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Éducation: le secret de la richesse allemande

20/09/2015 09:09 EDT | Actualisé 20/09/2016 05:12 EDT

Aujourd'hui, on découvre l'Allemagne pour sa réaction atypique d'accueil des migrants. Mais d'où vient la richesse de l'Allemagne, que l'on qualifie d'«États-Unis d'Europe»? L'un des secrets bien gardé de sa politique industrielle réside dans la synergie entre ses quelque 350 universités, dont près de 200 en sciences appliquées, et les entreprises. Nombreux sont les étudiants allemands ou étrangers qui passent la quasi-entièreté de leurs études dans une entreprise, et ne vont à l'université que quelques fois l'an pour rencontrer leurs professeurs. Le résultat de cette collaboration entreprise-école est un mélange détonnant d'esprit d'innovation et de pragmatisme.

L'auteur de ces lignes est lui-même finissant en génie mécanique à l'École Polytechnique de Montréal, et cet été j'ai pu constater la chaleur de l'accueil des Allemands, leur dynamisme inouï en matière industrielle - le succès du secteur automobile est l'aboutissement d'une stratégie soigneusement planifiée à toutes les étapes du développement - et l'attractivité que ce pays et ses firmes exercent sur les jeunes ingénieurs et mathématiciens du monde entier, dont la majorité, après leur stage, veut y rester pour y travailler et fonder une famille.

La compagnie allemande qui organisait le concours s'appelle Festo. C'est un leader mondial dans le domaine de l'automatisation - dont les robots - et une grande entreprise détenue par la même famille depuis trois générations. Son siège social est situé à Esslingen, dans le sud-ouest de l'Allemagne, près de Stuttgart, entre la Bavière et la France. Le jury québécois du concours était constitué de professeurs d'écoles d'ingénierie, de membres de l'exécutif du Regroupement des équipementiers en automatisation industrielle (RÉAI) et d'un représentant de Festo Canada. Le but du concours est de développer le sens de l'innovation des futurs ingénieurs québécois pour les rendre compétitifs sur la scène internationale.

Il est à noter que le laboratoire d'Esslingen est unique au monde: en effet, les chercheurs de Festo conçoivent des systèmes qui imitent la nature - un papillon artificiel, un goéland, un kangourou - afin de faire bénéficier la robotique de ce que la nature a fait de mieux au terme du processus d'évolution du vivant (voir article de Libération sur les dernières réalisations de Festo).

La découverte de Festo

Dans les premiers jours de juillet, j'arrivais en pleine canicule dans le petit village de Nellingen, en bordure de Stuttgart et situé à moins de 10 minutes à vélo de la maison mère de Festo. Je partageais un appartement lumineux «tout-IKEA» avec trois Allemands et un Indien et, dès le lendemain, je me rendais à bicyclette sur le campus de Festo, où je rencontrais des experts dans des domaines variés tels que les ingénieurs mécaniques et électriques, physiciens, biologistes, chimistes et mathématiciens, ainsi que plusieurs dizaines d'étudiants du monde entier.

J'ai eu la chance d'être placé dans le département des concepts futurs en automatisation de procédé - un département que je qualifierai de rêvé. Là, j'ai pu me pencher sur un problème et choisir mes outils et approches.

Il s'agissait d'une recherche d'obsolescence, soit l'évaluation de la perte de valeur d'un objet technique suite à son usage. Festo voulait connaître très exactement la courbe de défaillance d'une valve dans un système générique de circulation en liquides ou en gaz. J'étais libre d'explorer les hypothèses et les approches que je voulais pour détecter la défaillance d'une valve avant que celle-ci ne survienne. En fait, Festo était curieuse d'apprendre comment les étudiants évaluaient les différents problèmes qu'il leur soumettait et ils encourageaient les approches non conventionnelles. Je fus chargé d'étudier la valve en utilisant le son parce que la vitesse de propagation du son dépend de la nature, de la température et de la pression du milieu. La manière dont j'étudiais le comportement du son était laissé à mon entière discrétion (analyse temporelle du son, analyse du contenu spectral, analyse de l'enveloppe, etc.)

Liberté et planification

Une des choses qui m'a frappée dans le département est la grande autonomie qui est laissée aux chercheurs. Tout le monde avait des appareils sur leurs bureaux, des oscilloscopes, des cartes d'acquisition de données, des sources de tensions réglables et autres. Parallèlement, l'organisation de l'espace était extrêmement précise. Chaque section du département était signalée au moyen d'une bannière qui présente brièvement les composantes créées par cette section. On peut aussi y retrouver des composantes physiques ou des bancs de démonstrations de composantes. Un peu partout, il y a des aires de discussion avec des tables hautes autour desquelles les chercheurs aiment prendre un café et discuter de leur travail. Dans cet environnement très ouvert, les échanges sont fréquents et il était normal pour les chercheurs, au sortir d'une réunion sur la planification 2020+ du département, de continuer à discuter entre eux sur les défis à relever.

Chaque étudiant en stage pouvait compter sur un mentor attentionné pour évaluer son travail, mais aussi pour l'introduire à de nombreuses présentations sur d'autres recherches en cours, incluant des projets de maitrise et doctorat. Ces activités quotidiennes me permettaient d'approfondir mes connaissances scientifiques - et aussi mon allemand!

C'est là que j'ai découvert des concepts scientifiques dont j'ignorais même l'existence comme ceux des muscles fluidiques et des approches innovantes.

Un mois représente un cycle court dans l'histoire d'un projet de développement. J'ai dû me résoudre à laisser à d'autres le soin de mener à bien mon expérience sur le son. Nul ne doute que, dans l'effervescence du bouillon de culture d'Esslingen, le projet aboutira.

Pour ma part, je suis revenu avec une vision nouvelle de l'industrie et de l'université, des renseignements sur la façon d'aborder les problèmes techniques et des contacts en Allemagne qui pourront me servir la prochaine fois que je me retrouverai devant un problème complexe.

Inversement, il me semble que le Québec devrait mettre l'accent sur l'accueil des étudiants étrangers qui, en s'immergeant dans notre culture scientifique et technique, nous enrichiront de leurs connaissances. Il me semble que les associations professionnelles ainsi que le gouvernement devraient en faire l'une de leur priorité de développement.

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