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Cigarette électronique: jouer le jeu du lobby de l'industrie du tabac­

22/01/2015 11:41 EST | Actualisé 24/03/2015 05:12 EDT

C'est quand même honteux quand on y pense, cette méfiance persistante à l'égard de la cigarette électronique (e-cigarette, vapoteuse) au sein de plusieurs instances gouvernementales, médias et intervenants.

Alors que la cigarette électronique est un formidable bienfait pour la santé publique, capable de sauver des millions de vies et qui devrait être accueillie comme tel (à quand un remboursement par l'État?) voici qu'on est frileux, qu'on hésite, qu'on s'enferme dans un excès de prudence et de crainte. Tenez, la STM vient de bannir la cigarette électronique, des commissions scolaires l'interdisent depuis peu et, plus récemment, la cigarette électronique vient d'être interdite dans les lieux publics de l'arrondissement de Montréal-Nord.

Et c'est naturel dans un sens puisque le lobby de l'industrie du tabac a merveilleusement orchestré sa campagne de peur: «La cigarette électronique a des effets secondaires nocifs», « Elle encourage les jeunes à fumer», etc. C'est que les puissantes compagnies de tabac sont ébranlées à l'idée que le commerce de cigarettes électronique mine leur rentabilité et ne gruge leurs parts d'un marché très lucratif. La réplique devait donc être cinglante et sans appel, et elle le fut.

Le lobby de l'industrie pharmaceutique est également de la partie. Cette dernière qui bénéficie notamment de la vente des timbres et gommes à la nicotine, mais également des médicaments découlant des maladies produites par le tabagisme. Elle a elle aussi tout à gagner à voir couler l'industrie de la cigarette électronique. Rajoutons que le gouvernement, est lui aussi concerné, puisqu'il devra bientôt compenser les taxes perdues sur la vente de tabac.

Par ailleurs, il est désolant de constater que certains médias participent à ce beau cirque. À coup de titres pompeux, approximatifs et mensongers, tels que : «Les cigarettes électroniques parfois plus cancérigènes que le tabac», « Cigarette électronique et oxygénothérapie : risque d'incendie et d'explosion », « Fumée secondaire des cigarettes électroniques: aussi dangereuse », la petite propagande s'opère. Et qu'en plus, vous avez la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, affirmant qu' : « Il faut rendre l'accès de ces produits moins facile et empêcher toute forme d'incitation », de même que le Directeur général du Conseil québécois sur le tabac et la santé, Mario Bujold, avançant que « la cigarette électronique présente un risque réel de faire augmenter la consommation de tabac au Québec », les astres sont clairement alignés en faveur de l'industrie du tabac.

Le but de ces manœuvres est clair. Il s'agit d'établir de nouvelles lois restreignant la publicité, l'affichage en magasin et les règles sur la vente de la cigarette électronique. Plus précisément, on souhaite que la Loi sur le tabac soit modifiée afin de soumettre les cigarettes électroniques aux mêmes règles que les cigarettes traditionnelles. Le poison et le remède dans le même sac pour ainsi dire! On souhaite de la sorte mettre cette intéressante alternative hors touche et ainsi poursuivre ses lucratives affaires. Et tout ceci, bien évidemment, dans une visée de santé publique...

Soyons clairs, la fumée de la cigarette électronique est presque inoffensive et reste dans l'air quelques dizaines de secondes seulement (contre environ 15 minutes pour la fumée de cigarette). Elle participait à l'approche de réduction des méfaits et serait des centaines de fois moins nocives que la cigarette conventionnelle (qui elle, contient 4000 substances chimiques et produits toxiques, y compris environ 50 agents carcinogènes connus). De plus, répétons une évidence, la nicotine pouvant être contenue dans la cigarette électronique n'est pas cancérigène, du moins, pas plus qu'un timbre à la nicotine ne l'est. Concernant la crainte qu'il s'agisse d'une «porte d'entrée» vers le tabagisme pour les jeunes, c'est certes un enjeu important, mais plusieurs études européennes pointent du doigt un pourcentage négligeable de cette réalité et sont plutôt encourageantes -restons aux aguets cependant. Ici, au Québec, les quelques études (ici et ) ne convainquent pas vraiment sur la nature «dangereuse» pour les jeunes, permettant au mieux d'observer des associations, mais pas d'établir des liens de causalité (entre e-cigarette et tabagisme).

Pour finir, à constater la hargne et la force de frappe des différents lobbys à l'endroit de la cigarette électronique - les enjeux économiques sont colossaux, faut-il le rappeler -, cela ne démontre que tout l'intérêt de cette alternative thérapeutique dans une optique de réduction de consommation de tabac et de meilleure santé publique.

Reste à voir si nos élus se plieront ou non devant le lobbyisme des compagnies de tabac et de leurs alliés.

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