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Nourrir une saine vision de la sexualité chez nos jeunes

Si nous voulons que nos enfants développent une saine perception de la sexualité, elle doit être communiquée directement par les parents.

15/11/2017 09:00 EST | Actualisé 15/11/2017 10:07 EST
Jfanchin

En France, on se demande si l'âge minimum du consentement sexuel devrait être 13 ans. Au Québec, on veut à tout prix que l'État impose un cours d'éducation sexuelle aux jeunes d'âge scolaire. Il serait, à mon avis, plus pertinent d'équiper les parents à inculquer une saine vision de la sexualité à leurs enfants.

Depuis l'affaire Weinstein, les dénonciations d'agressions sexuelles et de comportements sexuels déplacés se multiplient. On apprend que plusieurs personnalités des milieux artistique, politique et médiatique sont accusées directement ou indirectement d'avoir manifesté des comportements inacceptables.

Éviter les pièges des prédateurs

Pour que nos jeunes apprennent à éviter les pièges d'un agresseur sexuel, ils doivent être nourris d'une saine vision de la sexualité. Il serait à propos également de leur apprendre à exprimer avec hardiesse leur malaise auprès des adultes qui voudraient profiter de leur naïveté. Ce qui est complexe, c'est que le portrait type du prédateur sexuel n'existe pas. Quoique la prévention ne soit pas simple, elle n'est pas impossible.

Ce qui est clair, c'est que les comportements des agresseurs trahissent leur perception ou leur vision tordue de la sexualité. S'ils s'imposent sans le consentement volontaire de leur cible, c'est que leur seule préoccupation est d'assouvir un besoin, dans l'irrespect total de l'autre, qui devient son objet d'assouvissement.

Des perceptions

C'est pourquoi Gary et Anne Marie Ezzo croient que la sexualité est perçue de cinq façons différentes. Certains la voient comme une commodité, d'autres comme un stimulus, ou une passion ultime, et pour d'autres encore, il s'agit d'une faiblesse morale alors qu'elle devrait être, selon ces auteurs, l'apogée d'une relation fondée sur l'engagement, l'amour et le respect mutuel.

Je suis d'avis que l'État ne forme pas des éducateurs sexuels pour intervenir dans nos écoles, mais plutôt pour préparer les parents à aborder un sujet aussi délicat que la sexualité.

Si l'école inculque à nos enfants que la sexualité est une commodité, un stimulus, une passion ultime ou une faiblesse, il est clair que nous sommes en train de former une génération de futurs adultes qui auront une perception tordue de la sexualité. C'est pourquoi je suis d'avis que l'État ne forme pas des éducateurs sexuels pour intervenir dans nos écoles, mais plutôt pour préparer les parents à aborder un sujet aussi délicat que la sexualité.

Le rôle des parents

Si nous voulons que nos enfants développent une saine perception de la sexualité, elle doit être communiquée directement par les parents. Certains s'opposeront sous prétexte que les jeunes ne seraient pas à l'aise de parler de sexualité avec leurs parents. Or, ceci n'est qu'un mythe. En 2015, le gouvernement a publié un guide qui affirmait le contraire. À la page cinq de ce document, on lit : « Les adolescents sont donc favorables à l'implication de leurs parents dans ce domaine. »

Pour diverses raisons, un bon nombre de parents ne sont pas bien équipés pour parler de sexualité avec leurs enfants. Ce n'est pas une raison pour que l'État usurpe le rôle des parents dans ce domaine. Le rôle de l'État devrait plutôt être d'aiguiller les parents à trouver les bonnes pistes pour enseigner la sexualité à leurs enfants, avec amour et douceur. Il aiderait ainsi les parents à aborder ce sujet. Ceux-ci seraient alors en mesure de surmonter les obstacles qui les distancent de leurs enfants. À cet effet, l'État devrait engager des spécialistes dans le domaine de la sexualité qui apprendraient aux parents comment développer un lien de confiance, comment réagir à un blocage de la part de leur enfant, comment identifier des malaises et surtout comment le préparer sans éveiller un appétit prématuré pour la sexualité.

Puisque l'acteur principal en matière d'éducation à la sexualité devrait être le parent, l'État a intérêt à l'équiper. À défaut de quoi, l'enfant sera nourri d'une perception différente de celle de ses parents. Si, au contraire, l'éducation sexuelle provient des parents eux-mêmes, et ce, dès le plus jeune âge de l'enfant, sa perception de la sexualité risque d'être empreinte de respect, d'amour et de tendresse.

Repositionner l'éducation sexuelle

Au lieu de débattre à quel âge un enfant devrait avoir des relations consentantes légalement autorisées, il serait plus efficace de former les parents et de leur apprendre comment aborder un sujet tel que la sexualité. Sinon, les jeunes risquent de se tourner vers des sources alternatives qui leur enseigneront que la sexualité se limite à être une commodité, un stimulus, une passion ultime ou une faiblesse morale. Or, la sexualité est beaucoup plus qu'une commodité ou un besoin à assouvir coûte que coûte, elle est un cadeau que l'on partage avec son alter ego parce que l'engagement, la confiance, le respect et l'amour nous amènent à nous livrer volontairement l'un à l'autre. En préparant l'enfant, à son rythme, selon sa curiosité face à la sexualité, on l'équipe pour qu'il sache distinguer à l'âge adulte une sexualité saine et enrichissante d'une sexualité malsaine. Si l'État pouvait comprendre ce principe au lieu de céder à la pression populaire, peut-être développerions-nous un plus grand respect de l'intimité de l'autre.

Me direz-vous que je suis un rêveur? Peut-être, mais, quoi qu'il en soit, je ne suis pas le seul...