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Qui sont les climatosceptiques?

01/06/2015 11:45 EDT | Actualisé 01/06/2016 05:12 EDT

Une petite bombe est apparue la semaine dernière dans les médias avec un nouveau sondage nous apprenant que 16% des québécois croient que le pétrole est une source d'énergie renouvelable.

Quoi dire là-dessus?

Pas grand-chose de constructif et je pense que la responsabilité de cet égarement revient sur les épaules de ce 16%, même si l'école pourrait faire un bon coupable aussi. Il y a une limite à l'ignorance en cette époque ou le wi-fi gratuit prolifère, et eux l'ont franchie. Certaines personnes sont simplement allergiques aux connaissances.

Le sondage va heureusement plus loin et nous apprend que les climatosceptiques sont plus nombreux que nous le croyions, soit 25% de la population, avec un curieux décalage entre Montréal et Québec, où la proportion de climatosceptique passe de 21% à 44%, respectivement.

Intéressant, mais le paragraphe qui a vraiment attiré mon attention est celui-ci :

L'étude dresse un portrait détaillé des climatosceptiques. Ils sont le plus souvent des hommes, et ils sont surreprésentés chez les personnes ayant une formation primaire, secondaire ou collégiale, comparativement aux diplômés universitaires. Les répondants dont le revenu annuel est inférieur à 40 000 $ sont les plus nombreux à faire partie de ce groupe.

J'ai vérifié en détail dans le document original de l'étude et il n'y a pas de plus grande description des suspects que l'extrait mentionné ci-dessus. Ce n'est pas ce j'appelle «un portrait détaillé», c'est même très vague comme analyse. Je reconnais tout de même ces gens. Il y a toute les chances au monde que ce sont nos «hommes blancs en colère», traduction libre de l'expression un peu fourre-tout Angry White Men employée aux États-Unis.

Je connais une recherche qui, elle, offre un portrait un peu plus détaillée de ces gens. Ce pourrait être la suite de ce portrait sur les climatosceptiques s'ils avaient creusé un peu plus la question.

Avant de poursuivre, je dois mettre une chose au clair. Cette recherche sur les auditeurs de Radio X s'étant mobilisés pour sauver la station en 2004 ne date pas d'hier (publiée en octobre 2005) et possède un échantillon relativement faible de 144 personnes. Je vais aller plus loin et dire que je n'ai aucune preuve que cette étude a même déjà existée. Qui sait, peut-être ont-ils interrogé des tortues de mer par mégarde et ont fait un rapport bidon financé par des communistes albanais?

J'adore cette recherche, peu importe ce qu'ils ont fait (et avec qui) à l'époque. Je crois qu'ils ont réussi à bien cerner ce genre de radio (une mise à jour serait nécessaire par contre) mais surtout la pensée consumériste d'une partie de la population, qui n'est pas nécessairement masculine et blanche, des résidents de Québec ou des auditeurs de Radio X aujourd'hui. Surtout qu'en 2015, Radio X a maintenant beaucoup de compétition.

Ce sera quand même votre responsabilité de décider si cette recherche avait visé quelque chose de juste ou pas. Moi je présente le chapeau, c'est à vous de trouver des têtes pour le porter, s'il y a lieu. Commençons avec les présentations qui vous seront familières avec le «portrait détaillé» sur les climatosceptiques :

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La prochaine section s'appelle «Le malaise des jeunes hommes de la lower middle class» et cible parfaitement le dit malaise de ces gens et, probablement, celui de plusieurs climatosceptiques: ils manquent cruellement d'argent pour satisfaire leurs grands besoins de consommation.

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Que le point 13 est juste et bien écrit! Lorsque des gens affichent des autocollants «Écœuré de payer» sur leur voiture parce qu'ils n'ont pas le temps d'entreprendre tout autre action sociale pour changer les choses, voici le message plus près de la vérité qu'on devrait y lire: «Écœuré de me faire bombarder de publicités et de nouveaux gadgets sans être capable de tous les acheter. Je suis prêt à vendre Hydro-Québec, vous faire reculer de 50 ans en acquis sociaux et couper tout programme gouvernemental si cela me rapporte 10 dollars de plus à dépenser la semaine prochaine».

La recherche porte très bien son nom lorsqu'elle parle de «l'expansion de la logique consumériste». Ce type de personne décrite ne pense qu'à la consommation de biens matériels. Ils sont des consommateurs avant tout, non plus des citoyens. Je pense également que cette logique a pris beaucoup d'expansion depuis 2005 et qu'elle est moins complexée qu'avant.

Leur participation à la vie sociale, communautaire et politique est nulle:

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Les prochains points sont très intéressants parce que le discours des climatosceptiques regorge aussi de faits non prouvés, véhiculés par de la propagande facilement démontable. La logique du gros bon sens est toujours pleine de bon sens tant qu'on prêche entre convaincus et que personne ne vient poser la bonne question pour faire éclater la bulle!

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Et, finalement, l'excellent point 29 des faits saillants de la recherche vous éclairera sur bien des phénomènes de notre société, si vous êtes attentif à ce qui se passe autour de vous:

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Voilà peut-être pourquoi des gens seraient prêts à faire intervenir l'armée dès qu'une bande d'étudiants fait des manifestations qui entravent la sainte consommation ou, pire, qu'on brise quelques vitrines des dieux de l'offre et de la demande.

L'argument que les manifestations «nuisent aux commerçants» arrive presque toujours avant la confrontation idéologique sur les enjeux des manifestations. Bien souvent, ces gens ne comprennent même pas le but même d'une manifestation. Entraver une rue dans l'espoir d'envoyer un message symbolique aux gens ou au gouvernement est un geste incompréhensible aux yeux de ceux qui ont troqué leur état de citoyen pour n'être que des consommateurs aliénés. Pour eux, la rue n'est que la route asphaltée qui relie le travail, les magasins et la maison ensemble. Par la même pensée consumériste mur à mur, c'est aussi à ces gens à qui l'on doit encore expliquer en 2015 que les vélos et les piétons ont aussi le droit d'être sur la route.

La suite logique de cette vision du monde qui consiste à voir la société comme un grand centre d'achats, c'est bien de nier les changements climatiques, et également nier que cette société de consommation puisse avoir une fin potentielle. Les idiots utiles du capitalisme nieront les faits jusqu'à la dernière seconde par peur de vivre dans un monde où les étalages des magasins à rayons sont vides.

Méfiez-vous de vos semblables. Certains seront prêt à tout sacrifier pour une journée de plus dans l'orgie de consommation dans laquelle nous sommes plongés. Par exemple, les ventes de VUS et camionnettes qui explosent en Amérique du Nord depuis que le pétrole a subi une baisse importante à la pompe en juin dernier. J'imagine la conversation qui mène à ce genre de décision: «Chéri, l'essence est 20 sous moins chère ce matin, on devrait aller acheter le gros camion qu'on n'avait pas les moyens d'acheter hier!»

Lorsque le prix à la pompe subira une hausse, ces gens seront les premiers à crier au vol et réclamer que les taxes pour le transport en commun ou la bourse au carbone soient abolies.

Pour revenir à Radio X et aux autres stations radiophoniques de Québec, il est impossible de rencontrer un par un chaque auditeur pour connaître le nombre de gens qui correspondent à cette description. Ils sont minoritaires, c'est déjà une victoire en soit. Le portrait colle cependant très bien à la grande majorité des animateurs aux idéologies conservatrices de ces radios.

Ils seront même les premiers à arguer qu'ils disent simplement et sans détour ce les gens ont envie d'entendre, sinon il y a d'autres stations prêtes à servir la soupe populiste à leur place. Le client est donc roi. Je ne sais pas si c'est l'œuf ou la poule qui est arrivé en premier, mais il y a clairement une corrélation quelque part quand plus de la moitié de la ville se nourrit du même monstre néo-conservateur à trois têtes et réussit à avoir deux fois plus de gens niant les changements climatiques que dans l'autre grande ville de la province, 300 kilomètres plus loin.

Une question hypothétique s'impose: est-ce qu'une de ces radios de Québec pourrait changer d'idée et accepter de parler positivement des changements climatiques sans en subir une perte d'auditeurs, et par conséquent, financière? Ce n'est même plus une question d'opinion rendu à ce point, ce n'est que de la survie corporative.

Un auteur américain avait trouvé la formule parfaite pour décrire ce phénomène, qui s'applique également dans toutes les sphères de la société :

«Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme quand son salaire exige qu'il ne le comprenne pas.» - Upton Sinclair

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