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Neutralité de l’État: niveler vers le haut et non vers le bas

Le droit de religion n'est pas un privilège, c'est un droit fondamental et doit demeurer ainsi, sinon, on nivelle vers le bas.

28/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 28/09/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Pour valoriser son identité, l'État québécois aurait intérêt à renforcer ce qui a marqué son patrimoine : ses symboles, ses célébrations et sa culture.

Par le projet de loi 62, le gouvernement opte pour la protection des libertés des Québécois, par le fait même, il choisit de niveler vers le haut et non vers le bas.

Règle générale, je suis du même avis que Denise Bombardier. Mais, cette fois-ci, je dois me distancer de son opinion. Pour elle, la ministre de la Justice du Québec, Stéphanie Vallée, ne semble pas avoir fait le bon choix. L'auteure du Dictionnaire amoureux du Québec s'offusque de ce que le projet de loi 62 vise à protéger les citoyens qui se voient refuser l'accès à un député pour des raisons religieuses.

Ce qui permet à une démocratie de porter ce nom, c'est le pouvoir qu'on accorde aux membres de la société civile qui la compose. Si on refuse l'accès à un de ses représentants pour des raisons de divergences religieuses, on ne vit plus dans une démocratie, on vit dans un régime qui s'apparente à une autocratie collégiale. Un régime autocratique est caractéristique d'un État où le leader est roi et maître. Évidemment, le Québec est loin d'être caractérisé par ce type de régime. Cependant, les laïcistes voudraient que le Québec soit régi par un État qui protégerait une idéologie dominante, celle du laïcisme. Or, le laïcisme est une forme d'autocratie collégiale.

L'autocratie collégiale est caractéristique d'un État où le pouvoir autocratique est répandu sur les élus en fonction d'une idéologie unique et commune.

L'autocratie collégiale est caractéristique d'un État où le pouvoir autocratique est répandu sur les élus en fonction d'une idéologie unique et commune. En d'autres mots, chez les laïcistes, adeptes de l'autocratie collégiale, il n'y a qu'une religion de bonne et de valable qui doit dominer l'espace public, sinon celle de l'athéisme. Toute autre religion doit s'exercer dans les murs d'un domicile et surtout en dehors de la présence des enfants.

Par contre, dans un État véritablement démocratique, toute personne, de toute origine ethnique et de toute religion doit avoir le droit de rencontrer le représentant officiel de son comté. Si ce dernier lui refuse un entretien sous prétexte que son interlocuteur ne pratique pas la bonne religion, nous nageons dans un régime autocratique collégial.

En exigeant que les élus reçoivent les représentants des communautés de foi, l'État ferait preuve de neutralité, ce qui est le propre d'une démocratie en santé. À défaut, un État imprégné d'autocratie collégiale imposerait un bâillon aux fidèles de foi théiste. Il les obligerait à se conformer à la philosophie de l'État et en même temps, à se dissocier de ce qu'ils sont réellement. Lorsque l'État est neutre, il ne favorise ni ne défavorise un groupe, spécialement lorsque sa machine a accepté que ce groupe ait pignon sur rue.

Le droit de religion n'est pas un privilège, c'est un droit fondamental et doit demeurer ainsi, sinon, on nivelle vers le bas.

Le droit de pratiquer la religion de notre choix est fondamental parce qu'il est intimement lié à nos croyances et à notre conscience. Empêcher un concitoyen de rencontrer son député est une forme de répression, ce qui est contraire à l'esprit de la démocratie. Le droit de religion n'est pas un privilège, c'est un droit fondamental et doit demeurer ainsi, sinon, on nivelle vers le bas.

Crainte des laïcistes

Les laïcistes craignent le projet de loi 62 parce qu'il place les croyants de foi théiste sur le même pied d'égalité que les croyants de foi athéiste. Dans une société égalitaire, tous les croyants doivent avoir droit au même traitement. C'est pourquoi en traitant tout un chacun sur le même pied d'égalité, la ministre Vallée démontre qu'il y a une justice pour tous, ce que craignent les laïcistes purs et durs.

L'autre élément qui place les laïcistes dans l'embarras, c'est la question de l'identité. Ils croient qu'en restreignant les libertés, l'État réussira à protéger notre identité. Or, ce n'est pas en restreignant ses libertés qu'une nation met en valeur son identité. Pour valoriser son identité, l'État québécois aurait intérêt à renforcer ce qui a marqué son patrimoine : ses symboles, ses célébrations et sa culture. C'est en mettant en valeur ses origines, son histoire et sa culture que le Québec sera libre et respectueux de ce qu'il est, et ce, particulièrement depuis la venue de Jacques Cartier et de Pierre Chauvin.

En protégeant nos libertés, la ministre Vallée démontre son intérêt de niveler vers le haut et non vers le bas. En visant le haut, elle rehausse la valeur du principe même de liberté et spécialement de la liberté de conscience. Elle pourrait opter pour le sommet en protégeant également notre patrimoine, avec les symboles, les célébrations et les éléments culturels qui s'y rattachent. Par son courage, elle pourrait laisser aux générations à venir, un héritage qui est propice à la fierté et au respect. Quoi qu'il en soit, la protection de nos libertés religieuses et de notre liberté de conscience est un pas dans la bonne direction. En espérant que la ministre ne cédera pas à la pression de ses collègues de l'opposition. Elle a le choix de niveler vers le haut ou de redescende avec ses collègues de l'opposition. Je souhaite qu'elle opte pour la liberté de tous et qu'elle continuera son travail. Certes, cela peut avoir un effet vertigineux, mais en fin de compte, c'est toute la nation qui en ressort gagnante.