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La constitution canadienne, une « patente de séparatistes » ?

Les fédéralistes, s'ils étaient réellement attachés au Canada, chériraient cette Consitution plus que tout au monde, puisque c'est elle qui régit leur appartenance au « plus meilleur pays du monde » !

02/07/2017 08:00 EDT | Actualisé 02/07/2017 08:29 EDT
Getty Images/iStockphoto
Cette grande indifférence, elle découle directement du fait que de moins en moins de Québécois sont politisés, ils ne prennent pas part aux débats de société et donc sont indifférents face à ces enjeux.

Cette semaine avait lieu la Fête nationale des Québécois, la Saint-Jean-Baptiste. Comme tous les ans, beaucoup de fédéralistes se sont abstenus de la fêter, prétendant que de célébrer le Québec et ses habitants est une « affaire de séparatistes ». Tout comme le Parti libéral de Philippe Couillard qui nous dit sans relâche depuis 2014 que la question nationale ne fait pas partie des « vraies affaires », ils évitent généralement le sujet par l'indifférence et non par l'argumentation.

Par contre, cette indifférence obscène face à beaucoup de sujets fondamentaux devient purement ridicule lorsqu'on arrive à la question constitutionnelle, très répugnée par les fédéralistes d'aujourd'hui. Il y a quelque temps, à La Joute, Luc Lavoie a parfaitement illustré la pensée absurde des fédéralistes immobilistes avec cette perle d'incohérence qu'il a lancée à Bernard Drainville en parlant de la Constitution canadienne : « C'est des patentes de séparatistes ! »

Prenons le temps de réfléchir à cette affirmation quelques instants. Le document fondamental du Canada auquel ceux qui votent NON doivent être fort attachés, puisqu'ils votent afin de demeurer sous sa juridiction...serait une « patente de séparatistes », ceux qui tentent justement de se défaire de l'emprise de cette Constitution que le Québec s'est fait imposer ? Mais c'est ridicule ! Les fédéralistes, s'ils étaient réellement attachés au Canada, chériraient cette Consitution plus que tout au monde, puisque c'est elle qui régit leur appartenance au « plus meilleur pays du monde » !

C'est après des affirmations de la sorte que le masque tombe : un grand nombre de fédéralistes québécois ne sont pas dans le camp du NON par grand attachement sentimental comme voudrait nous le faire croire Philippe Couillard, mais par pure indifférence face au changement en général et au projet souverainiste. Se basent-ils sur un argumentaire poussé et réfléchi afin d'illustrer ce qui rend le fédéralisme légitime pour eux ? Non. Un ami me disait, il y a quelque temps, que « La plus grande force d'un système, c'est d'exister. » Eh bien, c'est tout simplement cela qui rend le fédéralisme viable pour bien des fédéralistes : il existe. Pour eux, si ça existe, ça n'a aucune raison de changer.

Cette grande indifférence, elle découle directement du fait que de moins en moins de Québécois sont politisés, ils ne prennent pas part aux débats de société et donc sont indifférents face à ces enjeux.

Cette grande indifférence, elle découle directement du fait que de moins en moins de Québécois sont politisés, ils ne prennent pas part aux débats de société et donc sont indifférents face à ces enjeux. Pour en arriver à penser que la Constitution canadienne est une affaire de souverainistes, il faut faire tout un amalgame pour le moins douteux : ceux qui s'intéressent aux enjeux politiques et constitutionnels canadiens sont tous souverainistes. Donc ceux qui prennent vraiment le temps de réfléchir aux enjeux politiques québécois et canadiens deviennent indépendantistes ?

Avec cela en tête, le chemin vers l'indépendance est clair : il faut redonner aux gens le goût de la politique et les intéresser aux débats de société pour qu'ils puissent réellement réfléchir sur les questions polarisantes et avoir une opinion plus solide et justifiée que celle qu'ils ont actuellement. Ce ne sera pas facile, car après tous ces scandales qui ne cessent de faire irruption dans l'actualité, de plus en plus de gens veulent se distancer de la politique. Au-delà de la pédagogie de l'indépendance, il faudra user de pédagogie politique de base afin de raviver la flamme du débat public qui s'éteint tranquillement en sol québécois.

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