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Chefferie du PQ : état de conscience et intuition de discrimination

17/03/2015 09:48 EDT | Actualisé 17/05/2015 05:12 EDT

D'emblée, je vous ferai une confidence. J'appuie Martine Ouellet dans la course à la chefferie du Parti québécois. Elle s'engage à tenir un référendum sur l'indépendance du Québec pendant le premier mandat d'un gouvernement péquiste. C'est clair. Aucune tergiversation. Nous pourrions supposer qu'en tant que chef, elle irait en élections en exposant cette clarté indépendantiste aux Québécois.

État de conscience

Bon. Vous me direz : «Oui, mais l'indépendance n'est pas nécessairement synonyme de référendum et vice versa.» Bien sûr, l'accession à l'indépendance politique peut se faire de moult façons. Au Québec, le référendum semble toutefois inévitable et Martine Ouellet le propose sans équivoque. «Oui, mais comme dirait l'autre, le référendum n'est qu'une modalité... tsé...»

Il n'est pas qu'une modalité, il est un engagement.

«Oui, mais il faudra s'assurer de le gagner cette fois-ci sinon le Québec disparaîtra automatiquement de la surface de la Terre le lendemain d'un NON.»

Que proposez-vous alors?

«Eh bien, nous pourrions nous assurer d'une mobilisation citoyenne en faisant signer un registre national d'un million de Québécois. Ce registre serait conditionnel à la tenue d'un référendum.»

Donc vous voulez demander aux Québécois la permission - après avoir été élu démocratiquement - de tenir un référendum sur l'indépendance du Québec, c'est ça?

Il y a tant de façons de faire.

«Nous pourrions tenter une réforme du fédéralisme canadien et, si ça ne fonctionne pas, nous tiendrions un référendum sur l'indépendance du Québec.»

Hum...

«Ou sinon, nous pourrions proposer un référendum sur l'indépendance du Québec à notre deuxième mandat, soit en 2022 et prendre le premier mandat pour préparer le terrain.»

D'accord et qu'est-ce qui vous dit que vous obtiendriez deux mandats d'affilés?

Martine Ouellet est limpide. Je paraphrase : «Élisez-moi et je vous garantis que le Parti québécois tiendra un référendum sur l'indépendance du Québec dans un premier mandat.»

Après tout, le chef d'un parti indépendantiste devrait, à chaque élection, s'engager concrètement à réaliser l'indépendance de son pays. C'est ce que j'aime de cette femme. Voilà pourquoi je l'appuie.

Intuition de discrimination

Quelque chose me chicote par contre. «Martine Ouellet? Oui. Beaucoup de talent. Je l'aime bien. Elle fera une excellente ministre de l'environnement dans un gouvernement PKP.»

Sous-texte : «Elle sera une excellente soubrette dans l'administration de Monsieur.»

Moi, je trouve qu'elle a l'étoffe d'une leader. «Iiiish, elle ne passe pas. Il y a quelque chose qui fait qu'elle ne passe pas.»

Sous-texte : «Nous avons eu une femme première ministre pendant 18 mois et ce fut une catastrophe.»

Touché! C'est une femme. Martine Ouellet est une femme. «Hein? Une femme?» Oui, une femme.

Musique d'épouvante!

Pensons-y un instant. Dirions-nous à quelqu'un nous vantant les mérites de Bernard Drainville : «Bernard Drainville? Oui. Beaucoup de talent. Je l'aime bien. Il fera un excellent ministre du report du déficit zéro dans un gouvernement Ouellet.»

Ou bien : «Alexandre Cloutier? Oui. Beaucoup de talent. Je l'aime bien. Il fera un excellent ministre du registre national dans un gouvernement Ouellet.»

Non. Nous argumenterions et nous tenterions d'exposer pourquoi notre candidat-e serait le meilleur choix.

Il est très dommage de constater qu'en 2015, au Québec, lieu du soi-disant progrès de l'égalité homme femme, il y ait encore cette exposition de clichés politiquement genrés où les seuls grands leaders ne pourraient qu'être des hommes. Pourtant, il y a de grandes femmes, en ce moment, qui tiennent leur pays à bout de bras. Je pense, entre autres, à Angela Merkel en Allemagne, à Helle Thorning-Schmidt au Danemark et à Dilma Vana Rousseff au Brésil. Toutes des femmes d'envergure gouvernant des pays ayant un poids politique extrêmement important à l'échelle mondiale.

Autre chose.

Je suis cette course à la chefferie depuis le tout début avec beaucoup d'attention et d'assiduité et je remarque, comme vous tous, que les candidats n'ont pas tous la même couverture médiatique. En automne, la majeure partie des aspirants à la direction du PQ s'était dit irrité par la trop grande couverture accordée à Pierre-Karl Péladeau. Il est vrai que ce dernier hérite de la plus grande part du marché médiatique depuis le début de cette course.

Comme l'a affirmé Jean-François Dumas, président d'Influence Communication, lors d'une entrevue accordée à Benoît Dutrizac au 98,5 FM le 9 février 2015, le parti politique ayant la plus grande couverture médiatique lors d'une élection est, la plupart du temps, celui qui formera le prochain gouvernement. Ce serait la même chose pour une course à la chefferie.

Martine Ouellet était l'une des premières à se lancer dans la course. Elle bénéficiait à ce moment d'une couverture médiatique convenable, mais au fur et à mesure que d'autres s'ajoutaient - en fait que la course se masculinisait par l'ajout de ces messieurs - Mme Ouellet perdait soudainement l'intérêt des médias.

Pourquoi?

Elle a pourtant un curriculum vitae démontrant des compétences plus qu'intéressantes, son programme de campagne est captivant et novateur et, en entrevue, elle s'avère être une femme sympathique, intelligente et inspirante. Le 1er février, son lancement officiel de campagne fut très médiatisé. Vrai. Mais c'était un lancement. Les médias n'avaient d'autres choix que d'y être.

Pourquoi alors?

Les médias feraient-ils preuve de discrimination? Peut-être bien. «Oui, mais les journaux veulent vendre de la copie.» Les journaux ne pourraient pas en vendre en couvrant équitablement tous les candidats? Il serait plus rentable médiatiquement de couvrir un homme puissant plutôt qu'une femme intelligente? Laissez-moi en douter.

Mes constats ne sont que des intuitions, vous me direz. Il n'y a rien de scientifique à « présumer » que les femmes ne recevraient pas le même traitement médiatique que les hommes. Il n'y a rien de scientifique à «ressentir» que les Québécois seraient plus attirés par UN leader que par UNE leader. Vrai. Mais la situation est tout de même palpable. De simples intuitions ont parfois mené à de grandes découvertes scientifiques. Et cette découverte n'est pas de moi. Je ne fais que la réaffirmer. Le monde politique et médiatique ne traite pas les femmes de la même façon que les hommes.

Devinez-vous qui a le dessus? Poser la question c'est y répondre.

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