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Le Diktat des miséreux

05/05/2013 01:42 EDT | Actualisé 04/07/2013 05:12 EDT
Agence QMI

M'est venue des pensées bien saugrenues récemment. À la lecture de commentaires confortablement homophobes sur le site Boulevard Voltaire, genre de forum à tangente conservatrice, suite au passage de la loi sur le mariage gai en France, je retrouvais quelques clichés qui ont la vie dure. Ils y sont tous. L'effondrement de la mythique institution du mariage et la perte de ces lettres de noblesse, l'éternel traumatisme infligé aux innocents chérubins d'avoir deux moustachus pour parents (une meudame avançait même l'hypothèse qu'il ne s'agisse que de tordus espérant se procurer un jouet sexuel par adoption), l'irrémédiable destruction du genre humain, la fin de la bonne vieille procréation, bisbille avec Dame Nature, etc. Et pis, dès qu'un autre catholique-laïc-non-pratiquant-pas-homophobe-j'vous-jure a soufflé un mot sur la parade honnie, celle de la fierté gaie, la rhétorique mi-figue mi-raisin est sortie du placard: «Mais nous, alors, hein, à quand notre une marche hétéro?»

Pour plusieurs raisons, mes pieux Biquets. Primo, parce que les hétérosexuels n'ont pas de revendication à soumettre sur cette base, hormis peut-être celle d'espérer préserver un monopole matrimonial. Deuxio, parce qu'ils n'ont ni à modifier ni à bouleverser des siècles de mœurs libidineux à saveur religieuse enfoncés dans une collectivité toujours frileuse aux changements. Tertio, parce que je ne connais pas beaucoup d'épisodes récents de l'histoire où l'on ait inculpé trois homosexuels pour avoir passé à tabac une tafiotte d'hétéro qui s'en permettait en public.

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L'histoire des droits des homosexuels en France


Pour ceux dont les us et traditions se voient forcés d'être révisés par l'émergence de nouvelles valeurs, ou de comportements maintenant tolérés (à savoir pouvoir vivre avec les mêmes droits que tous, horreur), l'envie de s'affranchir d'un devoir de réflexion est souvent un réflexe. Un argument prisé par certains réfractaires au mariage gai est donc de blâmer le régime politique actuel, non pas tant ses acteurs, mais son modus operandi et sa maudite connivence avec l'ennemi. En l'occurrence, ces derniers dénonceront une démocratie moderne (moi qui la croyait inexistante, faut croire que la sémantique, c'est comme les opinions, à chacun la sienne). Ils lui reprochent de privilégier la minorité au détriment de la majorité.

Mais bon, ces critiques, ces préjugés, ne sont-ils pas le fardeau des minorités ethniques, religieuses ou sociales? Leurs luttes ne naissent-elles pas du désir d'être intégré, accepté et écouté par la majorité, ou d'améliorer leur sort? C'est ici que mes obsessions politiques reviennent à la charge. Les fractions minoritaires ne sont pas les uniques propriétaires de ce combat.

Le 1er mai de chaque année, c'est au tour de la majorité de faire part de ses doléances, et ce, sous la bannière des travailleurs. Eux autres, encore, ces ingrats à qui l'ont fourni du travail, rémunéré en plus. 2013 n'y échappe pas, malgré le sourcil indigné des conseils du patronat de ce monde. Ces derniers auront encore à souffrir les complaintes de la manne, cette ingrate sangsue vivant du labeur de ces intrépides entrepreneurs. Qui pourtant n'exigent pas grand-chose, si ce n'est de jouir du fruit des labeurs d'autrui. Qu'insinueront-ils cette fois-ci? Que ces créateurs de richesse (en circuit fermé, soit, mais tout de même) sont des voleurs, des exploiteurs? Ils diront que le fossé entre les pauvres et les riches s'agrandit, que les inégalités grossissent à vue d'œil, que la classe moyenne se meurt. Mais que voulez-vous, on ne fait pas une omelette sans casser quelques millions d'œufs.

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Manifestation du 1er mai à Montréal


Que feraient-ils donc, sans ces gestionnaires, sans ces maitres à penser, sans cette sagesse, de cette liberté tant désirée? Bon, j'entends des petits malins répliquer qu'ils pourraient s'autogérer, s'émanciper et d'autres utopies de jeunesse anarchiste et terroriste en tout genre. C'est sans compter l'absence de hiérarchie que ces insouciants souhaitent. Qui prendrait les décisions, qui mettrait à la porte le superflu quand les profits chutent et que les actionnaires s'inquiètent? D'autres smats me répondront que des assemblées voteraient et établiraient un consensus, qu'il n'y aurait pas d'actionnaire vu l'absence de privatisation et que le concept d'employés-employeurs serait aboli. Je répondrai seulement par hérétiques!

Ils te targuent de faire fi au cynisme, de ne pas succomber à la carotte. D'espérer une société plus égalitaire, plus juste, plus compatissante. Un bon coup de vieux, vous verrez; quelques illusions piétinées leur feront le plus grand bien. Ils verront bien qu'ils ne sont pas dans les plans de Dame Nature ces desseins de tyrannie des pauvres. Et le bien commun, ils découvriront, même si ce n'est qu'une poignée d'élus qui y goûtent, que ça demeure le bien commun. Question de sémantique...