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#moiaussi et j'en ai honte

Le harcèlement nous nuit considérablement dans tous les aspects de notre vie.

19/10/2017 14:26 EDT | Actualisé 20/10/2017 09:42 EDT
L-house via Getty Images
Tant et aussi longtemps que ces comportements seront perpétués, les femmes ne prendront pas la place qui leur revient dans la société; elles continueront de se priver de ce droit, s’en sentant indignes.

Je ne comprenais pas pourquoi cela m'avait autant atteinte, pourquoi je me sentais aussi mal et pourquoi j'en avais des nausées... J'ai toujours aimé penser que je suis une femme forte, une femme difficile à ébranler. Pourtant un jour, dans le trafic pour prendre le pont Jacques-Cartier, une situation m'a prouvé le contraire. En voiture, je me fais faire un "coup de cochon" par un homme en camion. Comme je suis qui je suis et que j'ai rarement peur de m'exprimer, je lui manifeste mon mécontentement par un petit coup de klaxon.

En réponse à ma plainte, le jeune homme se retrouve rapidement à ma hauteur et descend sa fenêtre pour m'adresser quelques commentaires inattendus et dégradants sur mon corps. À ce moment-là, si j'avais été cohérente envers moi-même, j'aurais dû rugir, j'aurais dû exploser de rage, m'emporter avec véhémence face à ce comportement. Au lieu de quoi, en contradiction à tout ce que je suis, je me suis repliée sur moi-même. Rouge jusqu'à la racine des cheveux, j'ai fermé la fenêtre de ma voiture et j'ai regardé en avant, honteuse jusque dans les bas-fonds de mon ventre (de quoi ? À ce jour je ne le sais toujours pas).

Je n'avais plus seulement honte, j'avais les tripes nouées et le cœur qui battait la chamade sans même être en mesure d'expliquer pourquoi...

Il semblerait que cette première victoire n'était pas suffisante pour notre cher conducteur; il ne lui suffisait pas de me rappeler qu'en tant que femme, je n'ai pas la crédibilité nécessaire pour juger de son incompétence à conduire, puisque je ne suis qu'un corps sexué, objet de son désir. Non ! Il a fallu qu'il aille encore plus loin en me poursuivant sur toute la distance du pont pour réitérer, par des gestes grossiers à quel point j'étais désirable à ses yeux; il a fallu qu'il aille jusqu'à me faire peur. Je n'avais plus seulement honte, j'avais les tripes nouées et le cœur qui battait la chamade sans même être en mesure d'expliquer pourquoi...

Nos chemins ont fini par se séparer, mais encore aujourd'hui, je suis profondément troublée par cette rencontre et le sentiment amer d'imposture qu'elle a laissés en moi. Ce jeune homme, ce matin-là, s'est réellement rendu jusqu'au bout pour me rappeler ma condition de femme, moi qui l'avait si bêtement oubliée, moi qui me croyais si forte. Je ne me suis jamais sentie aussi vulnérable et impuissante qu'à cet instant précis. Nous, femmes, avons beau penser que nous sommes fortes, intelligentes et que notre statut/place est acquis(e), il y aura toujours des individus dans la société qui s'empresseront de nous rappeler que pour plusieurs, la femme est encore un objet et que, pour cause, nous ne sommes pas en sécurité. Je constate depuis quelque temps que les moments où j'ai eu le plus peur dans ma vie, réellement peur, étaient tous liés à une situation où la sexualité était en cause...

Ces événements, aussi banals puissent-ils sembler pour certains, engendrent chez nous, qui en sommes victimes, des réactions qui ont un impact majeur sur la façon dont nous nous percevons en tant qu'individu et donc sur nos relations interpersonnelles présentes et futures. Le harcèlement nous nuit considérablement dans tous les aspects de notre vie. Tant et aussi longtemps que ces comportements seront perpétués, les femmes ne prendront pas la place qui leur revient dans la société; elles continueront de se priver de ce droit, s'en sentant indignes. Alors oui, pour cela, il vaut la peine de dire #moiaussi #metoo.

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