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Un Canadien français à la grande messe du dimanche

15/12/2015 04:12 EST | Actualisé 14/12/2016 05:12 EST

Un Québécois moderne et debout dit toujours que l'anglais c'est important dans le monde d'aujourd'hui, mais que le français doit être la langue commune sur le territoire québécois. Celui qui pense comme un Canadien français de l'ère pré 1960 nous avoue, la main sur le cœur, son amour du français, mais qu'il ne faut surtout pas exiger plus de français de peur de déranger nos maîtres.

Camille Laurin et Guy Rocher sont assurément les plus grands Québécois de l'histoire, car ils ont mis sous la forme d'un texte de loi, avec la Charte de la langue française en 1977, la constitution de ce que serait l'aménagent linguistique du Québec indépendant. Quand on lit la version originale de la loi 101, on comprend que le désir de ces derniers était de faire en sorte que le français soit la langue commune dans l'espace public tout en s'assurant que les anglophones et les autochtones aient des institutions pour y faire vivre leur langue. L'objectif était de se servir des institutions publiques de l'État québécois pour créer un aménagement linguistique où, de façon naturelle et sans effort, les inconnus qui se rencontrent dans l'espace public au restaurant, dans la rue, dans les commerces et au travail utilisent spontanément le français. En fait, il fallait faire comme les pays normaux indépendants qui intègrent les nouveaux arrivants à travers un réseau institutionnel unilingue. Laurin et Rocher pensaient comme des indépendantistes qui se voyaient majoritaires dans un pays indépendant.

Aujourd'hui, grâce à la vision de ces deux grands Québécois, la nation québécoise est passée de tricotée serrée à presque métissée serrée. Le métissage n'est pas complété, car, institutionnellement, à part le passage à l'école au primaire et au secondaire, l'État québécois pratique le bilinguisme institutionnel ce qui fait en sorte que le nouvel arrivant reçoit le message clair qu'il peut utiliser à sa guise le français ou l'anglais dans l'espace public. Comme les enfants ne constituent que 20% des 50 000 immigrants qui arrivent par année, il y a 40 000 adultes par an qui se font dire par l'État québécois qu'il n'y a aucun problème à faire usage de l'anglais ou du français. C'est pourquoi il n'y a que 55% des transferts linguistiques qui se font vers le français de la part des allophones (45% vers l'anglais) alors que ce pourcentage est de 99% au Canada anglais. C'est cette liberté de choix qui crée l'anglicisation actuelle.

Quand la chanteuse Grimes nous dit à TLMP avoir passé 6 ans à McGill et ne pas avoir appris un mot de français, on voit bien toute notre impuissance à intégrer celui venu d'ailleurs. Des milliers d'immigrants adultes ont le choix de fréquenter les institutions scolaires de langue anglaise pour se mettre à niveau et peuvent occuper, par la suite, sans connaître le français, un des 135 000 emplois de langue anglaise des institutions anglophones québécoises.

Nous payons pour leur anglicisation et pour qu'ils travaillent en anglais dans le réseau institutionnel anglais. Pire, la nouvelle loi sur l'immigration de la ministre Weil devrait donner automatiquement 30 jours après l'obtention d'un diplôme de McGill, un certificat de sélection du Québec pour celui qui veut immigrer. Quand on sait que 45% des étudiants étrangers fréquentent les institutions anglophones, on peut bien se douter que plusieurs seront aussi ouverts que Grimes à utiliser le français dans l'espace public.

Quand Daniel Pinard et bien d'autres nous parlent du merveilleux français qui se parle dans les institutions anglophones, ils pensent comme des Canadiens français qui sont conscients du déclin de leur langue et de leur culture et qui se réjouissent que, dans les institutions du groupe linguistique dominant au Canada, on y parle leur langue minoritaire et folklorique. Le si bien informé Daniel Pinard aurait dû plutôt parler du fait qu'il y a 8% d'anglophones au Québec, mais 14% des emplois institutionnels publics sont de langue anglaise. Ce différentiel de 6% entre le poids démographique des anglophones et le poids des emplois publics de langue anglaise représente 50 000 emplois et 2,2 milliards de dollars favorables aux institutions anglophones.

C'est devant notre immobilisme collectif face à ce scandale que le sermon de M. Pinard aurait dû porter. Le tabou est là, pas ailleurs! C'est probablement pour cette raison que personne n'en parle à l'émission du même nom.

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