevard Saint-Laurent et du boulevard Gouin. Il en a été de même pour ma fille qui a aussi débuté sa vie d'adulte près de la rue Fleury, toujours dans la circonscription d'Acadie. Juste retour pour y boucler la boucle.

Pour moi, la politique c'est d'abord de défendre les plus faibles et les plus démunis à l'opposé des libéraux qui considèrent qu'il n'y en a jamais assez pour ceux qui en ont déjà trop. J'ai une autre conception de la démocratie.

Et je me présente pour le Parti québécois dans la circonscription d'Acadie pour deux raisons principales qui me tiennent à cœur, l'une qui relève d'une action nécessaire et l'autre d'un principe démocratique républicain.

La première raison: l'intégration des immigrants

Il y a dans la circonscription d'Acadie, des milliers d'immigrants et d'allophones qui s'intègrent comme ils peuvent, plus d'une personne sur deux, avec les moyens à leur portée. J'espère que cette campagne et leur rencontre, au cours des prochaines semaines, me permettra d'identifier et de développer des outils les aidant à trouver leur voie professionnelle et à s'intégrer noblement.

Je suis convaincue que l'intégration des immigrants passe par la curiosité, la responsabilité, la générosité et la découverte de l'humanisme en soi avec l'envie de partager son humanité.

Et parce que je fais mienne cette phrase de la sociologue féministe Françoise Gaspard: «Catégoriser les humains, c'est oublier leur commune humanité...»

Peut-être suis-je encore naïve? Et j'espère le rester jusqu'à mon dernier souffle. Le mot ouverture n'est pas pour moi un mot vain bien qu'il ait été si mal employé. Rester attentif, s'ouvrir à l'autre, saisir, comprendre et agir.

Je présume encore que, si nous pouvons changer la vie d'un individu alors c'est l'humanité entière que nous avons changé. Qui a dit à peu près ceci?

Et la deuxième raison... La laïcité

C'est la polémique entourant la Charte de la laïcité qui m'a fait faire le grand saut! Pendant qu'ailleurs dans le monde, les populations se battent dans la violence pour instaurer un État laïc, nous ne pouvons nous permettre ici chez nous de reculer.

Je crois en la cause des immigrants, au rapprochement entre les cultures. Mon penchant naturel, porteuse d'identités multiples, me force à croire tout le contraire de nos adversaires politiques qui galvaudent le message que la laïcité divise les immigrants. Je n'y crois pas du tout. Je crois que c'est la religiosité, qui est identifiée et associée aux immigrants, qui divise.

Ce sont les libéraux qui réduisent nos concitoyens à leur dimension religieuse et qui créent la division, comme si on ne pouvait pas être immigrant, mais d'abord citoyen, sans étiquette religieuse. La foi étant une affaire intime.

Et il n'y a pas que les immigrants, il y a les jeunes Québécois de deuxième, de troisième génération et ceux dits de souche, pure laine, dont l'éducation me tient à cœur. Car c'est par l'éducation que la liberté de conscience et de pensée chez les individus, se modèle. Sans accès à l'éducation, nous les privons de cette capacité à penser par eux-mêmes.

Cet automne, j'ai sollicité la signature d'une déclaration d'une quarantaine de femmes québécoises laïques originaires du Maghreb et du Moyen-Orient, juives, musulmanes, laïques, athées, bouddhistes, etc. Ce geste n'était pas anodin. Il s'inscrivait dans une démarche qui m'est chère. Celle de démontrer à quel point seuls les fondamentalismes religieux créent une rupture et séparent les individus en plusieurs catégories et ce, depuis 2014 ans et plus selon certains calendriers. C'est pourquoi, nous avons ensemble pris position pour la laïcité.

On me dit être un modèle et un exemple d'intégration. Ce n'est pas à moi d'en juger.

Enfin, me porter candidate pour le Parti québécois aux élections de 2014, est une conciliation entre mes choix de vie personnels et ma vie professionnelle, entre toutes les batailles que j'ai menées au fil des ans, ici et ailleurs, avec pour toile de fond la reconnaissance du pays Québec.

Je me présente pour que mes descendants, ma petite-fille et mon petit-fils qui portent en eux un ADN québécois de souche mais aussi, un ADN marocain, espagnol, berbère, palestinien, allemand, écossais, irlandais et autochtone, croyez-le ou non, vivent aussi bien et heureux que je l'ai été dans ce Québec qui me rassure tant.

Je me présente en politique pour me mettre au service des citoyens d'Acadie et du Québec, pour m'investir afin que Nous tous et, «mon fils et ma fille qui se disent de souche», et mes petits-enfants, vivent une vie riche et libre avec en poche, un jour bientôt, une citoyenneté québécoise.

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