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Lettre à Sa Majesté, Mohamed VI, roi du Maroc, sur l'affaire Raif Badawi

05/02/2015 08:28 EST | Actualisé 15/11/2016 11:01 EST

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Cette lettre a été envoyée le 9 janvier 2015 à Sa Majesté le roi du Maroc, Mohamed VI, pour lui demander expressément d'intervenir dans le dossier de Raïf Badawi et de Waleed Abu al Khair dont les cas ressemblent, à deux époques différentes, à celui de mes amis : le prisonnier marocain, militant pour la démocratie, Feu Abraham Serfaty, et de l'infatigable Me Abderrahim Berrada, son avocat, militant pour les droits de l'homme.

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Abraham Serfaty, surnommé le Mandela marocain, avait reçu la clémence de l'actuel roi du Maroc, lors de son accession au pouvoir en 1999.

Alors que le nouveau roi de l'Arabie Saoudite, Salman bin Abdulaziz al Saud, accède au pouvoir, un geste similaire à celui de son homologue le roi du Maroc serait accueilli par la communauté internationale.

Je me réserve le droit de publier intégralement cette lettre, envoyée via la valise diplomatique du Consulat du Maroc. Lettre qui n'a, malheureusement, pas obtenu de réponse du Palais du roi, ni même un accusé de réception.

***

Votre majesté, Lalla Salma,

C'est en tant que citoyenne marocaine, vivant depuis 50 ans au Québec, que je vous écris aujourd'hui pour vous prier d'entreprendre des démarches auprès de votre homologue, le roi d'Arabie saoudite sa Majesté, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, et demander la clémence pour la libération de Raif Badawi dont la famille Ensaf Haidar et les enfants vivent au Québec.

Le Maroc est un des pays arabes où la liberté de presse et la liberté d'expression sont tolérées. Pour preuve, les milliers de personnes dans les rues de Rabat ce soir scandant : ‪#‎JesuisCharlie‬‬‬

Il y a plusieurs années, j'ai eu le grand honneur d'être, sur votre invitation, parmi les invités internationaux pendant la fête du trône, dans mon pays natal, auquel je suis restée très attachée.

J'ai également eu l'honneur de rencontrer Lalla Salma, une grande dame qui nous représente avec tant de dignité.

J'ai renouvelé pour l'occasion avec fierté ma nationalité marocaine qui s'ajoute à celle que je détiens ici.

J'ai également reçu plusieurs reconnaissances pour mon implication dans le dialogue des cultures : organisé les délégations québécoises au Maroc, à Fès, collaboré à la mise sur pied de l'Institut Amadeus de Rabat, initié le projet de l'hôpital Sainte-Justine de Montréal pour opérer les enfants marocains cardiaques, etc.

Une partie de mes implications dans mon pays natal se retrouvent ici résumées. Trophée Femmes arabes

L'institut séfarade du Canada m'a également décerné un hommage pour mon implication dans le dialogue des cultures.

C'est au nom, entre autres, de ces reconnaissances que je vous écris aujourd'hui. Nous ne pouvons baisser les bras lorsque l'un des nôtres est injustement accusé par un pays ami.

Sinon. Ces reconnaissances et hommages ne valent rien.

Je suis journaliste - blogueuse tout comme Raif Badawi.

Je ne listerai pas les milliers d'articles de demande de clémence qui fusent de par le monde.

Demandes qui parviennent également des gouvernements des pays occidentaux, du gouvernement américain, canadien... des Nations-Unies.

Le cas de Raif Badawi a été porté en appel. Son avocat et beau-frère, Waleed Abu al Khair est aussi en prison.

Pourtant hier, vendredi, sur le parvis de la mosquée Al-Jafali à Djeddah, Raif Badawi a reçu les premiers 50 des 1000 coups de fouet qui constituent une partie de sa sentence.

L'offense de Raif Badawi? Il a tenu un site libre qui prônait l'ouverture envers les questions religieuses. Il mettait sur un même pied d'égalité les musulmans, les juifs, les chrétiens et les athées.

Vous êtes l'initiateur et l'ardent défenseur de la Fondation des trois cultures , chrétienne, juive et musulmane, dont le siège se trouve en Espagne. J'ai eu le grand honneur d'y avoir représenté à Séville, le Maroc et le Québec, sur votre invitation et celle de notre digne représentant de la communauté juive, l'Honorable André Azoulay.

Je ne pouvais pas, aujourd'hui, rester impassible devant une telle injustice. J'ose espérer que vous non plus.

Nous serions tellement fiers de vous voir réussir là où tout le monde échoue en ce moment.

Je serai fière que vous sauviez la vie de Raif Badawi. Et demandiez sa libération.

Je place beaucoup d'espoir dans la démarche que j'entreprends aujourd'hui.

Sauver une vie, c'est sauver le monde entier, dit le Talmud.

Je prie Votre Majesté d'agréer les assurances de ma très haute considération.

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Qui est Raif Badawi?

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